‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 96 sur 193 · Cléofile dit, en parlant d'Alexandre · texte numérisé non relu

Cléofile dit, en parlant d'Alexandre

Pour venir jusqu'à moi ses soupirs embrasés Se font jour au trarers de doux camps opposés.

coaau pour Alexandre. Et à qui s'en rapportéra-t-oîi qu'à un Roi dont la gloire est répandue aussi loin que celle de, ce coi;iquérant, et devant qui Ton peut dire que tous les peuples du monde se taisent, comme rÉcriture Ta dit d'A îexandre? »

Ces allusions s'étalaient avec le même excès de flatterie dans les œuvres des artistes. Lebrun ne songeait-il pas à Louis XIV, quand il représentait si majestueusement le vainqueur d'Arbèles laissant tomber, du haut de son cheval de bataille, un regard clément sur un ennemi suppliant? Racine n'était donc ici que l'interprète des courtisans dont la louange donnait le ton à l'opinion.

Tel est le secret d'une vogue qui soutint pendant vingt ans la fortune de cette tragédie dépourvue de beautés originales. Elle ne disparut qu'aux jours de revers, parmi des tristesses qui eussent fait un trop douloureux contraste avec les souvenirs d'un règne si brillant à son aurore.

^ Porus. lies exemples de Corneille ; noblesse, élégance da style. — Nous ne dirons rien des* rôles secondaires sinon qu'ils procèdent du Cyrus et de la Cléopâtre, Mais Porus mérite l'attention. C'est même une faute que la supériorité de cette figure : car elle a le tort d'éclipser celle d'Alexandre qui devrait dominer toutes les autres. On ne lui refusera pas du moins un air de grandeur dont l'effet serait plus sûr encore s'il ne s'y mêlait pas des bravades de capitan, par exemple lorsqu'il s'écrie:

Et qu'on dise partout dans une paix profonde : Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde; Mais un roi Tattendoit au bout de l'univers. Par qui le monde entier a vu briser ses fers ^.

La veine est encore plus franche en d'autres tirades où s'annoncent la variété, le nombre et la justesse delà diction unie à l'élévation des idées. 11 y a certes beaucoup d'entrain dans les vers que voici :

Et que pourrois-je apprendre

Qui m'abaisse si fort au-dessous d'Alexandre?

f . Acte U, scène iit <

Seroit-ce sans effort les Persans subjugués;

Et vos bras tant de fois de meurtre fatigués?

Quelle gloire en effet d'accabler la foiblesse

D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse^

D'un peuple sans vigueur et presque inanimé,

Qui gémissoit sous Tor dont il étoit armé,

Et qui, tombant en foule, au Heu de se défendre,

N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre ' !

Dans ce lieu commun on sent la vertu des impressions que gravent les grands exemples, surtout celui de Corneille dont Porus semble encore dérober les accents, lorsqu'il ajoute :

Nous savons que les Dieux ne sont pas des tyrans; Et, de quelque façon qu'un esclave le nomme, Le fils de Jupiter passe ici pour un homme. Nous n'allons point de fleurs parsemer son cbeniin; Il nous trouve partout les armes à la main ] Il voit à chaque pas arrêter ses conquêtes; •Un seul rocher ici lui coûte plus de têtes, Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus de temps Que n'en coûte à son bras l'empire des Persans '.

Il serait donc injuste de méconnaître la vigueur, ou la noblesse^ d'un style dont l'élégance soutenue est déjà une nouveauté. Nul ne possédait encore cette sûreté de main. Jusque dans les scènes où l'élégie nous irrite les nerfs se révèle aussi le peintre attendri qu'attendaient les cœurs nés pour la passion. Il y a je ne sais quelle suavité pénétrante dans les plaintes de Cléofile maudissant la gloire qui va séparer d'elle son amant victorieux. Mlle de la Vallière semble gémir dans ce soupir de regret :

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