‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 322 sur 334 · III. — AUTEURS · texte numérisé non relu

III. — AUTEURS

Balzac et Voiture s mérites et démérites, et intérêt littéraire de leur correspondance. — Balzac et Voiture ont d'autant plus le droit d'ouvrir le défilé des auteurs qui nous ont laissé des lettres, qu'ils ne furent guère auteurs que par leurs lettres.

Sur l'esprit de Voiture et sur l'éloquence de Balzac, c le grand épistoliei* de France, > suivant le mot que Ménage foi^ geait en son honneur, La Bruyère a écrit tout le bien et Voltaire tout le mal nécessaires. Dire de ces deux correspondances, avec le premier, qu' t elles sont vides de sentiments qui n'ont régné que depuis leur temps et qui doivent aux femmes leur naissance >, c'est faire une réserve dont la gravité ressort des éloges que nous avons adressés plus haut aux lettres de ces mêmes femmes. Mais si l'on peut juger du baladinage de Voiture par la lettre de la carpe au brochet (p. 80), on a de son éloquence (p. 70 sqq.) comme de son esprit (pp. 67, 69, 76, 85) d'autres échantillons qui font trouver le jugement de Voltaire

un peu sévère. A côté des lettres de Balzac qui sont vraiment des € harangues ampoulées >, il en est beaucoup où l'esprit est du meilleur aloi (pp. 94, 102, 104, 106), l'accent oratoire très émouvant et à sa place (pp. 98, 100, 111), avec des portraits vivement crayonnés (p. 103), et avec un sentiment de la campagne, au milieu de laquelle il vit, qui est tout à fait notable à cette époque (pp. 95, 96, 101, 110).

Il reste vrai néanmoins que l'intérêt de ces deux correspondances, si fameuses en leur temps, est superficiel et relatif surtout à leur style qui marque certainement une date mémorable dans l'histoire de la prose française.

Intérêt documentaire de la correspondance des grands écrivains du XVIIe siècle i exemples tirés de celle de Bescartes. — Il n'en est pas de même des lettres des grands et moyens auteurs du xvii^ siècle. Au mérite littéraire qui va de soi, elles joignent d'abord celui de peindre leur cercle et leur temps et surtout celui de nous admettre dans leur intimité, de nous fournir, sur la conduite de leur talent ou de leur vie, des confidences qui mettent ces grands hommes plus près de nous, qui les font pour ainsi dire penser tout haut leurs œuvres et nous donnent parfois l'illusion d'en pénétrer le secret et les défaillances.

Et, par exemple, quelle dissertation sur le style de Descartes nous montrera mieux l'embarras naturel de sa syntaxe que cette phrase d'une des lettres : t Je sais que vous avez tant d'occupations qui valent mieux que de vous arrêter à lire des compliments d'un homme qui ne fréquente ici que des paysans, que je n'ose m'ingérer de vous écrire que lorsque j'ai quelque occasion de vous importuner » (p. 43). Mais aussi, dans la même lettre et dans les autres, quelles précieuses confidences sur sa faculté de s'abstraire (p. 40), et de t philosopher sur tout ce qui se présente > (p. 45) !

La correspondance des gprands écrivains et l'histoire de leur esprit : Corneille^ Racine, La Fontaine, BoUean, Pascal, La Rochefoucauld. — Analyser les mérites des lettres qui nous restent des grands écrivains du xvii® siècle, ce serait refaire, pour la plupart, l'histoire de leur esprit. Il nous suffira de rappeler ici que leur correspondance est une

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