‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 5 sur 193 · C'est une prédilection qui date de loin · texte numérisé non relu

C'est une prédilection qui date de loin

ÉTUDES LITTÉRAmES. I. — 1

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même, en rhétorique, un prix exceptionnel. Sa gratitude pour les maîtres de sa jeunesse est attestée par un exemplaire de ses œuvres, qu'il leur offrit en 1664, et que possède aujourd'hui la bibliothèque de la Sorbonne. A sbixante-deux ans, il adressait encore une pièce de vers au P. Delidel, et la signait affectueusement son très-obligé disciple^.

Ses débuts (16S9-1636]. — Reçu avocat le 18 juin 1624, il ne tarda pas à négliger la plaidoirie pour le théâtre; car la vocation poétique le tourmenta de bonne heure, et^ en 1629, à vingt-trois ans, il débutait par une comédie, Mélite, qui obtint un très-grand succès. La siiûplicité du pian, la .décence des mœurs et le naturel du langage la distinguaient déjà des pièces en vogue. Clitandre, qui .suivit en 1632, se rapprochait davantage des défauts applaudis par les contemporains. C'est un drame très-compliqué, trèsobscur, mais où s'annonce pourtant un puissant esprit de combinaison. Ces préludes, et une pièce de vers latins*, composée à Toccasion d'un voyage de Louis XIII aux eaux de Forges (1633), fixèrent l'attention de Richelieu qui recrutait des collaborateurs pour son théâtre, et l'admit au nombre des poètes chargés de travailler sous sa direction.

La Veuv^ (1633), essai qui n'est point sans mérite, la Galerie du Palais (1633), la Suivante (1634), et la Place Royale (1634), signalèrent cette période où, n'ayant pas ses coudées franches, il tâtonnait et cherchait sa voie. Mais cette dépendance lui pesa bientôt comme un joug ; aussi lui tardait-il de s'en délivrer. Or, le cardinal lui ayant un jour reproché « le défaut de suite », ou plutôt de docilité • , il prétexta des affaires de famille pour retourner à Rouen, et s'affranchir d'une sujétion importune (1635).

Maître enfin de lui-même, il put donc aborder sérieusement la tragédie; et Médée, qui date de 1635, annonce un

1. Voir l'édition de M. Marty-Laveaux, t. X, p. 220.' (Hachette). Il mit aussi' en vers français les poésies latines du P. de La Rue.

2. Il y célèbre ses succès de théâtre, et s'y déclare sans rival :

Me pauci his fecere parenif nullique secundum» S. Il avait modifié un acte de la Comédie des Tuileries-

génie encore indécis, mais commençant à prendre conscience de ses ressources. Ce fut alors qu'un ancien secrétaire des commandements de la reine-mère, un com][)atriote de Corneille, M. de Chalon, dirigea ses études vers l'Espagne. Le premier emprunt qu'il lui fit, V Illusion comique (1636), eut une heureuse fortune, malgré Tinvraisemblance de rintrigue et l'exagération des caractères. On y rencontre un capitan qui parle déjà par avance du même ton que le Cid, mais dans le vide d'une action trop mesquine pour des accents relevés dont Tinstinct tournait prématurément au sublime.

Le Cid (1636); Horace, Cinna, Polyenote, Pompée, le Hentenr, Rodo|[;iuie (1640-1645). — Il y a donc, malgré, ces symptômes, un. abîme entre des tentatives inégales bien que généreuses, et l'inspiration du Cid^ représenté dans les derniers jours de 1636, date à jamais mémorable d'un triomphe qui allait susciter les plus vives inimitiés. Nous dirons ailleurs avec plus de détail quel fut l'acharnement des confrères envieux qui se liguèrent contre le chefd'œuvre. A leur tète marchait Scudéry, ce matamore qui, prenant pour delà verve le mouvement rapide et la stérile activité de ses esprits animaux, ne pouvait pardonner au public de préférer le Cid à Lygdamon et à VAniour tyrannique. Son incurable vanité se mit aux ordres de Richelieu, dont les prétentions littéraires se compliquaient d'une susceptibilité trop ombrageuse contre un drame qui exaltait l'héroïsme Castillan, au moment où l'Espagne envahissait nos provinces, et qui faisait applaudir une provocation, au lendemain des édits portés contre Thomicide folie du point d'honneur.

Parmi les tristesses ^e cette querelle que les sentiments de r Académie semblèrent pacifier par un arrêt équivoque, la fierté du poète eut pourtant une consolation dans les lettres de noblesse que valut à son père, en janvier 1637, l'éclatante renommée d'une victoire aussi incontestable que contestée^. Mais la plus sûre réponse à des cabales impuis-

I. Corneille venait de se marier avec Marie de Lampérière, fille do lieatenant général anx Andelys.

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santés comme l'envie fut encore la protestation à^Horace^ joué au commencement de Tannée 1640. Les ennemis de Corneille n'auraient pas demandé mieux que de renouveler alors leurs manœuvres de la veille, si cette effervescence a'eût été découragée par une admiration unanime qui leur, ferma la bouche. Cinna^ qui succéda de près, eût d'ailleurs imposé silence aux plus récalcitrants.

Vers le même temps, Corneille entrait en relations avec l'hôtel &Q Rambouillet*: et ce fut dans la chambre bleue d'Arthénice qu'il lut Polyeucte à de belles dames un peu offusquées par l'austérité d'un christianisme trop primitif. Grodeau, l'évêque de Vence, prit même résolument parti •contre le zèle excessif dii néophyte qu'il voulait excommunier du théâtre. Mais l'événement ne justifia point la froideur de cet accueil, et les nouveautés de ce drame religieux prirent une revanche décisive à la fin de 1640.

Les années qui suivirent ne furent pas moins fécondes. Car l'hiver de 1643 à 1644 vit aussi paraître Pompèej et le Menteur^ que l'on peut considérer comme le premier signal de la haute comédie. Celait frayer les voies à Molière. Après la suite du Menteur^ qui réussit également en 1644, mais avec moins de faveur, Corneille se retrouva tout entier dans Rodogune ( 1 644 ou 1 645) , dont le cinquième acte est un des plus pathétiques qui aient honoré notre scène. Mais il échoua dans Théodore Vierge et Martyre , moins heureuse que le véritable Saint^Genest de Rotrou*. HèracliusK^ que Bpileau appelle « une espèce de logogriphe », étincelle encore de beautés supérieures, mais trahit déjà de sensibles défaillances chez le poète dont Molière disait : <c II a un lutin qui vient de temps en temps lui souffler d'excellents vers, et qui ensuite le laisse là, en murmurant : Voyons comme il s'en tirera, quand il sera seul. Alors il ne fait rien qui vaille, et le lutin s'en amuse. »

1. Dans la guirlande de Julie, il y a trois fleura au moins à qui Corneille a dicté ses hommages.

3. Cette rivalité n'empêcha pas l'amitié des deux poètes. Dans cette pièoa Rotrou rendit un public hommage à Corneille. Voirnos Origines^ t. IX, p. 7; 7.

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