Béranger a dit dans un Tors trop subtil i
De tout laurier un poison est l'essence. ,
\, U faisait jouer sur sou théâtre du Palais-Cardinal des tragédies ou corné-
Tuileries; ce qui lui valut cette admonestation : Il faut avoir l'esprit de suite. Il nous en coûte pourtant d'expliquer seulement par des raisons mesquines ce que Tallemant des Réaux appelle la jalousie enragée du cardinal^; et, sans justifier l'attitude de celu^ qui « faisait de si mauyais vers avec Colletet, et de si bonne politique à lui tout seul^ », nous inclinons à croire que des pensées d'un autre ordre se mêlèrent aux rancunes du confrère dramatique.
La question espa|[;nole. — On avouera du moins qu'à l'heure où le Cid se produisit sur la scène, il pouvait ajouter aux embarras d'une situation difficile, et susciter de légitimes ombrages chez un homme d'État qui tenait en main Tépée de la France. N'est-ce pas en 1636 que Piccolomini revint d'Allemagne en toute hâte, ferma la retraite aux maréchaux de Ghâtillon et de Brézé, envahit la Picar-. die, prit la Gapelle, enleva le Gatelet et s'empara de Gorbie, sur la Somme, à trente lieues de Paris? On se rappelait encore la consternation répandue par cette nouvelle. Lorsque des avant-postes ennemis se montrèrent aux environs de Gompiègne, l'alarme fut telle que Richelieu luimême faillit en être un instant déconcerté ; mais réconforté par le surintendant Bullion, et surtout par le Père Joseph qui le traita, dit-on, de poule mouillée, il ne tarda pas à retrouver sa présence d'esprit, parcourut la ville à cheval, releva partout les courages, enrôla les gens du peuple, improvisa une armée de quarante mille hommes, et, après avoir repris Gorbie, réussit enfin à refouler l'Espagnol jusqu'aux frontières*.
dies, dont le plan, imaginé par loi, deTait être mis en Ters par rÉtoile, Colletet, Boisrobert, Rotrou et Corneille. Dans ce répertoire, citons if trame, la Grande pastofulet l* Aveugle de Smyrney et let Tuilerief,
1. Boisrobert t fit jouer le Cid en ridicule devant son Éminence par des laquais et des marmitons.» Lorsqae don Diègue dit à son fils : c Rodriguet ae-tu du cœur », la parodie répondait : c Je n'ai qae du carreau. »
2. Ce trait est de M. le comte d'Haussonville. Réponse au discours de M. Alexandre Dumas, il février 1875.
3. Daps son discours de réception à l'Académie, M. Alexandre Dumas fils prétait à Richelieu ce discours où la fantaisie d'un paradoxe ingénieux recouvre une part de vérité : c Quoi ! c'est au moment ou j'essaie de refouler et d'exterminer l'Espagnol qui harcèle la France de tous les côtés ; qui, vaincu an Midi, reparaît à l'Est, qui, vainca è l'Est, menace an Nord; c'est quand
Ces souvenirs tout récents ne suffiraient-ils point à excuser une mauvaise humeur analogue à celle de Napoléon I^' proscrivant le livre dans lequel Mme de Staël exaltait Y Allemagne, au moment même où celle-ci soulevait contre nous une coalition européenne?
I4e Cid et les édits contre le duel. — N'oublions pas non plus que le Cid était une apologie du point d'honneur, de ce préjugé qui bravait des édits sévères lancés contre la fureur du duel. Le comte ne disait-il pas à don Arrias qui le pressait de réparer un outrage :
Ces satisfactions n'apaisent point une ftme; Qui les reçoit n'a rien, qui les fait se diffame ; Et de pareils accords l'effet le plus commun Est de perdre d'honneur deux hommes au lieu d'un.
Ce passage parut même si téméraire qu'il dut être retranché; car il s'agissait là d'une question encore toute* vive, et des feux mal éteints risquaient de se rallumer. Oui, je me figure que la provocation de Rodrigue suscita comme un frisson dans les rangs de la jeune noblesse, et que plus d'une épée dut alors brûler le fourreau. Il y eut donc là de quoi faire froncer le sourcil au maître impérieux
j'ai à combattre, à Paris même, les révoltes et les conspirations, que l'Espagnol me sascite; c'est quand une reine espagnole, encore jeune, correspond secrètement avec son frère le roi d'Espagne et prête les mains à toutes les conspirations qu'une cour légère et ignorante trame contre moi, sans se douter du mal qu'elle fait à la France ; c'est en un pareil moment quA tu viens exalter sur la scène française la littérature et l'héroïsme espagnols! Tu ne vois donc pas que tu conspires, toi aussi, que tu gènes mes desseins, et que, plus tu as de taljsnt, plus je dois te combattre? » — C^est une légende substituée à une autre. Sans l'admettre sous une forme aussi absolue, on ne saurait nier que Corneille, avec la candeur de son génie, oubliait trop, en célébrant l'Espagne, la situation politique où se trouvait la France.
1. Dix ans auparavant, lors du doel que Des Chapelles et Montmorenfiy expièrent de leur tète, Richelieu n'écrivait-il pas au roi cette page que nous lisons dans ses Mémoirn : « Tl ne s'agit plus d'une simple infraction des édits, mais dmne habitude à rompre, d'une profession publique de mépriser l'autorité royale, de violer toute sorte de loi dont le respect est le fondement des États.... Ces Messieurs ont toujours fait les gladiateurs à gages^ et réduit en art ce qui ne tend qu'à la destruction de la nature. Au lieu que jusqu'ici les duels n'ont été en usage que pour repousser les injures particulières, il semble qu'ils ne les aient recherchés que pour en faire au public, surtout en cette dernière occasion oi^ ils ont violé la dignité 4e votre personne, les lois du
qui n'avait pas épargné la tête d'un. Des Chapelles et d'un Montmorency.
La cabale 9 excuse à Aristei obsePTaCions sur le Cldf la lettre de Boiarobert (1639); sentiments de TAcadé-
mie sur le Cid (l638). — A ces griefs envenimés par des haines obscures il fallait pourtant une occasion. Corneille eut l'imprudence de l'offrir. Le prétexte des hostilités fut Yexcuse à Ariste. Car on affecta de voir un orgueilleux défi dans ces accents de légitime fierté :
Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue, J'ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue, Je satisfais ensemble et peuple et courtisans, Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans. Par leurs seules beautés ma plume est estimée ] Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée, Et pense toutefois n'avoir point de rival  qui je fasse tort en le traitant d'égal.
Mairet engagea l'attaque par ces stances injurieuses qu'il signa don Balihazar de la Verdad^ :
Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot; Après, tu connoîtras. Corneille déplumée. Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot, Et qu'enfin tu me dois toute ta renommée.
A cet outrage riposta le rondeau malencontreux, dont nous ne citerons que ce fragment :
Qu'il fasse mieux, ce jeune jouvencel
 qui le Cid donne tant de martel, Que d'entasser injure sur injure.
Rimer de rage une lourde imposture.
Et se cacher ainsi qu'un criminel.
Chacun connott son jaloux naturel, Le montre au doigt coipme un fou solennel.
Dans ce trait, Scudéry crut se reconnaître; et aussitôt il
royaume, et la majesté de la Justice, oh ils ont choisi Paris, un lien public, la Place Royale, pour jouer, à la vue de la cour, du Parlement et de toute la France, une sanglante et fatale tragédie pour l'État.... U est question de couper la gorge au duel, ou aux édits de Votre Majesté. • i« L'autheur du vray Cid espagnol*
Be vengea par les Observations sur le Cid, diatribe où il: s'évertuait à prouver :
Que le sujet ne vaut rien du tout^
Quil choque les principales règles du po'ème dramatique ^
Qu^U manque de jugement en sa conduite^
Qu'il a beaucoup de méchants vers,
Que la plupart de ses beautés sont dérobées.
Corneille se défendit, et prit même l'offensive dans une lettre apologétique dont la dignité ne fit qu'irriter ses ennemis*, parmi lesquels on regrette de rencontrer Tauteur de Sophonisbe*. Voyant que le public restait indifférent à ses libelles, Scudéry mit tout en œuvre pour intéresser à sa cause l'Académie française, et l'inviter à juger en dernier ressort. Ce fut l'objet d'une requête* qui flattait le désir secret du cardinal. Mais les plus judicieux de cette compagnie répugnaient à ce rôle d'arbitres, dont l'arrêt pouvait déplaire aux deux partis. D'ailleurs les statuts s'opposaient à ce qu'elle « décidât sur un ouvrage contemporain, sans l'aveu de l'écrivain. » On fît donc la sourde oreille ; alors Boisrobert, chargé dé la négociation qui devait obtenir ce consentement, obséda Corneille de sollicitations si importunes qu'après de longs pourparlers, celui-ci fînit par dire : « Messieurs de l'Académie peuvent faire ce qui leur plaira. Puisque vous m'écrivez que cela doit divertir Son Éminence, je n'ai rien à dire. » On s'empressa de fonder sur cette réponse la juridiction qu'invoquait Richelieu; et, le 16 juin 1637, ne pouvant plus reculer, les académiciens nommèrent trois commissaires, MM. de Bourzey, Chapelain et des Marets, auxquels fut déféré V Examen général du Cid^.De cette collaboration résulta bientôt un rapport* soumis au cardinal qui le fit apostiller en sept endroits' par M. Citois, sou
5. Entre antres Clameretj dont M. Marty-La?eaux cite une lettre l'dicule.