‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 309 sur 334 · SON THÉÂTRE. — OPUSCULES : LE LÉVITE, ETC · texte numérisé non relu

SON THÉÂTRE. — OPUSCULES : LE LÉVITE, ETC

malion. Ce n'est pas seulement parce que Rousseau y tentait de marier une prose chantante et rythmée avec un accompagnement musical — ce qui est d'ailleurs fort remarquable, et conséquent avec sa théorie sur le récitatif — , mais aussi parce que la situation est filée avec art, que le style en est coloré et que les tableaux devaient être d'un bel effet plastique.

Nous ne serions pas surpris de voir Pygmalion remonter sur la scène, avec un plein succès, à l'aide d'une musique dans ce style tout moderne de la « mélodie continue >, comme on dit aujourd'hui, que Rousseau demandait déjà, et avec raison, à Gluck.

Intérêt relstiff do théâtre de Rousseau. >- Tel est le théâtre de Rousseau. A ne considérer ses mérites de détail qu'en valeur absolue, c'est-à-dire en dehors de l'intérêt qui leur est prêté par le nom de l'auteur, et par le piquant des contrastes qu'ils offrent parfois avec le reste de ses œuvres, il est médiocre. Rousseau était trop plein de lui-même pour caractériser fortement des personnages qui lui fussent extérieurs.

Opuscules. — Dissertations teelmlques. — « La Reine fantasque. » — Les « lettres h Sara ». — « Le Lévite d'Éphraïm. » >- Rousseau critique et poète médiocres. — Parmi ses opus^ cules publiés à diverses époques, figurent des dissertations plus ou moins techniques, notamment celle sur VÉconomie politique, dans V Encyclopédie (1756), premier crayon du Contrat social, très important à consulter pour l'ensemble de ses idées politiques ; ou encore celles sur VOrigine des langues, sur la musique, sur la botanique, voire même sur la sphère. Nous n'avons qu'à y relever cette solidité de langue, cette netteté d'exposition et, à l'occasion, cette rigueur de dialectique qui ne l'abandonnent presque jamais.

Son conte de la Reine fantasque se recommande par d'autres qualités, et est vraiment d'une allure assez dégagée, qui est rare chez lui. Mais bien qu'il se défende d'y « étaler du phœbus à des marmots », et qu'il se fût essayé à y moraliser sans grivoiserie, le sujet ni le ton n'en sont guère à leur portée, et l'on y trouverait plus de rapprochements à faire avec les récits scabreux de Mademoiselle de la Force, qu'avec l'inimitable naïveté des Contes de ma mère VOye.

Signalons encore, dans ses mélanges, une nouveauté qui a son prix, pour Thistoire du sentiment dans la littérature. Ce sont quatre let^es à Sara, sorties d*une autre gageure, souvent gagnée depuis sur la scène, celle de rendre intéressant un quinquagénaire. Rousseau n'y a pas trop mal réussi, et nous avons là peut-être une transposition atténuée de ses lettres perdues à Mme d'Houdetot.

Mais mieux vaut s'arrêter, pour finir, à un autre de ses opuscules, le Lévite d'Éphraïm.

Si nous en croyons Fauteur, c'est un chef-d'œuvre très digne de clore l'inventaire critique de ses œuvres complètes : < Le Lévite d'Éphraim, dit-il, s'il n'est pas le meilleur de mes ouvrages, en sera toujours le plus chéri,... je suis sûr de n'avoir rien fait en ma vie, où règne une douceur de mœurs plus attendrissante, un coloris plus frais, des pein tures plus naïves, un costume plus exact, une plus antique simplicité en toutes choses •, etc. C'est beaucoup trop louer ce petit poème en prose, dans la « manière de Gessner >. Mais nous savons que Rousseau est un médiocre critique, qu'il méconnut notamment la main de Voltaire dans le Sentiment des citoyens, et reconnut formellement celle de Diderot dans la Fausse Lettre de Frédéric, œuvre de deux Anglais. La vérité est pourtant ici que le t style champêtre » est visible et souvent heureux. Mais il se concilie mal avec le ton de certains passages déclamatoires ; par exemple avec celui de Vinvocation qui rappelle de très près le début des Histoires de Tacite que Rousseau avait traduit jadis, pour se faire la main. Il y a d'ailleurs de l'émotion, de la rapidité, de la simplicité même, et, à tout prendre, un écho assez direct de la Bible, dont il avait fait alors son livre de chevet.

Enfin, outre ses comédies, il avait rimé, en différents temps, quelques riens de circonstance, tels que le Vergei* des Charmettes ou VAllée de Sylvie, Mais ce n'est pas en vers qu'il est poète et ses écrits n'ont plus rien à nous apprendre sur son génie. Nous connaissons d'ailleurs toute sa vie et pouvons essayer de porter un jugement définitif sur l'homme et sur l'auteur.

JUGEMENT d'ensemble SUR ROUSSEAU. 669

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