‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 224 sur 337 · ESSAI SUR LES MŒURS : L'HISTOIRE DES IDÉES · texte numérisé non relu

ESSAI SUR LES MŒURS : L'HISTOIRE DES IDÉES

«t s'affaisse sous le poids des minuties. » Ailleurs il écrivait encore au marquis d'Argenson : « 11 semble que, pendant quatorze cents ans, il n'y ait eu dans les Gaules que des rois, des ministres et des généraux. Mais nos mœurs, nos lois, nos cou tûmes et notre esprit ne sont-ils donc rien? » Il suit de là que son idée fixe fut d'introduire dans le récit des événements les vues d'une critique féconde, et d'étudier, non plus des souverains, mais des époques, ou du moins les objets les plus divers de l'activité sociale, tous les ressorts du gouvernement intérieur ou extérieur, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres, les arts, les sciences, les courants de l'opinion, les controverses religieuses, c'est-à-dire tout ce qui constitue la vie d'un peuple.

L'histoire des idées. — Cette intention, nous allons la voir à l'œuvre dans le Siècle de Louis XIV, comme en témoigne non seulement une lettre écrite en 1740 à milord Harvey, pour justifier le titre de ce livre, mais cette déclaration qui en est le début : « Ce n'est pas seulement la vie d'un prince qu'on prétend écrire : on se propose un plus grand objet. On veut essajer de peindre Vesprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais. Il ne faut pas qu'on s'attende à trouver ici les détails immenses des guerres, des attaques, des villes prises et reprises par les armées, données et rendues par les traités. Mille petites ( irconstances intéressantes pour les contemporains se perdent ax yeux de la postérité, et disparaissent pour ne laisser voir que les grands événements qui ont fixé la destinée des empires.... On ne s'attachera donc qu'à ce qui mérite l'attention de tous les temps, à ce qui peut peindre le génie et les mœurs des hommes, servir d'instruction, et conseiller l'amour de la vertu, des arts et de la patrie. »

En résumé, Voltaire a parcouru tous les tons de l'histoire, depuis les recherches savantes jusqu'aux anecdotes cyniques. Ses Amiales de l'Empire prouvent même qu'il était capable d'un aride travail de dates et d'analyse, sans un trait d'esprit, ni une épigramme. S'il a souvent altéré la vérité, s'il rabaisse de grands événements, s'il hésite entre le pamphlet et le panég}'rique, si son scepticisme a plus détruit que créé, il a du moins émancipé a science, fait justice de mainte erreur, coupé court à une pompe factice, préparé les intelligences à niieux con-

naître le passé, frayé les voies à la critique, et, sans le vouloir, par ses préventions mêmes, rendu nécessaire l'impartialité qui saura tout comprendre. Montesquieu avançait un jour que Voltaire ne ferait jamais « une bonne histoire ». L'auteur des Considérations s'est trompé au moins une fois, comme on va voir.

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