‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 8 sur 193 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Popularité du Cid. — Au moment où le Cid fit son ap«

parition, les esprits semblaient dans l'attente. Si la poésie,

1. « u éloit, dit Pontcnelle, assex grand et assez plein, l'air fort simple, et fort commun, toujours négligé, et peu curieux de son extérieur. Il avoitle Tisage asses agréable an grand nez, la bouche belle, les yeux pleins de feu,

après Malherbe, n'en était plus à son coup d'essai , efle n'avait pourtant pas eu son œuvre maîtresse, digne de passionner et d'enlever le public. Or cette victoire décisive. Corneille la remporta, vers la fiin de novembre 1636*, à l'heure où Gorbie venait d'être reprise sur les Espagnols*, quand tou? les cœurs, émus d'une crise périlleuse, commençaient à respirer librement, et à pleine poitrine. Ce dut être un vrai jour de fête que celui qui vit surgir, après des commencements obscurs, cette Tnerveille où se révélait enfin, avec le génie d'un poète jusqu'alors inconscient, l'idéal de l'art tragique.

Définitivement établi dans la première semaine de janvier 1637, le succès alla toujours grandissant. « La foule, dit un des principaux acteurs du temps', a été si grande à nos portes, et notre lieu s'est trouvé si étroit, que les petits recoins du théâtre qui servent les autres fois comme de niches aux pages ont été des places de faveur pour les cordons bleus; et la scène y fut d'ordinaire parée de croix de l'Ordre. On a vu seoir aux bancs des loges ceux qui ne siègent d'habitude que dans la chambre dorée, et sur les fleurs de lis. » Pellisson atteste de son côté <c qu'on ne pouvoit se lasser de cette pièce. On n'entendoit autre chose dans' les compagnies. Ghacim en savoit quelque partie par cœur ; on la faisoit apprendre aux enfants, et il étoit passé en proverbe de dire : Cela est beau comme le Cid *. »

Non-seulement a tout Paris pour Ghimène eut les yeux de

la physionomie viTe, des traits tort tnarqnés et propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un baste. Sa prononciation n'étoit pas tout à fait nette, il lisoit ses vers avec force* mais sans grâce. > — > La pre* mière fois que je le vis, dit Vignenl Marville, je le pris pour un marchand^de Boaen. » — Racine, dans la réponse à Thomas Corneille, élu en 1685, à la place de son frère, le loue ainsi : ■ U laissoit ses lauriers à la porte de l'Académie ; toujours prêt à soumettre son opinion à l'avis d'autrui, le plus modeste à parler, à prononcer, je dis môme sur des matières de poésie. »

t. Les frères Parfait nous disent à propos de Cinna : ■ Le Cid parut vers la fin de novembre 1636. ■ C'est le seul renseignement qui nous éclaire sar la date de cette gr^Mide soirée.

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