‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 181 sur 334 · SERMONS : SES PLANS; IMPROVISATIONS; IMAGINATIONS · texte numérisé non relu

SERMONS : SES PLANS; IMPROVISATIONS; IMAGINATIONS

évangélique doivent suffire à Torateur sacré pour se présenter ayec assurance devant des chrétiens.

Or, si sa parole écrite a conservé tant de flamme, que dirons-nous donc de ces accents imprévus qui furent, maintes fois, sans doute, le miracle de son éloquence soudaine? Ce qu'on peut du moins afQrmer, c'est qu'il ne pensa jamais à lui-même et à la renommée. Voilà ce que proclame ce style tout voisin de Tàme, et dont le pathétique va d'instinct au sublime. Quand on le lit, on croit l'entendre ; soit qu'il s'élève sans se guinder, soit qu'il s'abaisse sans déroger, il nous charme par la naïveté d'un premier et irrésistible élan. Que de fois il. lui arrive de laisser échapper des cris involontaires comme ceux-ci : < Ah! mes frères, je n'en puis plus,... non, je ne peux retenir mon cœur » ; ou bien encore ce sont de brusques apostrophes : < Parlez, parlez. Messieurs : démentez moi hautement, si je ne dis pas la vérité. » On voit son geste sa physionomie est en jeu ; on assiste à l'éclosion de sa pensée partout se trahit une candeur qui enchante. Parfois il déses père d'exprimer ce qu'il sent : « Je ne sais, dit-il, si j'enfanterai ce que je conçois ». Ailleurs il a l'air d'écouter l'Esprit, et d'attendre Dieu. Il en est tout plein dans ce Te Deum qu'il entonne en faveur de la paix des Pyrénées, avec une effusion vraiment patriotique : « Ça, ça, peuples, qu'on se réjouisse ; et, s'il y a encore quelque maudit reste de malignité passée, qu'elle tombe aujourd'hui devant ces autels.... Je ne brigue point de faveur, je ne fais pas ma cour dans la chaire. A Dieu ne plaise! Je suis Français, et je suis chrétien : je sens, je sens le bonheur public, et je décharge mon cœur devant Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse qui n'est pas moins le repos de l'Église que de l'Etat. >

li^bnaginaCloii de Bossaet* Le sem&on dramatique. Le poète. Le peintre. — L'ingénuité de Bossuet n'a d'égale que son imagination* Plusieurs de ses sermons ressemblent à un drame où les vices et les vertus, la raison et la foi, deviennent autant de personnages qui prennent figure et jouent un rôle tragique sur la scène de la Conscience : < Les passions, troupe mutine et emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux, où l'on n^entend que ces mots : Apporte, apporte. » Il revêt la

356 B0SSUET4

métaphysique ou la morale de formes et de couleurs ({ui paN lent aux yeux ; mais ces métaphores, ces comparaisons et ces allégories ne sont pas Tamusement d'un bel esprit ; car, outre qu'elles naissent sans qu'il les cherche, elles sont toujours des arguments qui rendent la vérité plus visible et touchent la raison par les sens. Jugez-en par ce trait : < L'inclination rend le vice aimable, l'habitude le rend nécessaire. Nous n'avons en notre pouvoir ni le commencement de l'inclination, ni la fin de l'habitude. L'une nous enchaîne et nous jette dans une prison. L'autre nom y enferme et mure la porte sur nous, pour ne plus nous laisser aucune sortie. » C'est ainsi qu'il dit encore, au risque de paraître trop familier : < Ignorez-vous de quelle sorte les péchés s'engendrent en nous. Ils y baissent comme des vers, non engendrés par le dehors, mais conçus et bouillonnants en dedans de la. pourriture invétérée de notre substance. » Quelle spontanéité dans ces similitudes qui veulent forcer les plus distraits à entendre la leçon et à la retenir! C'est aussi que sous l'orateur il y a un poète — et le plus lyrique de tout son siècle, à dire Vrai — , et que pour lui toute pensée est vraiment une vision. Par là, son langage est une peinture. S'il parle des démons, il les représente < comme des victorieux cruels qui se rendent maîtres d'une âme, y entrent avec furie, la piUent, la ravagent, la violent >. S'il flétrit la cupidité, il dira : « Vous avez dépouillé cet homme pauvre, et vous êtes devenu un grand fleuve engloutissant les petits ruisseaux : par quels moyens? je ne me soucie pas de le pénétrer, que ce soit en levant les bondes des digues, ou par quelque machine plus délicate : enfin, vous avez mis cet étang à sec, et il vous redemande ses eaux. Que m'importe, ô grande rivière, par quels détours elles ont coulé dans ton sein? Je vois que vous l'avez desséché. » Mais il suffit de lire n'importe quelle page pour s'assurer que Bossuet n'a de maître qu'Homère pour la faculté de créer des images. Au reste il n'est pas moins inventif et pittoresque dans le détail de l'expression. En voici quelques exemples : « Le péché fait un cri terrible aux oreilles toujours attentives de Dieu ; — En croupissant, la colère s'aigrit ; — Le hennissement des cœurs lascifs; — Ecoutez, esprits téméraires et follement curieux,... laissez traiter vos yeux malades : souffrez

Page 1