‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 115 sur 337 · ANALYSE DES PROVINCIALES '. LEUR TOUR CAVALIER · texte numérisé non relu

ANALYSE DES PROVINCIALES '. LEUR TOUR CAVALIER

et déclaré déchu de ses privilèges de docteur, tandis que la seconde de ses propositions était condamnée comme hérétique. C'est dans cette troisième Provinciale qu'est prononcée cette parole : « Les plus habiles sont ceux qui intriguent beaucoup, qui parlent peu, et qui n'écrivent point ». On sent que le tour des Jésuites approche.

Les lettres qui suivent, de la quatrième à la seizième, sont l'arsenal des armes qu'il tourne contre les casuistes. Pascal leur reproche la restriction mentale (1. V), la direction d'intention (1. Vil), le probabilisme (1. V, Xlllj. Il les accuse d'enseigner qu'on peut faire son salut en vivant dans les péchés les plus honteux (l. VI, VII, VIII, IX), de nous dispenser d'aimer Dieu, de remplacer la foi par des pratiques extérieures, d'aplanir la route aux vices, pour dominer les consciences et asservir l'Église.

La seizième lettre défend les religieux de Port-Royal contre des calomnies outrageantes.

La dix-septième et la dix-huitième reprennent la question de !a Grâce qui avait été le point de départ de la querelle.

Dès son début, l'avocat fit merveille; et, le jour où il soumit à la docte compagnie ce qu'il croyait une ébauche, il n'y eut qu'une voix pour s'écrier : « Cela est excellent; il faut l'imprimer ï. Jamais Port-Royal ne s'était vu à pareille fête. Ce ton de polémique alerte et cavalière tranchait d'emblée sur le style habituel de la maison, les interminables périodes, l'ampleur, la redondance, la rotondité, la monotonie, le sempiternel retour des mêmes arguments, l'appareil logique du sermon ou de la plaidoirie, la gravité solennelle d'une langue juste et saine, mais terne, opaque et impersonnelle. Bien que cette marque de fabrique eût disparu, les plus austères eurent l'esprit de ne point se scandaliser du tour profane qui signalait ce nouveau venu ; car on sentait d'instinct que cette ironie légère était le salut, ■ et qu'une charge brillante pouvait seule tourner un désastre en victoire, comme Pascal eut bientôt la joie de le constater, lorsqu'il se fit écrire par le Provincial : « Vos deux lettres n'ont pas été pour moi seul. Tout le monde les voit, tout le monde les entend, tout le monde les croit. Elles ne sont pas seulement estimées par les théologiens- elles sont encore

agréables aux gens du monde, et intelligibles aux femmes mêmes. »

L'incognito. La police et les conspirateurs. — Au moment

où il entrait en scène, il n'appartenait pas encore complètement à Port-Royal. Solitaire amateur, il n'y faisait que des retraites passagères, et logeait près du Luxembourg, chez le poète Patrix, officier du duc d'Orléans, dans une maison qui faisait face àla Porte Saint-Micliel. Bientôt même, pour plus de sûreté, il alla se cacher, sous le nom de M. de Mons — nom de sa grand' mère, — dans une petite auberge de la rue des Poirées, à l'enseigne du roi David, derrière la Sorbonne, en face de l'ennemi, vis-à-vis du collège des Jésuites. C'est de là qu'il entretenait une correspondance quotidienne avec « ces Messieurs », et en recevait toutes sortes de munitions dont il faisait bon emploi. M. Périer, son beau-frère, venu à Paris sur ces entrefaites, descendit dans le même hôtel. On raconte même qu'un jour un Jésuite, le Père de Frétât, son cousin, vint le voir, pour l'avertir en bon parent que la Société se défiait de M. Pascal, et ne le croyait pas étranger aux Petites Lettres. L'angoisse de M. Périer fut grande; car, en ce moment, sur son lit, derrière un rideau entr'ouvert, une vingtaine d'exemplaires de la septième lettre étaient en train de sécher. Pourtant l'expédient de la restriction mentale le tira d'embarras, et, le bon Père une fois parti, il courut conter l'aventure à Pascal, qui demeurait à l'étage supérieur. Un laquais de Pascal, nommé Picard, était dans la confidence. C'est lui qui portait les manuscrits àM. Fortin, proviseur du collège d'Harcourt, où était une presse clandestine. Ce mystère avivait d'autant plus la curiosité publique. Mais, embusqué dans l'ombre, l'invisible ennemi décochait impunément ses flèches et jouissait de son incognito. « C'est Nisus, dit Sainte-Beuve, dardant ses javelots qui tuent les Rutules près d'Euryale. Seulement ici Euryale, c'est-à-dire Arnauld, est sauf, et Nisus échappe. On est en p^lein succès de stratagème. > Cependant, les suppositions se croisaient en tous sens. N'allat-on pas jusqu'à nommer le vieux Gomberville (1600-1674), un revenant qui remontait à la fondation de l'Académie"? On soupçonnait encore M. Le Roi, abbé de Haute-Fontaine, qui, dans une lettre au Père Esprit, de l'Oratoire (9 février), s'en excusa

l'impression clandestine des provinciales. 205 (Ml assurant « qu'on lui faisoit trop dlionneur ». Les linniers de la police cherchaient aussi la piste, mais on éventait leurs battues; et, tandis qu'ils revenaient bredouille, les conspirateurs, réunis à la sourdine au lieu de leur rendez-vous ordinaire, chez l'abbé de Pontchâteau, riaient, portes closes, des fausses conjectures de l'adversaire et de sa rage impuissante.

Le factotum de Port-Royal. Ses inipriinenrs. — Il y eut là des prodiges de discrétion, d'adresse et de ruse. Si on réussit à tromper la vigilance des plus habiles, on le dut principalement à M. Baudry d'Asson de Saint-Gilles, l'infatigable factotum de Port-Royal. Ses auxiliaires dévoués furent, entre autres, les libraires Petit, Desprez et Savreux. Mais ce dernier seul courut quelque péril. Le 2 février, jour de la Purification, on vint l'arrêter, et le lieutenant criminel l'interrogea, lui, sa femme et ses garçons de boutique. Des scellés furent mis sur les presses de son imprimerie; mais, avisée à temps, Mme Savreux avait recueilli les formes dans son tablier; et, passant à travers les gardes comme une autre Judith, elle alla les porter chez un voisin, où, dès la nuit, on tira trois cents exemplaires de la seconde lettre, et le lendemain douze cents. Les magistrats chargés des poursuites étaient les premiers à trouver dans leur carrosse ou sous leur serviette les pièces qui échappaient à toutes leurs enquêtes. M. le chancelier faiUit en suflbquer de colère : « 11 fallut le saigner jusqu'à huit fois ». Quelques-uns eurent l'esprit de prendre plaisir à ces défis, et le président de Bellièvre attendait impatiemment chaque Provinciale, comme un abonné, pour s'en régaler. Plus d'un lisait par goût les pages qu'il proscrivait par convenance. Tel qui requérait leur lacération eût regretté fort de ne pas les avoir dans sa bibliothèque. Lorsque le Parlement d'Aix ordonna que l'ouvrage fût brûlé sur le pilori par l'exécuteur de haute justice, les conseillers qui les condamnaient ainsi publiquement ne livrèrent au feu qu'un Almanach — tant il leur en coulait d'anéantir un seul exemplaire du chef-d'œuvre, — c'est-à-dire une biche à la place d'Iphigénie. Quant au cardinal Mazarin, que les victimes de Pascal cherchaient à circonvenir, il reçut la septième lettre ; mais il en rit de si bon cœur qu'il fut désarmé, du moins provisoirement.

Les salons. Propagande; les miracles delà Sainte-Épine.

— A plus forte raison les salons furent-ils conquis dès le premier jour. Les Provinciales créèrent tout un parti d'indifférents qui servit Port-Royal de son influence mondaine. La maison de Mme de Sablé, Fhôtel de Nevers où brillait Mme du Plessis- Guénégaud, et bien d'autres cercles à la mode devinrent des foyers de lecture et de propagande, des bureaux d'annonce et de distribution. « Jamais la Poste, dit un contemporain, ne fit de pareilles recettes. » Des ballots d'exemplaires étaient expédiés dans toutes les villes du royaume, le plus souvent port payé; car la petite Eglise n'y regardait pas, ou plutôt elle s'arrangeait de manière à n'y rien perdre, comme l'avoue M. de Saint-Gilles, quand il écrit : « M. Arnauld s'est avisé d'une chose que j'ai utilement pratiquée. Au lieu de donner ces lettres à nos libraires, nous en faisons tirer de chacune 12 rames qui font 6 000, dont la moitié se donne, et dont l'autre, vendue aux libraires, paye les frais d'impression, et plus. Ainsi, nos 3 000 ne nous coûtent rien, et chacun se sauve. »

Faut-il ajouter que les intérêts du ciel furent aussi engagés dans l'entreprise? car on pubUa bientôt des miracles accomplis à Port-Royal, entre autres des guérisons opérées par la Sainte- Épine dont cette maison possédait une parcelle. On suscita même des pèlermages à « ce sanctuaire de la Grâce ». Dans sa seizième lettre, Pascal ne fait-il pas allusion à ces rumeurs mystiques, lorsqu'il parle d'une « voix sainte et terrible qui étonne la nature et console l'Eglise » ? Le premier miracle aurait jBu lieu, en effet, le vendredi de la mi-carême 1656.

Bref, l'effet produit fut étourdissant : il déconcerta les Jésuites eux-mêmes éblouis par l'éclat des coups portés au cœur de leur Institut. « Il faut avouer, disait l'un d'eux, qu'il sait mieux qu'homme du monde l'art du ridicule, et qu'il s'en sert avec toute la perfection qu'on peut souhaiter. » C'est ce qu'un autre appelait « du poison versé dans la coupe d'or de Babylone ». Aussi furent-ils déconcertés jusqu'à se taire. Plus tard ils reprirent leur sang-froid; mais le talent fît trop souvent défaut à ces ripostes.

Bourdaloue n'avait pas encore appris sa puissante dialectique à l'école de Pascal.

LES PROVINCIALES ET L'ÉGI>ISE GALLICANE. 207

Les Provinciales et rÉgli«>e gallicane. Les Jésnites condamnés à Paris et à Rome. Censure de Bossnet. — Tandis que les rieurs accueillaient gaiement les Provinciales — comme les appela le public, par une abréviation qui est devenue leur titre immortel, — les Théologiens prenaient la chose très gravement. Dès le 12 mai 1656, alors que les sept premières avaient seules paru, le curé de Saint-Roch, M. Rousse, syndic des curés de Paris, invita ses confrères à poursuivre la condamnation soit des Casuistes, s'ils étaient reconnus coupables, soit des Lettres si elles les calomniaient. Mais, comme le diocèse était troublé

I par des dissentiments sur la juridiction de l'archevêque, ce dessein ne put avoir son. effet. Quelques semaines après, vers le 30 mai, un prêtre de Rouen, l'abbé d'Aulnay, curé de Saint- Maclou, fulmina dans ses sermons contre des doctrines qui scandalisaient l'Eglise. Avertis par ce signal, ses collègues résolurent de nommer des arbitres pour vérifier les textes cités; et, stupéfaits de leur exactitude, ils adressèrent à leur archevêque, M. de Harlay, depuis archevêque de Paris, une requête, que celuici crut devoir renvoyer à l'assemblée générale du clergé. En même temps, les curés de Paris furent invités à suivre cet exemple. L'appel fut entendu : il se propagea même dans les principales villes de France, où il recueillit de nombreuses adhésions, lesquelles furent transmises à une commission qui eut pouvoir de parler et d'agir au nom des absents. Après examen du dossier, trente-huit propositions finirent par être déférées, le 26 novembre, au synode, où les évêques seuls avaient voix délibérative sur les articles de foi ou de doctrine. Mais la session touchait à sa fin ; et, pour cette raison, ou par des motifs de prudence, on ajourna la cause, non toutefois sans prononcer un arrêt indirect; car, le l^"" février 1657, il fut décidé qu'il convenait d'imprimer les Instructions de saint Charles Borromée pour les confesieurs. Selon les termes du procès-verbal, ce livre serait très utile « principalement en ce temps où l'on voit avancer des maximes si lyernicieuses, si contraires à celles de l'Evangile, et où il se commet tant dabus en l'administration du sacrement de pénitence, par la facilité et l'ignorance des direc-

' teurs «.

Celait éluder un devoir; mais ce faux-fuyant n'étouffa pas

le procès; il fut même envenimé bientôt par la témérité d'un Jésuite, le Père Pirot, qui, vers la fin de 1657, payant d'audace en son Apologie des casuistes, ne parlait de rien moins que de précipiter les Jansénistes dans le Rhône. Cette maladresse renouvela l'émoi du monde ecclésiastique; et, le 7 janvier 1658, l'assemblée des curés de Paris dénonça ce libelle aux vicaires généraux qui administraient le diocèse pendant l'exil du cardinal de Retz. Un blâme finit par être prononcé en octobre 1658, et le soulèvement de la conscience publique fut tel que, sous cette pression, le saint-siège dut, en 1659, condamner les violences du Père Pirot. C'étaient les Provinciales qui, prises même à dose légère, opéraient jusque sur les tempéraments les plus réfractaires. Parmi les témoignages qui l'attestent, signalons le sixième des dix Factums ou Ecrits pour les curés de Paris, un de ceux {premier, deuxième, cinquième et sixième) auxquels une tradition, que ne dément pas l'exameii du texte, veut que Pascal ait collaboré. Raillant le ton plaintif et les doléances patelines des Jésuites, les auteurs de ce sixième des Ecrits des curés de Paris disaient : « Voylà comme cette superbe Compagnie tire vanité de sa confusion et de sa honte; mais il faut réprimer cette audace impie d'oser mettre en parallèle son obstination criminelle à défendre ses erreurs avec la sainte et divine constance de Jésus-Christ et des martyrs à souffrir pour la vérité. Car, quelle proportion y a-t-il entre deux choses si éloignées? Le fils de Dieu et les martyrs n'ont fait autre chose qu'établir les vérités évangéliques, et ont enduré les plus cruels supplices, la mort même, par la violence de ceux qui ont mieux aimé le mensonge. Or les Jésuites ne travaillent qu'à détruire ces mêmes vérités, et ne souffrent pas la moindre peine pour une opiniâtreté si punissable. »

Tandis que ces protestations retentissaient autour des chaires, les Petites Lettres, traduites en latin par Nicole sous le nom de € Wendrock, théologien de Salisbury », avec plus d'élégance que de fidélité, mais avec des amplifications qui n'étaient nullement destinées à les rendre moins fortes, ne tardent pas à faire le tour de l'Europe. Dès 1657, en même temps que l'édition in4°, dite de Cologne, signalée ci-dessus, il en avait paru à Londres une traduction anglaise, intitulée les Provinciales, or

VICTOIRE DE l'auteur DES PROVINCIALES. 209

the Mysteries of Jesuitism, attribuée, non sans de grandes probabilités, à John Evelyn, homme de bien et de science. Les Provinciales eurent beau être mises à l'index par la cour de Rome, et condamnées au feu à Paris, le 14 octobre 1660, sur le commandement exprès du Roi et de la Reine, la plainte universelle força deux papes, Alexandre VII en 1665, et Innocent XI en 1679, sinon à lancer une bulle en forme contre la morale relâchée, du moins à réprouver certaines de ses maximes. Mais c'est surtout à l'Église de France que revient l'honneur d'une sentence décisive. Déjà l'assemblée'de 1682 prit l'initiative d'une enquête qui aboutit à un projet de censure rédigé par Bossuet. Si le crédit des prévenus réussit à suspendre l'arrêt pendant dix-huit années encore, l'assemblée de 1700 eut le courage de frapper le coup longtemps ajourné. Ce fut encore le vigilant gardien de la tradition gallicane qui dressa le réquisitoire. Ne s'écriait-il pas : « Si, contre toute vraisemblance, et par des considérations que je ne veux ni supposer, ni admettre, l'assemblée se refusait à prononcer un jugement digne de l'Église, seul, j'élèverais la voix dans un si pressant danger; seul, je révélerais à toute la terre une si honteuse prévarication; seul, je publierais la censure de tant d'erreurs monstrueuses »?

"Victoire de Pascal. — II flt plus qu'il ne voulut. — Il est donc vrai de dire que ce grand procès de la morale chrétienne fut gagné par Pascal, au sein même de l'Église, à plus forte raison devant la société laïque pour laquelle l'auteur des Provinciales n'a pas cessé d'être un témoin et un juge. Elles purgèrent ainsi la France d'un casuisme qui, venu de l'Espagne, menaçait d'infester le sanctuaire. Bien que préoccupé d'une pensée tout évangélique, Pascal a même contribué à un résultat qu'il ne visait point, et qui l'eût effrayé, s'il l'avait prévu. Nous entendons par là qu'en soumettant au tribunal de l'opinion des questions réservées jusqu'alors à l'autorité ecclésiastique, il a hâté l'établissement d'une morale séculière. Dès lors, le temps n'est pas loin où l'on passera de 4a critique des théologiens à celle de la théologie.

Il pourrait donc bien avoir fait plus qu'il ne voulait; et il est permis de se demander s'il se reconnaitrait dans plusieurs de ceux qui, depuis, se sont autorisés de son livre, les uns sans

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l'avoir jamais lu, les autres avec un esprit fort peu sympathique au sien, et qui l'eût certainement affligé. Pascal était pourtant bien hardi lorsqu'il disait : « Le monde devient méfiant et ne croit les choses que quand il les voit.... Ils ont jugé plus à propos et plus facile de censurer que de repartir, parce qu'ii leur est bien plus aisé de trouver des moines que des raisons.... Laissons là leur différend : ce sont des disputes de théologiens et non de théologie. Nous qui ne sommes pas docteurs, nous n'avons que faire à leurs démêlés. » Il ouvrait ainsi la porte au libre examen, et préparait les voies à de plus audacieux que lui. « En discréditant le poison, dit Sainte-Beuve, il risqua de mettre en défiance même contre le remède. >

Ajoutons que Pascal et Molière se vinrent en aide, à leur insu. Jouées en 1659, les Précieuses ridicules dégagèrent la gloire des Provinciales du faux goût qui régnait à l'entour. En revanche, les Provinciales devançaient et annonçaient Tartuffe *.

Les éditions des Provinciales. — Pour épuiser ce préambule historique, rappelons cei'tains détails de bibliographie qui ne sauraient être dédaignés, lorsqu'il s'agit d'un si grand nom. Chaque lettre parut isolément, dans le format in-quarto, avec une pagination distincte. Quelques exemplaires d'une même lettre offrent de notables différences, ce qui ne doit pas nous étonner; car le même texte s'imprimait clandestinement en plusieurs endroits, chez Petit, un des libraires de Port-Royal, dans les caves du collège d'Harcourt, et dans certain moulin situé entre le Pont-Neuf et le Pont au Change. Le premier recueil des Provinciales fut publié par Nicole, en 1657, comme nous l'avons expliqué ci-dessus; elles sont accompagnées, dès cette première édition, d'un avertissement dont la rédaction était évidemment antéiûeure à la publication de la XVIII^ Provinciale, laquelle fut encartée dans le recueil, à la dernière heure, en belle page. La pagination ne se suit pas, les caractères changent d'une lettre

1. Quant au fond du débat et aux réserves à faire tant sur la manière de citer de Pascal que sur la légitimité d'une certaine casuistique, voir d'une part M. Joseph Bertrand : tes l'rovinciales (Revue des Deux Mondes, 1"' septembre 1890); M. F. Brunetière, Une apologie de la casuistique (Histoire et littérature, t. II, Paris, Calmann Lévy); et tout le commentaire historique et littéraire, enfin si clair, des Provinciales et des documents y relatifs, par M. P. Faugèr?, dans l'édition des Grands Écrivains (Hachette, 1886-94).

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