LE DIEU DE BOSSUET
pitié sympathique aux souffrances d'une race qui paya si cher sa périlleuse et salutaire vocation.
Sans approuver les colères de Bossuct, ni souscrire à bien des vues contestables, admirons du moins la dialectique d'une thèse qui, du premier au dernier mot, de l'Eden à l'Evangile, part d'un même principe et vise à la même fin. Les prophéties et les miracles forment ici comme les anneaux d'une chaîne qui unit la terre au ciel. Les prémisses une fois données, c'est à prendre ou à laisser; car Bossuet ne discute pas : il commande. On sent qu'il n'a jamais connu le doute; sa foi inébranlable, imperturbable, prend possession de l'absolu, sans laisser entamer sa sécurité par aucune incertitude. Intrépide dans ses déductions, il accepte sur parole, et impose sans controverse toute une théodicée où la rigueur du logicien s'associe à l'enthousiasme des prophètes. « Ce programme surnaturel son génie impétueux l'entrevit, dit Sainte-Beuve, dans la lueur soudaine d'un éclair, et dut aussitôt l'embrasser, comme l'œil d'aigle du grand Condé parcourait l'étendue des batailles *. »
Le Dieu de Bossnet. Le confident de la Providence. — Son Jéhovah n'est point une divinité métaphysique et lointaine. Tantôt bienfaisant, tantôt terrible, toujours efficace, il est partout vivant et vigilant; « il tient vraiment le monde dans sa main », et ne permet pas un instant à l'humanité d'oublier qu'il est son maître. Jamais les poètes les plus religieux n'ont exprimé plus fortement cette toute-puissance d'un Dieu personnel. Bossuet parle comme son premier ministre : tous ses secrets d'État, il en a reçu confidence; et, si des objections se produisent, il ne veut même pas les entendre, ou les traite par un dédain superbe qui ne s'abaisse point à démontrer l'évidence. C'est ainsi qu'il formule cet arrêt : « Si l'on ne voit pas un même ordre des conseils de Dieu qui prépare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers
part n'éclate mieux la conscience d'une supériorité religieuse. Le monothéisme a été l'œuvre de son apostolat. Ce peuple le savait, et voilà pourquoi, parmi tant de malheurs, il attendait sa revanche de l'avenir. Une poignée de captifs avait l'assurance d'affirmer que le monde lui appartiendrait un jour. Sur les ruines de Jérusalem, les Juifs triompliaient presque des désastres qui réalisaient leurs prédictions.