‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 165 sur 344 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Né en 1603, fils d'un conseiller à la cour des aides, Michel Le Tellier fut un personnage heureux, dont la fortune ressemble, dit justement M. D. Nisard, « au légitime avancement d'un fonctionnaire exact et capable ».

Conseiller au grand conseil dès l'âge de vingt et un ans,

bientôt procureur du roi au Chàtelet, puis maître des comptes en 1630, il attira l'attention de Richelieu, grâce à la fermeté peu commune, et même un peu bien cruelle, par laquelle il contribua avec le chancelier Séguier à réprimer une sédition soulevée par des paysans de Basse-Normandie qui, sous le nom de- Va-nu-pieds, s'étaient révoltés contre les impôts et la taille. Ces services lui valurent les fonctions délicates d'intendant à l'armée de Piémont, où il connut Mazarin (1640), qui le proposa au roi en 1643 pour la charge de secrétaire d'État à la guerre. Maintenu dans ce poste sous la régence d'Anne d'Autriche, il devint, durant les troubles de la Fronde, un des plus dévoués serviteurs de la cour. Souple, circonspect, et adroit à user des occasions, comme à s'armer d'autorité pour frapper à propos des coups décisifs, il prit une part importante au traité de Reuil (1649) et à l'emprisonnement des princes (1650); il sauva Péronne des mains de l'Espagnol (16o4); et il mérita la confiance du cardinal dans les négociations qui menèrent à bonne fin la paix des Pyrénées (1659).

Sa récompense fut l'office de trésorier du roi, dont il obtint la survivance pour son fils aîné, le marquis de Louvois, qui entrait alors dans sa treizième année. Louis XIV, qui appréciait son expérience et sa direction, le garda près de sa personne, et fit de lui l'exécuteur testamentaire d'Anne d'Autriche, poste de confiance, où il se rendit fort utile, jusqu'au jour où il crut devoir remettre à son fils sa charge de secrétaire d'État (1666), non sans conserver le droit d'assister aux conseils du souverain. A ce témoignage d'estime s'ajouta la dignité de chancelier, dont il fut investi en 1677 : « Sire, dit-il alors, en remer ciant son maître, vous avez voulu honorer ma famille et couronner mon tombeau. » Garde des sceaux, il exigea des magistrats plus d'instruction et de régularité, ranima dans les écoles l'étude de la jurisprudence, ne fut pas étranger à la déclaration du clergé français dans l'assemblée de 1682, et signa la Révocation de l'édit de Nantes (28 octobre 1685). Il mourut l'année même où, pleurant de joie, il venait de sceller cette désastreuse ordonnance qu'il regardait, hélas ! comme le triomphe de la foi.

Bossuet, que des liens de reconnaissance attachaient à Le

Tellier, ayant été sisnalé par lui à l'attention de Louis XIV, ne put refuser à l'orgueil connu de l'archevêque de Reims, fils du chancelier, une faveur qui lui parut un devoir; et il prononça son oraison funèbre, le 25 janvier 1686, en l'église de Saint- Gervais.

Le correctif de ses éloges sera dans cette page d'un contemporain, l'abbé de Choisy : « Michel Le Tellier avait tous les dehors d'un honnête homme, l'esprit doux, facile, insinuant, il parlait avec tant de circonspection qu'on le croyait toujours plus habile qu'il n'était.... Modeste sans affectation, cachant sa faveur avec autant de soin que son bien,... il promettait beaucoup, et tenait peu; timide dans les affaires de sa famille; courageux et même entreprenant dans celles de l'État; génie médiocre, vues bornées, peu propre à tenir les premières places, où il payait souvent de discrétion, mais assez ferme à suivre un plan, quand une fois il avait été aidé à le former, incapable d'en être détourné par ses passions, dont il était toujours le maître; régulier et civil dans le commerce de la vie où il ne jetait jamais que des fleurs, mais, ennemi dangereux, il cherchait sans cesse l'occasion de frapper celui qui l'avait offensé, et toujours en secret, par la peur de se faire des ennemis qu'il ne méprisait pas, si petits quils fussent. »

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