‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 260 sur 344 · SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

SON ŒUVRE

Étude littéraire.

L'écriiain. « La pédanterie des lettres. » Son style. Sa correspondance. Son triple aspect. — Diderot est de tous nos écrivains — La Bruyère à part naturellement, lequel s'est luimême et prudemment servi par tranches — celui qui perd le moins et même qui gagne à être mis en extraits. Et cela est déjà une critique. Il écrivait à Sophie : « Grimm déteste la méthode; c'est, selon lui, la pédanterie des lettres ». Mais Grimm était de Ratisbonne et, en l'approuvant, et en s'insurgeant en fait avec lui contre cette « pédanterie », Diderot prouvait encore plus qu'en s'assimilant le système de Leibnitz, qu'il

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3tait, en un sens, le plus germain des écrivains français. Il est vrai qu'il est si Fx-ançais par ailleurs!...

Si le style n'est, comme le veut Buffon, « que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées », Diderot n'a qu'un demi-style, car l'ordre lui fait défaut, mais quel mouvement et qui suffit d'ordinaire à la lucidité! Et aux bons endroits, quel coloris, quelle verve, quelle transparence, quel naturel, comme on est ravi d'y trouver l'homme au lieu de l'auteur! Certes, le tout est bien mêlé, exclamatif au delà de toute mesure, et parmi tant de prestigieuses inventions de style, quels déconcertants néologisnies, par exemple, dissembler, mannequiner, calamistrer, etc. Mais le fond est sain et classique, la trame solide, on dépit du bariolage.

Par ces défauts et aussi par quelques-unes de ces qualités, il était condamné à n'écrire que des pages et pas un livre, à moins qu'il ne créât un genre dont l'essence fût d'être discursif, et c'est bien ce qu'il a cherché à plusieurs reprises et réalisé une fois du moins, à savoir dans le Neveu de Rameau. Il y avait bien auss' \e genre épistolaire.

De même qu'il fallait entendre Diderot avant de le lire, on ne doit aller à ses œuvres qu'à travers sa correspondance. Il s'y présente déjà tout entier, sous tous ses aspects et avec un relief et une agilité qui sont sans doute à l'image de sa défunte conversation. Récits, scènes, peintures de genre, dissertations surtout — et quelle éloquence parfois, dans la lettre à Voltaire de juillet ou d'août 1766 sur V Encyclopédie ', par exemple, ^tout s'y trouve déjà, le bon, le médiocre et le pire aussi. Mais nous y reviendrons -. De tous les chemins de traverse que l'on peut prendre pour aller à Diderot, et il n'y a guère de ceux-là dans le dédale de son œuvre, le plus court est sa correspondance.

On s'aperçoit alors qu'il se présente en somme à nous sous trois aspects principaux, triple nœud pour essayer de lier ce Prolée de la pensée : le philosopli le critique, l'auteur proprement dit.

1. Cf. ici et pour la suite, le plus souvent, les Extraits de Diderot par J. Texte (Hachette).

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