Act. IV, se. V
4. U y a, dans l'histoire, des soufflets mémorables, ceux da duc de Vermaadois au Dauphin, de Nogaret an p&fje Boniface, d^lisabeth au comte d'Bssez.
eût été sans défaut, sa mort exciterait trop de pitié,. Voilà pourquoi ses rodomontades sont d'un fanfaron plus qu'Espagnol. Notons pourtant qu'à l'heure première où, entêté de son importance, il s'écriait :
Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi,
ce ton superbe répondait à des mœurs encore vivantes. Les contemporains crurent entendre les propos d'un Montmorency, d'un Lesdiguière ou d'un Rohan. C'est ainsi que la veille parlaient les derniers de ces grands seigneurs qui refusaient de courber la tète devant l'autorité royale. On n'écouta donc pas sans émotion l'écho dé cette insolence altière que Richelieu achevait à peine d^abattre et de niveler.
Don Femand, le roi débonnaire et Justicier. — Nous n'avons pas non plus de grief sérieux contre ce roi débonnaire dont on a trop raillé l'imprévoyance, et devant lequel Rodrigue s'excuse d'avoir, à son insu, délivré le royaume*. Voudrait- on donc qu'il usurpât l'attention, aux dépens des principaux acteurs? Sans doute, il prête parfois à l'ironie, notamment lorsque entre Chimène et don Diègue embrassant ses genoux, il ne sait trop de quel côté pencher. Mais pourquoi ne point passer quelque faiblesse à ces justiciers paternes et prudents qui sont de la famille de Louis XII? Si effacé qu'il soit, il a ses lueurs ; et quand Chimène revient à la charge pour réclamer le châtiment qu'il refuse, il sait clore les débats avec à-propos par ce vers admirable :
Les Maures en fuyant ont emporté son crime.
Cet arrêt qui dit tout rachète bien des travers ; après avoir trop longtemps parlé comme un bailli, don Femand finit donc par s'exprimer en souverain.
Don Sanche, rôle utile à l'action. — Don Sanchè se défendrait également contre les irrévérents qui sourient des efforts qu'il fait pour se faufiler et s'insinuer dans les bonnes grâces de Chimène, sans y réussir, puisqu'elle congé-
I* Aot. IV, to. m.
die poliment ce cavalier servant, toujours prêt à offrir ses offices, et à épier Toccasion de se créer un titre à la reconnaissance d'une ingrate. Non-seulement ce zèle est utile à Faction, mais il vient un moment où Ton ne plaisante plus de ces mésaventures : c'est lorsque le téméraire sort des rangs pour s'attaquer à l'invincible. Il y a là un rapide éclair qui mérite le regard.
li'lDfante, personnage de eomédle. — Quant à Tinfaute, nous renonçons à la justifier. Car toutes les fois qu'elle paraît, pour tâter le terrain, glisser son petit conseil intéressé, risquer un soupir, et tournjer autour du cœur qu'elle lorgne d'un œil langoureux, nous sommes plus voisins de la comédie que de la tragédie*. Il n'en est pas ainsi dans Guillen de Castro, qui lui donne une physionomie piquante'. Mais, faute de temps et d'espace, Corneille dut élaguer tous les détails intimes qui eussent fait vivre dona Urraque. Soyons donc indulgents pour un rôle décidément fâcheux, et qu'on a même supprimé sans dommage; car il est étranger à l'intérêt d'un drame qui se passe tout entier dans l'âme de Rodrigue, de Chimène et de don Diègue.
Les prineipales seénes. Le style. — IJi nous resterait à mettre en lumière les beautés de détail qu'il ne faut pas admirer vaguement et sur parole. Pour abréger, réduisonsnous à signaler les motifs pathétiques entre tous, à commencer par la cpierelle qu'inaugurent ces fiers accents'
Enfin, vous l'emportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi!
Cette scène, où l'orgueil se pique et s'exalte jusqu'au défi ,
1. Sartoat qaand elle explique à sa gouvemante que, si Rodrigue sort vain qaear dn combat avec le comte, ua si fameux guerrier, elle pourra Tépousor sans mésalliance,, et relever jusqu'à elle. Elle le voit déjà assis sur le trône, maître des Espagnes, vainqueur des Maures, conquérant de TAfrique. C'est ce ^ne Sainte-Beuve appelle le Pot au lait de VInfante.
2. C'est elle' qui chausse & Rodrigue ses éperons de chevalier. C'est elle qui le protège et le sauve après la mort dn comte. Elle est vraiment une rivale.
3. Act. I. se. m. Corneille excelle dans les débuts : Rodrigue, as iu du cceur? — A moi, comte, deuœ mote. — Sirel Sire! juatice.
fiTUDBS LITTÉRAIRES, I. — 3
jusqu'à l'insulte*, en prépare de plus belles encore, celles où nous voyons le vieillard exhaler son désespoir^ solitaire, puis faire appel à l'épée de son fils, lancer comme ui^e flèche le nom de Tinsulteur, et s'éclipser avec ce cri : Fo, cours, vole et nous venge. Si les stances de Rodrigue sont trop semées de concetti^, sa provocation impétueuse^, où les attaques et les ripostes se croisent déjà comme l'acier dans un duel, n'a d'égale que l'entrée de Chimène, venant d'apprendre la mort de son père*, et s'écriant : Sire, Sire, justice! en face de don Diègue, embrassant de son côté les genoux du roi. Là sont aux prises les deux sentiments solennels, ceux de la fijle et du père, plaidant chacun sa cause, l'une, non sans quelques nuances déclamatoires, l'autre avec une superbe amertume. Mais hâtons-nous d'arriver aux entrevues de^ deux amants*, c'est-à-dire au péril que le public attendait et saluait comme un triomphe. En dépit d'un certain cliquetis de mots trop concertés ', quel cœur ne serait entraîné dès ce soudain tutoiement, par lequel a débuté Rodrigue devant celle qui, tout ensemble radieuse et courroucée, lui fait la faveur d'accepter ce débat. A travers les mouvements contradictoires d'une colère réfléchie et d'une tendresse instinctive, on pressent dès l'abord le mot qu'elle se laisse arracher, bien qu'il soit à l'avance sur ses lèvres : « Va, je ne te hais point, » Puis, quand elle ajoute : Va^t'en, qui ne comprend que cela veut dire : Reste. Il reste en effet; et tous deux alors, se rapprochant, les mains unies, se mettent à rêver dans un délicieux retour vers le passé :
— Rodrigue, qui l'eût cru? — Chimëne, qui l'eût dit?
1. L^n dit sur tons les tons : Je auU; l'autre, j*ai été. Il y a U un vers qui se détache en plein relief :
Grenade et l'Aragon tremblent quand ce fer brille.
2. Acte I, scène iv. Notez Tapostrophe à son épée < désormais inutile. » S. Acte I", scène vi.
4. Acte II, scène ii. — « — Es-tu si las de vivre ? — As-tu peuf de mourir ? »
5. Acte n, scène viu. Ily a bien là quelques traits de mauvais goût, mais dont la couleur locale est responsable.
d. Acte ni, scène iv. — Acte V, scène i. ,