‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 261 sur 334 · SA CORRESPONDANCE : CONCLUSION · texte numérisé non relu

SA CORRESPONDANCE : CONCLUSION

ration sérieuse et attristée, pour une jeunesse qui parfois plie sous le fardeau. En tout eas, disons-nous que, si le style change, et doit changer avec la diversité des talents, des goûts et des écoles qui les représentent, Voltaire mérite encore d'être appelé le plus français de nos écrivains.

* €oncliisioii sur la correspondance de Voltaire. — Plus on pratique la correspondance, plus on goûte l'écrivain et plus on pardonne à l'homme, malgré toutes les occasions qu'il nous y donne de juger ses incroyables petitesses de tête et de cœur. On s'y sent tout près de son génie, baignant dans sa clarté, vivant de sa vie. Et cette vie a trois quarts de siècle, et ce siècle est celui de l'esprit dont Voltaire est le roi; et c'est le èiècle qui court à la grande Révolution; et le patriarche de Ferney est le chef plus ou moins écouté, mais reconnu, de ceux qui vont commencer cette Révolution, le général de parade devant qui les troupes tiennent à honneur de défiler, tandis qu'il nous en. fait le dénombrement si intéressant.

Cette épopée qu'il a manquée dans la Henriade, elle est là, diffuse, dans sa correspondance, où Ton peut suivre un à un, en pleine lumière, les innombrables épisodes de cette mêlée vraiment épique des vieilles choses qui chancellent et menacent encore et des idées fortes qui les sapent avec une audace croissante, où l'on entend se croiser les mots d'ordre et s'élaborer les ruses de bonne et mauvaise guerre, où l'on voit passer soldats et capitaines, espions et dupes, avec leur crânerie et leurs rodomontades, leurs hypocrisies et leurs lamentations, cependant que Voltaire, comme son ami Frédéric dans la mêlée des marionnettes humaines, y joue le rôle du € Savoyard qui montre la lanterne magique ».

Mais rien ne vaut le spectacle qu'il offre lui-même au centre de tout, nous mettant, en critique avisé et en auteur tour à tour enthousiaste et transi, dans la confidence de la genèse et des phases de toutes ses oeuvres, nous jouant, au naturel, les mille et une comédies de ses vanités et de ses rancunes, faisant miroiter une à une toutes les facettes de son esprit et de son caractère, s'y peignant au vif, non sans nous choquer souvent, mais toujours sans nous lasser, tant il est gai, vif, mobile, insinuant et surtout spirituel et vivant.

C'est une œuvre unique où il y a toute l'imagination de la correspondance de Mme de Se vigne, avec plus de variété, toute la vie de celle de Gicéron, avec plus d'intérêt, toute la coquetterie de celle de Pline, avec plus d'esprit, et d'un style si inventif et pourtant si correct, si brillant et si limpide à la l'ois, et d'une si prodigieuse variété que, pour ne pas y voir l'incomparable chef-d'œuvre de la prose française, il faut relire Bossuet et de près.

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