LES PREMIÈRES SATIRES
de la Rhétorique d'Aristote, à un nommé Cassandre, qu'il déguise sous le pseudonyme de Damon. Il est vrai que dès lors sa vocation de critique se dessine, et que la satire morale tourne heureusement en une satire littéraire sur la misère où Paris laisse les gens de lettres. Quant au rôle du poète misérable et méconnu, il en affuble le gras et joyeux Saint-Amand, ce qui ne sied guère au personnage. Bien que la tirade paraisse longue et un peu confuse, elle étincelle de traits heureux qui font flèche dans la mémoire. On augure bien des promesses qu'implique ce vers :
J'appelle un chat un chat, et RoUet un fripon.
Satire TI, 1660. Parla eoiipe-|[^or|[^e. — A la même pièce appartenait d'abord la YI^ satire, où le poète décrit les Embarras de Paris» Bien que poussé au noir, le tableau n'en a pas moins l'exactitude d'un document historique ; et le peintre ne calomnie point une ville où il n'y avait alors ni propreté ni sécurité. Il y eut donc lieu d'appeler la vigilance de Golbert sur des inconvénients qui compromettaient la santé ou la vie des habitants. Au reste le ministre ne fit pas la sourde oreille. Il confia à son oncle Pussort la direction d'un conseil de voirie. Cinq mille fanaux éclairèrent les rues, où l'on assassinait impunément, à la nuit close. Le lieutenant de police La Reynie organisa une garde permanente à pied et à cheval. Toutes ces réformes et beaucoup d'autres justifièrent des doléances dont Tà-propos égale le mérite pittoresque.
Satire III, i66S s Régnier et Boilcaa. Le Diseonrs an Roi, 1666. — Intitulée le Repas ridicule, la satire III est une scène de comédie renouvelée d'un motif qu'avaient déjà traité Horace (1. I, sat. YIII) et Régnier (sat. X), l'un qui raconte un repas donné par un certain Nasidienus, l'autre qui rajeunit ce sujet, en y ajoutant une querelle littéraire terminée par un combat. Boileau les imite l'un et l'autre, sans les surpasser. Il est même inférieur à Régnier, dont le pinceau a su rendre si vigoureusement la physionomie du pédant et le chamaillis de la bagarre qui clôt la discussion. A défaut de ces ardentes couleurs. Despréaux a le dessin plus correct; il se distingue aussi dans l'art difficile de dire les petites choses sans s'abaisser, et
de relever des minuties vulgaires par l'industrie de sa facture. Signalons encore le Discours au Roi, première- note, et, disons-le, un peu criarde, lancée par un courtisan novice dans le concert de louanges qui charma si longtemps les oreilles de Louis XIV. Ce panégyrique est du reste un prétexte aux épigrammes dont il crible de méchants auteurs. Il se recommande surtout par un témoignage de sympathie donné à Molière et un encouragement au jeune prince qui, malgré son penchant secret, n'osait pas autoriser la représentation de Tartuffe.
Les satires morales. Horace et Boilean. — L'ambition de Boileau fut d'être l'Horace français. Voilà pourquoi, ne se réduisant pas à la critique littéraire où il régnait souverainement, il tenta ces entretiens familiers où des sujets de morale sont traités par un observateur qui caractérise les travers passagers de ses contemporains ou les faiblesses permanentes de la nature humaine. Pour y réussir, il faut de l'enjoûment, de la bonhomie, de la grâce, une ironie légère qui sourit même eu grondant. Ce fut le génie d'Horace qui, toujours moraliste, même dans ses odes, insinue, sans régenter personne, tant de vérités enseignées par l'expérience, inspire le bon sens plus que l'héroïsme, parle volontiers à l'amour-propre le langage de l'intérêt bien entendu, juge les autres à sa mesure, ne nous propose jamais un idéal inaccessible, et rend toujours attrayantes les leçons de sa philosophie pratique. Or, il faut bien l'avouer, Boileau, plutôt spirituel que fin ou délicat, n'a pas étudié la vie assez directement : il disserte au lieu de causer; sa pensée est saine, son style correct, mais le charme fait défaut. Aussi ses satires morales ne nous semblent-elles pas les meilleures. Outre que certains sujets sont assez mesquins, elles tournent facilement au lieu commun, ou du moins ne se distinguent que par l'exécution des détails et la vivacité de certains portraits.
Satire IV, 1664. — C'est ce dernier mérite qui recommande la satire IV, adressée à l'abbé Le Vayer. Elle a pour sujet l'idée