‹ Études indianistesChapitre 42 sur 122 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

XKFANOE DE DKVANAGDT. — MOKT DB SA MÈEE. BLLB BBTOURNB A MADURA

Les premières années de Devanaguy s'écoulèrent en paix dans la maison de Nanda et sans que le tyran de Madura ait fait la moindre tentative pour l'attirer auprès de lui. Il saisissait, au contraire, toutes les occasions de lui envoyer des présents, et de remercier Nanda de Thospitalité qu'il avait accordée à Lakmy et à sa fille, ce qui faisait croire à tous que la lumière du Seigneur l'avait touché et qu'il était devenu bon.

Cependant la jeune vierge s'élevait au milieu de set compagnes, les dépassant toutes en sagesse et en beauté. Nulle mieux qu*elle, quoique ftgée de six ans à peine, ne savait veiller aux soins du ménage, filer la laine et le lia, et répandre dans toute la maison la joie et la prospérité.

Elle aimait à se retirer dans la solitude, s'abimant dajM

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la oontemplation de Dieu qui répaudait sur elle toutes ses bénédictions et lui envoyait souvent des pressentiments célestes de ce qui devait lui arriver.

Un jour qu'elle se trouvait sur les bords du Gange à faire ses ablutions, au milieu d'une foule d*autres femmes venues dans le même but, un oiseau gigantesque vint planer au-dessus d'elle, et descendant doucement, il déposa sur sa tête une couronne de fleurs de lotus.

Et tous les assistants furent émerveillés, et ils songè^ rent que cette enfant était destinée à de grandes choses.

Sur ces entrefaites, Lakmy vint & mourir après une courte maladie^ et Devanaguj apprit en songe que sa mère avait vu s'ouvrir devant elle les portes du séjour de Brabma, parce qu'elle avait toujours eu une vie chaste et pure, et qu'il n'était point nécessaire d*accomplir sur sa tombe les cérémonies funéraires d'usage.

Devanaguy» dont le corps était sur la terre, mais dont toutes les pensées étaient au ciel, ne pleura point sa mère, et ne porta pas son deuil, suivant la coutume, car elle regardait la mort, ainsi qu'il est dit dans les livres saints, ^omme une naissance $n Vautre vie.

Ayant appris le malheur qui venait de frapper sa nièce^ lu tyran de Madura jugea le moment venu de mettre ses perfides projets à exécution; il envoya des ambassadeurs à Nanda avec des nombreux présents en le priant de lui remettre la jeune Devanaguy, dont il était le plus proche parent depuis la mort de sa mère.

Nanda conçut une grande douleur de cette démarche, car il aimait cette enfant à l'égal des siens, et ne pouvait se défendre de pressentiments qui lui faisaient considérer cous le plus sombre aspect Tavenir de Devanaguy à la cour 4e son oncle.

Cependant, comme la demande était juste, il laissa la jeune fille libre de l'accueillir ob de la repousser.

Devanaguy^ qui savait que sa destinée l'appelait à Ma-

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dura, suivit les ambassadeurs envoyés par son oncle, après avoir appelé toutes les bénédictions de Dieu sur la maison qu'elle quittait.

— Souviens-toi, lui dit Nanda, que nous serons heureux de te revoir si le malheur te ramène auprès de nous.

Les pressentiments de son protecteur ne Tavaient point trompé. A peine Devanaguj fut-elle au pouvoir de son oncle, que celui-ci, jetant le masque, la fit enfermer dans une tour dont il fit murer la porte, pour lui enlever toute . possibilité d*en sortir.

Mais la vierge n*en fut point chagrine ; il j avait longtemps qu'elle avait reçu du ciel la science de ce qui devait lui arriver, et, pleine de confiance, elle attendait le moment marqué par Dieu pour accomplir ses célestes desseins.

Cependant le tyran de Madura n'était point tranquille ; une famine affreuse désolait ses États, la mort lui avait ravi un par un tous ses enfants , et il vivait dans les craintes continuelles de catastrophes plus sombres encore.

Poursuivi par Tidëe, qu'autrefois il avait eue en songe, qu'il devait être détrôné par le fils qui naîtrait de Devanaguj, au lieu de se repentir des crimes nombreux qu'il avait commis, et qui T.avaient déjà fait châtier si rudement par le Seigneur, il résolut, pour s'enlever toute crainte sur ce sujet, de faire périr sa nièce. Dans ce but, ( il fit mêler du poison extrait des plantes les plus dangereuses à l'eau et aux aliments que chaque jour on faisait passer à Devanaguy dans sa prison; mais, chose extraordinaire et qui le remplit d'effroi, la jeune fille non-seule- \ mont n'en mourut pas, mais encore elle ne sembla point s'en apercevoir.

Il la laissa alors sans nourriture, pensant que la faim serait peut-être plus puissante que le poison.

Il n'en fut rien, et Devanaguy continua à jouir de la plus parfaite santé ; et malgré la surveillance la plus active,

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û fat impossible de savoir si elle recevait des aliments d'ane main mystérieuse ou si l'esprit de Dieu suffisait seiilf à la nourrir.

Ce que voyant, le tyran de Madura abandonna son intention de la faire mourir et se borna à placer une forte garde autour de sa prison, menaçant ses soldats des supplices les plus affreux si Devanaguj parvenait à tromper leur surveillance et à s'échapper.

Mais ce fut en vain, toutes ces précautions ne devaient pas empêcher la prophétie de Poulastja de s'accomplir.

«< Et Tesprit divin de Vischnou traversera les murailles pour se joindre À sa bien-aimée. »

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