LAVANT-PROPOS
qu'il visait d'abord à tracer tout simplement un abrégé de l'histoire ancienne. Mais les considérations qui devaient en être la piéface prirent assez d'importance pour constituer le corps même de l'ouvrage; et la matière narrative ou chronologique n'en fut dès lors que le préambule. Rédigé, du moins dans sa première partie, pour servir à une éducation aussi laborieuse que stérile, ce discours ne fut publié qu'en 1661, après le mariage d'un prince peu digne d'un tel maître ^
Il est permis de croire que l'illustre évéque le destinait à la postérité plus qu'à son royal, mais très médiocre élève. Cependant, le souci de former un souverain se déclare dans toutes les pages de ce livre, et d'abord en ce magnifique Aiant-p7'opos où Bossuet esquisse le dessein du monument que nous allons parcourir.
L'avant-propos. Divisiou de l'ouvrage. Les époques. La suite de la religion. La suite des Empires. — Il s'ouvre en effet par quelques réflexions générales sur l'utilité de l'histoire, dont l'ignorance serait « honteuse non seulement à un prince, mais à tout honnête homme ». Or, cette étude ne doit pas se réduire aux annales de telle ou telle nation : elle ne sera lumineuse que si elle fait comprendre la dépendance logique de tous les siècles, et nous permet de la sorte de « tenir pour ainsi dire le fil de toutes les affaires humaines ». Cet enchaînement providentiel, Bossuet prétend le rendre visible « en un tableau rac-
annales de la France. Pour mieux graver ces leçons dans un esprit assez rélif, il lui récitait chaque jour de vive voix tine suite de faits et de considérations, puis l'obligeait à rédiger ces exercices en français et en latin. Ainsi fut composé un Abrégé de l'histoire do France, jusqu'à la fin du règne de Charles IX. Bossuet fit aussi des vers grecs et latins.
1. 11 parut sous ce titre complet qui on résume l'intention : Discours sur rHistoire universelle, à Monseigneur le Dauphin, pour expliquer la suite de la Hc'ligion et les changements des Empires, depuis le commencement du monde jusqu'à l'empire de Charlemagne. La seule édition qui fasse loi est celle de 1700, la plus complète de celles qui furent revues par Bossuet. Dans les années suivantes, jusqu'à sa mort (170-5), il prépara plusieurs additions, dont une considérable (le xxix« chapitre de la II' partie). Restées en manuscrit, elles ont été publiées en 1818 par les éditeurs de Versailles à la place que Bossuet leur assignait dans son ta ïte.
courci », qu'il compare à une sorte de carte embrassant l'ordre universel des temps. Dans ce cadre chronologvque il fera entrer tout l'univers ancien, de manière à fixer des souvenirs indispensables à l'intelligence de ce vaste ensemble, à savoir la suite de la Religion, et celle des Empires i.
Mais, de même que pour la science des lieux géographiques la mémoire s'attache principalement à certaines villes « autour desquelles se distribuent les autres, chacune selon la distance », ainsi, dans la série des âges, il convient d'appeler d'abord l'attention sur « certains temps marqués par quelque grand événement auquel on l'apporte tous les autres ». C'est ce que Bossuet nomme une Epoque ^, je veux dire une de ces stations élevées, où l'esprit se repose, et d'où ses regards peuvent discerner sans confusion les lignes les plus saillantes d'un horizon immense. Or, ces postes où s'arrêtera l'observateur sont ici au nombre de douze : Adam, ou la création; Noé, ou le Déluge; la vocation d'Abraham, ou le commencement de l'alliance de Dieu avec les hommes ; Moïse, ou la loi écrite ; la prise de Troie; Salomon, ou la fondation du Temple; Romulus, ou Rome bâtie ; Cyrus, ou le peuple de Diieu délivré de la captivité de Babylone; Scipion, ou Carthage vaincue; la naissance de Jésus-Christ; Constantin ou la paix de l'Eglise; Charlemagne, ou l'établissement du nouvel Empire.
Après ce résumé synoptique, il se proposa de reprendre et d'interpréter chacune de ces mutations dans une seconde partie destinée spécialement « à nous faire entendre la durée perpétuelle de la Religion », et à démontrer comment les prophéties se sont accomplies. C'est un commentaire exclusivement théologique dont le centre est l'histoire du peuple juif.
Enfin, il termine son œuvre par un dernier discours dont il semble n'avoir voulu tracer que la magistrale ébauche, mais qui n'en est pas moins le principal titre de l'historien à l'admi-
1. « Comme la Religion ot le Gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, voir co qui regarde ces choses renferme dans un abrégé, et en découvrir par ce moyen tout l'ordre et toute la suite, c'est comprendre dans sa pensée tout co qu'il y a de grand parmi les hommes, et tenir, pour ainsi dire, le fil de toutes les affaires de l'univers. »