‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 172 sur 337 · LES ASSYRIENS · texte numérisé non relu

LES ASSYRIENS

moins relu Hérodote et Xénophon, pour leur emprunter un modèle de magnanimité dans la personne de Cyrus embelli par l'imagination romanesque d'un Féneton athénien. — Quant aux Perses, dont la religion fut la plus pure et la plus douce qu'ait connue le polythéisme, il n'en parle point avec assez de développement et de suite ; mais c'est à leur supériorité morale qu'il attribue un empire dont la durée eût été plus longue s'ils avaient su « trouver ce bel art d'unir les parties d'un grand Etat, et d'en faire un tout parfait * ». Faute de mieux, il profite de l'occasion pour vanter, sur parole, d'après Hérodote et Platon, les mœurs d'une nation amie de la vérité, honnête, civile, libérale envers l'étranger, et naturellement généreuse pour les vaincus. Mais il ne l'approuve point d'avoir porté le respect de l'autorité royale jusqu'à un excès voisin de « l'adoratiorf » ; car c'était paraître « plutôt des esclaves que des sujets soumis par raison à un empire légitime ^ ». Voilà un des vices qui précipitèrent la chute d'une monarchie à laquelle manquait d'ailleurs une milice réglée, c'est-à-dire des chefs entendus, et des soldats disciplinés. Un Turenne, ou un Condé n'eussent pas mis plus de précision à dégager les causes d'impuissance qui, sur le champ de bataille, allaient paralyser ces multitudes désordonnées, en face des armées grecques « médiocres il est vrai, mais semblables à ces corps vigoureux où il semble que tout soit nerf et plein d'esprits », d'ailleurs si souples et si bien commandées « que les soldats paroissoient avoir tous une même âme, tant on voyoit de concert dans leurs mouvements ».

La Grèce. Impartialité de Bossaet. Hommage rendu à des cites démocratiques, prédilectïou pour Athènes. — Avec l'invasion de Darius, Bossuet aborde l'histoire proprement dite. Bien qu'il nous offre simplement un profil de la Grèce, et

1. La conquête persane est le dernier acte des révolutions qui précèdent» Elle met fin au royaume d'Egypte, elle renvoie les Juifs dans leur patrie; elle force les murs de Babylone, et renverse les héritiers de Déjocès; elle occupé Sardes et envahit l'Ionie. Dès lors, commence le conflit de la Grèce et do l'Asie.

2. Bossuet, quoi qu'on on dise, n'est pas partisan du despotisme pur. Il l'a condamné même dans sa Politique tirée de l'Écriture, oii il dit: «Les rois sont soumis comme les autres à l'équité des lois. »

fasse surtout valoir dans sa physionomie les qualités d'ordre, de discipline, ou de dévouement à la patrie et à la loi, il faut lui savoir gré de s'être. montré cordial pour cette race heureuse qu'animaient l'ardeur du progrès et l'amour de la liberté. Il s'est laissé gagner par l'attrait d"un génie éminemment social. Pour le louer, il ne prononce pas le mot de civilisation, mais celui de civilité qu'il comprend dans son acception la plus large : c II ne signifioit pas seulement, dit-il, la douceur et la déférence mutuelle qui rend les hommes sociables : l'homme civil n'étoit autre chose qu'un bon citoyen qui se regarde toujours comme membre de l'État, qui se laisse conduire par leé lois, et conspire avec elles an bien public, sans rien entreprendre sur personne. » Intelligence trop élevée pour n'être pas capable d'impartialité, Bossuet confirme ici ce qu'il disait ailleurs de lui-même : « Je respecte dans chaque peuple le gouvernement que l'usage y a consacré * »

En effet, on ne saurait nier l'accent très sincère des louanges qu"il accorde à l'esprit des cités démocratiques; quelques-uns même ont jugé le portrait un peu flatteur, lorsqu'il écrit : « La liberté que se figuroient les Grecs étoit soumise à la loi, c'est- • à-dire à la raison reconnue par tout un peuple. Elle étoit regardée comme la maîtresse; c'étoit elle qui établissoit les magistrats, et en régloit le pouvoir.... Chaque forme pohtique ayant ses avantages, celui que la Grèce tiroit de la sienne étoit que les citoyens s'affectionn oient d'autant plus à leur pays qu'ils le conduisoient en commun, et que chaque particulier pouvoit parvenir aux premiers honneurs, s Entre deux républiques « toujours ennemies plus encore par la contrariété de leurs intérêts que par lïncompatibilité de leurs humeurs », l'une rigide, farouche, austère et impérieuse, l'autre vive, douce, séduisante, « délicieuse à voir », où « l'esprit et les passions donnoient tous les jours de nouveaux spectacles », mais inégale, mobile, turbulente et gâtée par des adulateurs et dont on peut bien dire qu'elle fut la ville la plus moderne de l'antiquité, ses préférences n'hésitent même pas. Il tient pour Athènes contre Sparte. Il faudrait citer tout ce parallèle, aussi sobre

■". Ciaquième averlisscment aux protestants. Daus la Politique sacrée (t. II, art. !*')> U disait aussi : « Chaque forme de gouvernement a ses avantages. >

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