Histoire du Théâtre françois
4. Il se proposait de la faire jouer à Thôtel de' Bourgogne. S'il y renonça pour s'adresser à Molière dont il était l'ami, ce fut après de longs retards qui lassèrent sa patience.
en particulier Euripide, ainsi que l'attestent des notes écrites de sa main sur les marges d'un exemplaire que conserve la Bibliothèque de Toulouse, dite du Collège royal.
Sources antiques : Esehjle 9 les Phéniciennes d*Enrlpldei la Thébalde de Sénèqne'. — Eschyle avait été le
premier à célébrer sur la scène les malheurs d'Œdipe et de sa race. De la trilogie-* qu'ils lui inspirèrent, un seul drame nous reste, celui des Sept chefs devant Thèbes. On sait qu'avant de partir pour Texil, l'époux incestueux de Jocaste foudroya ses fils ingrats d'une imprécation qui, prenant souffle et vie, devint comme une divinité vengeresse. Ce fut TÉrynnys qui, s'abattant sur Êtéocle et Polynice, en fit des Caïns possédés par une fureur fratricide. Cette tragédie, « toute pleine de l'haleine d'Ares » *, ressemble à un bas-relief qui offrirait à nos yeux d'un côté une vierge plaintive, de l'autre deux guerriers s'entre-tuant corps à corps, et au centre des combats enveloppant une ville au front crénelé. La haine des frères ennemis n'est . qu'un épisode dé cette sombre épopée. Le dévouement de leur admirable sœur disparait aussi dans l'effroi de la Cité maudite où se consomme le destin des Labdacides. Si le chœur joue le principal rôle dans ce duel sinistre dont il est le témoin, c'est que le poète se souvient encore du temps où le drame se dérobait sous l'hymne sacré. Nous sommes tout voisins de ses origines lyriques. ^
11 n'en est plus ainsi d'Euripide. Ses Phéniciennes sont vraiment un chef-d'œuvre pour qui considère les difficultés d'un sujet où l'horreur était inévitable, mais devait être tempérée par de généreuses émotions. Ici, tous les personnages nous intéressent, même Étéocle et Polynice ; car le parjure de l'un est atténué par son patriotisme, et l'autre mérite encore des sympathies par la justice de sa cause, par sa tendresse filiale, par ses regrets ou ses remords. Jocaste est, elle aussi, attendrissante et pathétique dand la dignité de son désespoir et de son amour maternel.
i. Laïus^ Œdipe ^ les Sept Chefs^ et le drame satirique du Sphinx.
2. C'est l'expression qu'Aristophane prête à Eschyle dans les Grenouillet,
Jamais poète n'a plus vivement exprimé la force et la grandeur de ces affections domestiques dont la douceur fait un tQuchant contraste avec les éclats d'une rage sacrilège. Tous les cœurs sont émus par les larmes d'Antigone, et l'héroïsme ingénu de sa piété fraternelle. Enfin, l'on a pitié du vieil Œdipe, lorsque, sortant de sa prison, il bénit de ses mains défaillantes le cadavre de son fils, et, sous la garde de sa consolatrice, part pour l'exil où l'attendent de nouvelles misères.
Avec la Thébaïde deSénèque nous retrouvons lés mêmes noms; mais ce ne sont plus les mêmes caractères. Tous ces héros deviennent des stoïciens qui conversent ou discutent par aphorismes; ils sentent l'École, ils font des sermons philosophiques, ils se démènent, ils s'exaltent, ils étalent leurs vertus comme leurs forfaits. Tandis que l'Œdipe grec, victime d'un injuste destin, ne parle de ses malheurs qu'avec une honte secrète et une sorte de crainte •religieuse, l'Œdipe romain s'enorgueillit du parricide, et se décore de l'inceste, comme d'un affreux privilège. Lorsqu'un envoyé de Thèbes le supplie de* réconcilier ses fils, il lui répond : « Quoi! il y a des crimes à commettre, et je les empêcherais! Il y a du sang à verser... le sang le plus cher, et je l'interdirais! Non! nonf.. Mes enfants me suivent dans la carrière; je reconnais ma race; je les approuve, et je les exhorte à ne pas dégénérer de leur père. » Gomme Antigone insiste pour qu'il se fasse l'arbitre de la paix, il s'écrie : « Ce n'est pas assez de la guerre civile : il faut que le frère s*élance contre son frère; » et, s'il n'était aveugle, il irait lui-même défier ses fils ; car il demande des armes pour courir à l'ennemi qu'il exècre. Jocaste est moins odieuse, mais aussi ridicule^ quand elle conseille à Polynice d'aller conquérir un royaume en Asie ^, au lieu de s'obstiner au siège de