ORAISON FUNÈBRE D'ANNE DE GONZAGUE
caprices. Mais, à la suite d'aventures trop romanesques dont le principal héros fut le jeune duc Henri de Guise, elle finit par épouser, contre le gré des siens, un prince besogneux, Edouard, comte Palatin du Rhin ; et, pour rétablir sa fortune, elle vint déployer à la cour de France les ressources d'un esprit aussi remuant qu'adroit à mêler les plaisirs aux affaires, et la galanterie à la politique.
Son vêle politique^ ses égaremenis. — La guerre de Paris lui offrit un théâtre et un rôle. Attachée d'abord aux frondeurs, elle se dévoua bientôt à la cause royale, et prit à de folles ou sérieuses intrigues une part si active qu'elle mérita cet éloge fait par le cardinal de Retz — un connaisseur, s'il en fut — : « Je l'ai vue dans la faction, je l'ai vue dans le cabinet; et je ne crois pas que la reine Elisabeth d'Angleterre ait eu plus de capacité pour conduire un État ». C'est ce que confirme ce témoignage de Mme de Motteville : t Elle se gouverna sr judicieusement qu'elle rompit presque tous les desseins des princes au profit de la reine, et fit plus d'une fois changer les intérêts et les sentiments des principaux acteurs ».
Nommée surintendante de la maison royale, mais dépouillée de ce titre en 1660 par une disgrâce qu'elle put appeler une ingratitude, elle s'éloigna de la cour pendant trois ans. Ramenée alors un instant à de pieuses pensées par une retraite qui fut un premier essai de repentir provisoire, elle réussit à s'acquitter de toutes ses dettes avec une fidélité scrupuleuse et fort rare alors — témoin les sermons mêmes de Bossuet —, qui fit grand honneur à son caractère. Quoique très obérée, elle trouvait encore moyen d'envoyer d'importants secours d'argent à la reine de Pologne, sa sœur, réduite aux dernières extrémités par la guerre désastreuse qu'elle soutenait contre les Suédois. Cette conduite lui gagna donc l'estime de tous les partis, unanimes à reconnaître la droiture de son esprit et la générosité de son cœur.
Mais ce cœur était encore bien fragile, comme le prouvèrent les fantaisies d'un veuvage (1663) qui lui permit de se livrer sans contrainte aux goûts les plus dissipés. Elle en vint même à perdre entièrement la croyance, et à tourner en railleries les vérités religieuses, c dont elle ne pouvait, disait-elle, entendre parler sans avoir envie de rire »«
Sa eouYeraloit. ^ Gomment s'opéra sa tardive et soudaine conversion? Elle nous le raconte elle-même dans une lettre curieuse et touchante. C'est aussi ce que Bossuet redit publiquement, lorsqu'il mêle à la solennité de son oraison le simple récit des deux songes qui parurent à une imagination mystique et tendre un pressant appel de la Grâce. Docile à cette voix intérieure, elle effaça par une éclatante pénitence les erreurs ou les scandales du passé* Douze années de vertu édifiantes permirent donc à son panégyriste de présenter comme un miracle de miséricorde l'exemple d'une princesse qui, rompant avec le monde, ne visita plus que les hôpitaux et les églises, vendit ses meubles, ses tableaux et ses bijoux pour en faire des charités, et mourut comme une sainte, dans sa soixante-huitième, année, le 6 juillet 1684.
Un an après, le 9 août 1685, sur les instances du grand Gondé, dont le fils était gendre d'Anne de Gonzague, 3ossuet prononça son éloge dans l'église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques.
li. -— Esquisse littéraire.
Exovde «t ppoposltton. — - Dans un exorde qui annonce un serrïion plus qu'un panégyrique, Bossuet commente ce texte d'Isaïe : « Je t'ai pris par la main pour te ramener des extrémités de la terre ; je t'ai appelé des lieux les plus éloignés, je t'ai choisi, et ne t'ai pas rejeté : ne crains point, parce que je suis avec toi {Apprehendi te ab extremis terrae, et a longinquia ^us voeavi te; ekgi te, et non abjeci : ne timeas^ quia ego tecum sum» Isaïe^ chap, XLi, V, 9-iO) ». L'histoire d'une mémorable conversion va lui servir à < confondre » les incrédules et les endurcis.
Condamnant donc ceux qui seraient tentés c d'écouter sa parole avec des oreilles curieuses » et des sentiments profanes, il les avertit ainsi de la dignité de son ministère : c Ou la princesse Palatine portera là lumière dans vos yeux, ou elle fera tomber, comme un déluge de feu, la vengeance de Dieu sur vos têtes. Mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour : ce sera pour vous un nouveau fardeau, comme disaient les prophètes {Onus verbi Domtnt super