V*» PÉRIODE : DÉMÊLÉS AVEC VOLTAIRE
de fusil dans les chiamps et il manque d'être lapidé dans sa maison. C'était un coup de Voltaire. Les Lettres écrites de la Campagne, œuvre assez éloquente du procureur général Tronohin, avaient réduit au silence ses amis de Genève qui taxaient d'illégal le décret du conseil contre VÉmile et le Contrat social, Rousseau riposte victorieusement par les Lettres écrites de la Montagne (1764), mais il y dénonçait au passage, comme auteur du Sermon des Cinquante, Voltaire, qui s'en défendait comme un beau diable, à son ordinaire. La riposte de Voltaire fut rapide, féroce, inexcusable. Il lança le pamplet du Sentiment des citoyens. On y dénonçait à l'indignation publique toutes les tares de la vie privée de Rousseau, l'abandon de ses enfants à l'hôpital, jusqu'à ce costume d'Arménien dont il s'affublait, c déguisé en saltimbanque », tandis que le malheureux y trouvait une com* modité précieuse pour le traitement de sa maladie. On l'accu» sait même d'avoir fait mourir la mère de Thérèse, laquelle vivait encore, comme il le fit remarquer, c On punit capitale* ment un vil séditieux », concluait sur le beau ton le Pasquin, auteur anonyme de cet c infâme petit libelle », comme on disait à Ferney, d'où il était parti.
Six semaines à nie Saint-Pierre* — Ronssean à Slras» bovrg, ft PaHs, ft Londres (fyeS-lYeil). — Cependant on s'indigne à Berlin *, tandis que Rousseau se réfugie à l'île Saint-Pierre, sur le lac de Bienne. Il en est chassé par les autorités bernoises, fuit à Strasbourg où il passe un mois, fêté partout. Puis il traverse Paris, avec un sauf-conduit de Choiseul, et s'y arrête un peu (16 décembre-4 janvier), grâce au prince de Conti qui le fait bénéficier du droit d'asile dont jouissait le Temple, sa propriété. Mais il y reçoit trop de visites au gré du gouvernement, qui hâte son départ, et il arrive enfin, le 13 janvier 4766, à Londres. Il y avait été attiré par les conseils de ses amis et par le philosophe Hume, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre k Paris, qui depuis..., Rousseau l'appelait alors « le bon David, le cher patron >.
Séjour à l¥ooUon. — Un accès de folle. — Tribolatlons
I. Documenta sur Jean-Jacques Bouêseau, par M. A. Jansen, p. 166 sqq., Genève, ISa*).
et eiJfiteiice nomade de « Renou ». — Retoar définitif à Paris (Juin i llfO). — Il quitte bientôt Londres pour la campagne de Wootton, où il herborise assez paisiblement et rédige les six premiers livres des Confessions, Mais là, tyrannisé et soufflé par sa compagne qui s'ennuie, il retombe en proie à son délire des persécutions, et écrit dans ses Confessions ce curieux passage, monument de sa folie, qu'il effaça plus tard, mais qui se lit encore dans le manuscrit de Thérèse Levasseur : « Je me laisse bercer au fol espoir que la nation française, à son tour victorieuse, viendra peut-être un jour me tirer de la triste captivité où je vis >. Une méchante plaisanterie, une fausse lettre comminatoire du roi de Prusse, fruit de Vhumour d'Horace Walpole et rédigée avec la collaboration de Hume, avait suffi à déchaîner l'accès : nouvelle brouille, éclats, insultes même, et tout le fracas de ses ruptures théâtrales. En proie à un véritable délire, il fuit, gagne péniblement Douvres, passe le détroit, dès que l'état de la mer le lui permet, traverse Amiens où on le fête, le château de Fleury, près de Meudon, où le marquis de Mirabeau lui offrait l'hospitalité, et s'arrête enfin à Trye-Château, à une lieue de Gisors, chez Conti. Il s'y cache un an (juin 1767-juin 1768) sous le pseudonyme de Renou, qu'il conserve quelque temps, puis reprend ses courses affolées à travers la Savoie et le Dauphiné. Il passe à Lyon, reste un mois à Grenoble, et séjourne quelques semaines à Bourgoin. Il se fixe enfin à Monquin, audessus de Bourgoin, jusqu'à son départ définitif pour Paris. Il y arrive à la fin de juin 1770, après un crochet par Montbard, pour aller saluer dans son temple le majestueux historien de cette nature dont il aimait à se dire, lui-même, « le peintre et l'apologiste >. A travers tous ces déplacements, avec une peur navrante de ses ennemis imaginaires, il n'avait cessé de rédiger son dernier chef-d'œuvre, les Confessions.
Cfreonstances de la rédaction et de la pabllcation des « Confessions ». — Les « IMalog^ues » et les « Rêveries du promeneur solitaire ». — Dès janvier 1762, V Emile et le Contrat social étant encore sous presse, le libraire Rey d'Amsterdam lui conseillait d'écrire l'histoire de sa vie pour « honorer sa mémoire et contribuer à corriger les hommes >. C'était le prendre par son faible. Mais Rousseau résiste, « parce . qu'elle est