‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 76 sur 337 · Cf. Extraits de» chroniqueurs, op. cit., p. 377 sqq · texte numérisé non relu

Cf. Extraits de» chroniqueurs, op. cit., p. 377 sqq

Montlhéry, où il a été servi par ses défauts même, rendant sensibles, par le décousu de sa narration et par Tintermittence comique de ses saillies, tous les à-coups de l'opération et les accès très variés de l'humeur militante ou fuyarde des combattants ^

Certes ses narrations n'ont pas l'éclat de celles de Froissart, et le trait pittoresque y est bien rare. Pour qu'il le voie, il faut pour ainsi dire qu'il lui crève les yeux, par exemple le soir de Montlhéry, lorsque, le duc voulant manger, il < fallut oslei quatre ou cinq hommes mors pour lui faire place, et mit Ton deux boteaulx de paille ou se sist ». Il entendra bien encore un de c ces pouvres genz nudz » demander à boire et verra qu' « on lui getta en la bouche un peu de ptizanne > : mais sa pitié ne va pas plus loin et n'est guère bavarde : à la guerre, comme à la guerre. Et puis c'est la victoire, on a gaigné, et il ne faut pas lui demander de s'élever au pathétique du marquis d'Argenson écrivant à Voltaire, du champ de bataille de Fontenoi, en une situation identique : « Mais le plancher de tout cela est du sang humain, des lambeaux de chair humaine ».

En revanche, s'il dédaigne les dessus de l'histoire, quelle ardente curiosité de ses dessous, et quelles admirables narration des états d'âme de ses héros! Qu'on relise, à ce point de vue, tout son récit de cette même affaii-e de Montlhéry, ou les -sombres et admuables pages où le ministre de Louis XI ouvre à la fois, sous nos yeux, avec toute la sagacité et la subtilité de l'auteur des Annales, la retraite de Plessis-lès-Tours et l'âme torturée du malheureux roi qui y agonise, prisonnier de ses peurs, se défiant de son fils, défié par son médecin, rudoyé par son barbier ^. Aussi Montaigne écrivait-il en marge de ce livre, comme en tête du sien : € La bonne foy de l'auteur reluit évidemment ».

On peut donc considérer qu'il compense le défaut du pittoresque extérieur, en peignant les dedans, pour ainsi dii'e, et qu'au fracas amusant des faits il supplée par l'intérêt concentré

1. Cf. Extraits des chroniqueurs (Hachette, op. cit.), p. 358 sqq.

2. Cf. Extraits des chroniqueurs (Hachette, op. cit.), p. 358 sqq., et noiamment la page 414 pour sa subtUité éloquente et tout à fait daas la manière de Tacite.

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