‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 23 sur 86 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

TH^KSTE.

(Il est enireiné violemment par les gardes.)

Qui me rappelle encore à la clarté du jour?... Mes yeux ont reconnu cet horrible séjour... Achevez, inhumains, dont le zèle barbare Irrite les tourmens que la haine prépare : Venez... j'attends la mort et je suis sans effroi. (Les gardes se retirent.)

Mais je Timplore en vain... tout fuit autour de moi...

Je demeure frappé d'un trouble involontaire...

Cet asile me dit qu autrefois je fus père...

Je le fus par le crime... O souvenirs affreux î

Mes enfans! l'infortune a brisé tous nos nœuds;

Et le ciel accablant une race funeste,

A poursuivi sur vous le crime de Thyeste...

Oh ! qui leur apprendra les maux qu'il m'ont coûtés !

Ils vivent, je le sens, peut-être à mes côtés...

Mais où trouver, hélas ! un ami qui m'entende ?

Un ami î... c'est à vous qu'ici je le demande ,

A vous, Dieux irrités, vengeurs de mon forfait...

Mes enfans !... où sont-ils, et qu'en avez-vous fait.'...

Mais quoi... j'entends déjà voire voix qui m'éclaire...

58 LES PELUl'lUES.

Arrêtez... quel soupçon !... quelle affreuse lumière ! C'est la fouJre en éclats qui déchire mon cœur... Ah ! de ce coup terrible épargnez-moi Thorreur... Pour assister, hélas ! à ma lente agonie , Toute ma race est- elle en ces lieux réunie ? Si tu subis les lois d'un exécrable hymen , Viens, ma fille, suis-moi... voici notre chemin... A la trace du sang de ton malheureux frère , Viens , que je te conduise au tombeau de ta mère ! Et toi , mon fils, es-tu dans ce palais aussi ?... Je ne veux qu'un moment pour te léguer ici L'héritage d'un cœur où le tien peut descendre. Ah ! d'un pied dédaigneux , prêt à fouler ma cendre , Alors que je m'épuise en regrets impuissans, Quel écho te rendra mes douloureux accens ! Plus d'espoir... et j'arrive à mon heure dernière , Sans trouver un ami pour fermer ma paupière ; Inconnu , délaissé de mes propres enfans , De ma mort en secret peut-être triomphans ! Mais pourquoi leur offrir une plainte importune !,.. Ils sont heureux sans moi... gardons mon infortune... Il en est un pourtant qu'on ne peut m'arracher : Rien , je le sens , non , rien ne doit m'en détacher. Digne de compAtir à mon humble misère, Il entrouvre pour moi ce tombeau solitaire Où ses restes, du moins, ses restes mutilés, Par la main d'un barbare ont été rassemblés. A mes derniers accens, c'est à lui de répondre. Et son sang et le mien sont nés pour se confondre. Il m'appelle... il m'attend... Je me sens tressaillir

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