‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 309 sur 344 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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George Sand jusqu'à ceux de l'école naturaliste, car les responsabilités de Fauteur de la Nouvelle-IIéloise et des Confessions vont jusque-là. Comme romancier d'ailleurs il les a toutes, et on a pu commencer spirituellement une étude récente dont il était l'objet, en ces termes : Jean-Jacques Rousseau, romancier français K »

Mais ce n'est pas seulement par le lyrisme du fond et de la forme que Rousseau a agi sur les écrivains qui l'ont suivi; et il y a longtemps que Villemain offrait aux orateurs et aux journalistes des modèles achevés d'éloquence et de dialectique, dans les Lettres de la Montagne, à B^Alemhert, à Christophe de Beaumont. Le conseil n'a pas été perdu. Il avait été d'ailleurs deviné depuis longtemps par des écrivains avisés, tels que Linguet ou Beaumarchais, et par tous les orateurs de la Révolution. C'est Rousseau qui a infusé à notre littérature cette éloquence dont le secret était perdu depuis Bossuet, et qui n'a cessé depuis de nous en offrir le modèle le plus suivi. On pourrait aisément faire toucher du doigt l'influence de la prose de Rousseau sur les plus véhéments orateurs, comme sur les plus déhcats écrivains de ce temps. Remarquons seulement, sans désigner personne, que nos contemporains les plus voisins de la perfection dans l'art d'écrire sont ceux qui ont tempéré le lyrisme et l'éloquence de Rousseau par l'atticisme de Voltaire, et non les malavisés qui répèlent avec la dédaigneuse marquise du Deffand : <t J'estime et j'aime trop le style de Voltaire, pour goûter celui de Jean-Jacques ».

Les Rousseauistes d'outre-Rliîu. — Un « génie du monde ». — Un monde qui commence. — Mais c'est de l'autre côté du Rhin que le lyrisme de Rousseau a produit tous ses effets, et, en ce sens, les Allemands ont raison de pi'étendre que l'influence de cet écrivain a été plus grande chez eux que chez nous. Comme il s'agit surtout ici de l'influence de ses idées et de ses sentiments, nous pouvons nous en consoler, car le meilleur de Rousseau nous reste, qui est son style.

Cette distinction faite, que d'éminents Rousseauistes — c'est le mot d'outre-Rhin — à saluer! Voici Goethe, le père de Werther, ce premier-né des innombrables fils de Saint-Preux;

I. Cf. M. E. Faguet, Dix-huitième siècle, Paris, Lecène et Oudin, p. 327

CONCLUSION SUR L'hOMME ET SUR L'AUTEUR. 681

et Scliiller, auteur de ces Brigands échappés des marges du Discours sur Vlnt^galité, et créateur de ce marquis de Posa, exalté jusqu'au martyre par les doctrines du Contrat social; et Kant qui complète si utilement la métaphysique du vicaire savoyard; et Fichte, disciple authentique de Jean-Jacques, père véritable du socialisme moral et maître avoué de Ferdinand Lassalle; et tous ces ardents philosophes et poètes de la période de trouble et d'assaut; et enfln tous ces pédagogues qui corrigèrent ou outrèrent l'Emile, depuis Herder jusqu'à Pestalozzi et à Basedow.

Mais on pourrait faire le tour de la littérature européenne sans perdre la trace de Rousseau. Il fut en effet un génie du monde, selon une autre expression chère aux Allemands, et l'on a même pu dire qu'il était Vécrivain de demain, tant il reste le contemporain des plus hardis aujourd'hui. « Avec Voltaire c'est un monde qui finit, avec Rousseau c'est un monde qui commence >, prophétisait Gœthe au seuil de ce siècle, et sa fin n'est pas faite pour démentir V Olympien.

L idéalisme de Jean» Jacques . Une allégorie platonicienne. — Mais d'où vient, en dernière analyse, la puissance permanente de l'action de Rousseau sur les masses encore plus que sur les individus? Elle ne vient pas seulement du fond de ses idées qui est emprunté, comme le montraient déjà et Buffon et Laharpe, et bien d'autres, et parfois leur auteur lui-même. Elle ne vient pas seulement de cette éloquence lyrique qui a tout enflammé, non plus que de cette logique décisionnaire qui a tout systématisé. Elle vient par-dessus tout de la sincérité de sa foi à l'idéal. « Rousseau, dit excellement M. Paul Janet, est une sorte de platonicien imprégné de sensualisme. Il est spiritualiste comme Platon. Comme lui, il a le goût de l'idéal, le rêve du mieux. »

Ce rêve du mieux, voilà justement la voix intérieure qui le sauvait de lui-même, en l'élevant au-dessus des sophismes de sa raison et des misères de son être moral. Pour obéir à ses appels il a souffert; lui aussi, il a cherché en gémissant, et c'est ce dont il faut le louer pour finir. Nous y emploierons, pour le faire court, une de ces allégoi-ies qu'il aimait.

Il a écrit dans quelque endroit de son chef-d'œuvre, YÉmile :

« En méditant sur la nature de l'homme, j'y crus découvrir deux principes distincts, dont l'un relevait à l'étude des vérités éternelles, à l'amour de la justice et du beau moral, aux régions du monde intellectuel dont la contemplation fait les délices du sage, et dont l'autre le rappelait bassement eu luimême, l'asservissait à l'empire des sens, aux passions qui sont leurs ministres, et contrariait par elles tout ce que lui inspirait le sentiment du premier. En me sentant entraîné, combattu par ces mouvements contraires, je me disais : « Non, l'homme n'est point un ». Ainsi disait son maître en idéalisme, Platon, qui comparait ces deux mêmes principes à l'attelage ailé qui doit élever le char de l'âme jusqu'à cette région supérieure du ciel, où, dans un ravissement divin, elle contemplera les essences, « les vérités éternelles », si toutefois le cocher du char a maîtrisé le coursier rétif qui, le long du chemin montueux, cherche à se rejeter vers la terre. Rousseau a été un cocher médiocre de ce char allégorique. Mais si généreux étaient les élans du bon coursier qu'il l'a emporté sur l'autre, et que l'âme de Jean-Jacques, après des chutes profondes, a achevé la pénible ascension vers l'idéal. Là elle a été du nombre de celles qui, selon l'auteur du Phèdre, « troublées par les coursiers, contemplent difficilement les essences », mais du moins a-t-elle entrevu ce vrai, ce beau et ce bien, dans lesquels son ami Diderot, une autre» âme troublée, saluait sa « Trinité ». Dans ses œuvres, dans ses « livres, transmis à la postérité », comme il dit, en défiant les outrages de ses envieux, avec l'accent et les mots même de Tacite, il a reflété l'éblouissement de cette vision rapide ; et les rayons d'idéal qu'il a fait jaillir ainsi du chaos de ses idées et de ses sentiments, lui font encore une visible auréole. Aussi la postérité lui doit-elle tout l'honneur qu'il attendait d'elle, « la seule gloire qui ait jamais touché son cœur », à l'en croire. Elle lui devait même les statues dont il se déclarait digne, en face de ses contradicteurs, et que les hommes de 89 s'empressèrent de lui décréter, hommage d'autant plus significatif qu'ils ne l'ont rendu qu'à lui '.

1. Dans la séance de l'Assemblée nationale du 11 juillet 1790, à l'unanimité. Voir le Moniteur à cotte date. — La troisiùmo république a exécuté le décret de la première, et Jean-Jacques a aujourd'hui sa statue près du Panthéon.

LETTRES CHOISIES DU XVir ET DU XVIir SIÈCLE

La caractéristique d'une bonne correspondance. Les trois chefs-d'œuvre de la littérature épistolaire. — Voltaire, crititiquant les défauts des lettres de Voiture, écrivait : « Il n'y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes ». C'était définir indirectement les mérites qui, au-dessus des € grâces légères dû style épistolaire », désignent une correspondance à l'attention de la critique et lui font prendre rang parmi les monuments d'une littérature.

Ces mérites se trouvent réunis, et en un degré éminent, dans trois correspondances : celle de Cicéron, qui balance, dans l'estime des connaisseurs, le poids de ses autres œuvres; celle de Mme de Sévigné, sur laquelle la critique a épuisé les formules de l'admiration; et celle de Voltaire qu'on ne saurait trop louer.

Du genre épistolaire. DifCeulté d'en donner les règles. — De l'admiration des critiques pour ces correspondances et pour quelques autres, plus ou moins mémorables, est née la tentation d'ériger leurs mérites en règles et de décréter l'existence d'un genre épistolaire. Rien n'est plus légitime, et n'est-ce pas à cette admiration réfléchie des gens de goût pour les productions spontanées du génie que chaque genre littérai^-e doit sa

naissance? Mais le malheur est ici que les mérites des meilleurs épisloliers n'ont rien de spécifique, et qu'à les serrer de près, pour en extraire des règles, on voit bien vite que celles-ci se confondent avec celles qu'on donne pour bien écrire en général. En effet, s'il y a des règles pour composer ou apprécier une histoire, une pièce de théâtre, un sonnet ou une ballade, voire même une épopée ou une ode, quelles sont les règles précises pour écrire une lettre?

Divisera-t-on le genre épistolaire, pour le mieux régler, en sous-genres, correspondant à la nature des multiples objets d'une correspondance, en lettres de félicitation ou de condoléances, de recommandations ou de fins de non-recevoir, d'amitié ou de rupture, narratives ou descriptives, d'affaires ou de cœur, intimes ou circulaires? On le peut.et ces subdivisions seront de quelque utilité dans le classement d'une correspondance volumineuse, mais on y épuiserait toutes les catégories sans en tirer des lois du genre, des préceptes particuliers pour atteindre à ces mérites essentiels dont Voltaire nous a fourni la définition.

La lettre « est la conversation d'un honnête homme » par écrit. — S'il y a une loi du style épistolaire, c'est assurément qu'il faut écrire comme on parle : et vos lettres vaudront ce que vous valez. Bussy-Rabutin, remerciant Gorbinelli d'un de ses billets, lui écrivait : « C'est la conversation d'un honnête homme et d'un homme d'esprit ■» : cela dit tout. Multipliez les préceptes relatifs aux personnes, aux temps et aux lieux; remarquez avec Joubert : « Le vrai caractère du style épistolaire est l'enjouement et l'urbanité >, ou écriez-vous avec Voltaire : « Voyez avec quel naturel Mme de Sévigné et d'autres dames écrivent! » vous ne direz rien qui ne soit contenu dans la phrase de Bussy et qui ne revienne à cette définition : la lettre est une conversation par écrit.

Conséquences de cette définition. La politesse est la musc du genre. — Et de là on peut tirer des conséquences, en guise de conseils pour écrire des lettres et en bien juger, à défaut des règles plus ou moins impératives qui gouvernent les autres genres classiques.

La vraie muse du genre est la politesse, au sens ancien et

large du mot : il faut plaire, et alors on a acquis le droit d'instruire, comme de badiner et même d'être éloquent, pourvu que l'on connaisse les mille et une manières de demander pardon de la liberté grande, et qu'on ait ou qu'on garde l'air d'une improvisation perpétuelle. La coquetterie de l'esprit est donc de règle, et elle passe même pour être ici la parure naturelle, si bien qu'on en pardonne jusqu'à l'excès : « Tant pis pour ceux qui ne l'entendent pas! » s'écriait Mme de Sévigné, à propos de Voiture. Ce qui est impardonnable, c'est le pédantisme. J.-B. Rousseau se moquait fort des odes par articles de La Motte; écrire des billets par articles ne serait guère moins ridicule. « Je ne veux pas commencer une dissertation, je veux finir une lettre », dit quelque part Balzac. Que ne s'en est-il avisé plus souvent!

L'ordre et le mouvement qu'on met dans les pensées d'une lettre sont improvisés par le caprice instantané de l'esprit, du cœur et de l'imagination. En d'autres termes, la lettre échappe à ces lois de la composition qui sont lïime de tous les autres écrits.

Supériorité des feinine.s dans le genre épistolaire et ses causes. Qualités féniiniues de leurs rivaux en ce genre. — De là, à nos yeux du moins, le principal secret de la supériorité reconnue des femmes dans le style épistolaire. Nous ne connaissons pas un seul ouvrage de femme qui ait le mérite d'une composition exacte, et s'il nous est arrivé, par exemple, de trouver souvent dans des dissertations écrites par des jeunes filles, des délicatesses de goût et d'autres mérites que des hommes n'auraient pas facilement eus, nous n'y avons jamais, au grand jamais, relevé celui-là. Il semble que l'art de la composition soit une qualité mâle. Mais aflYanchies de ses lois sévères, pouvant donner carrière à leur imagination et à leur sensibilité naturellement plus alertes, toujours averties et soutenues d'ailleurs par leur coquetterie native, les femmes atteignent plus sûrement aux vérités de sentiment, « le sentiment dépendant moins des choses que de la vitesse avec laquelle l'esprit les pénètre », selon la remarque de Vauvenargues. Aussi gagnent-elles les hommes de vitesse, pour ainsi dire, et les éclipsent-elles généralement dans une lettre comme dans une

686 LETTRES DU XVIl'^ ET DU XVIII'= SIECLE.

conversation. Chez les hommes qui les ont égalées dans le genre épistolaire, comme Cicéron et Voltaire, ou chez ceux dont les lettres peuvent soutenir la comparaison avec les leurs, comme Pline le Jeune, Bussy-Rabutin et même Galiani, on relève justement une promptitude de sensibilité et d'imagination, et pardessus tout une dose de coquetterie tout à fait extraordinaires.

Circonstances qui ont influé sur la littérature épistolaire, à Rome et en France, aux deux derniers siècles. — En dehors de ces qualités nécessaires aux épistoliers de tous les temps, et dans toutes les langues, il est des circonstances extérieures ' qui influent puissamment sur le développement et la qualité de la littérature épistolaire.

A Rome, par exemple, le laconisme du journal officiel {Acta diurna), ou ses insertions mensongères, qui faisaient dire à Tacite qu'on le dévorait dans les provinces, après telle ou telle séance du Sénat, pour y voir ce que Thruséas n'avait pas dit, rendaient nécessaire une active correspondance entre les grands personnages que leurs fonctions administratives ou militaires dispersaient à travers la vaste étendue de l'empire romain, si loin de la vie intense et tant aimée de la Ville, si loin surtout du foyer politique où se décidaient leur sort et celui du monde. Aussi, à travers les superbes routes de l'Italie et de toutes les provinces, de la Romania, comme disent les anciens chroniqueurs, quel chassé-croisé d'estafettes!

Dans la France du xvii^ siècle on écrivait des lettres d'autant plus pleines et plus réguUères que la difficulté des communications mettait les amis fort loin, et que les départs hebdoma daires du courrier, de Yordinaire, même doublés par l'extraordinaire, étaient des occasions presque solennelles et obligatoires de rapprocher ces amis de son cœur et de son cercle, en leur envoyant tout un paquet soigné de détails sur la vie dans la Imilaine, à la cour et à la ville, en vidant son sac, suivant le mot de Mme de Sévigné.

Pendant le xviii» siècle, à ces mêmes raisons s'ajouteront les besoins de la propagande philosophique et littéraire. Aussi

1. On les trouvera, avec beaucoup d'autres considérations fines et utiles, dans la substantielle introduction historique et critique de M. Lanson à son Choix de lettres du xvii'' siècle Paris Hachette.

voyons-nous Voltaire dicter jusqu'à trente lettres par jour pour suffire à tous les besoins offensifs et défensifs de sa royauté intellectuelle.

Qualités de la langue française pour le style épistolaire.

— Mais remarquons qu'il a et met à son service cette langue française dont il a dit : « Elle est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse, tous les objets de la conversation des honnêtes gens ». Elle est donc, en vertu de cette définition même, la plus propre qui fut jamais au style épistolaire, et il n'en faut peut-être pas davantage pour expliquer que sur les trois chefs-d'œuvre de la littérature épistolaire, deux soient français.

Décadence dn style épistolaire et ses causes : la presse, etc. — Un genre à naître : la conversation « entendue » par delà le temps et l'espace. — Ce sont des monuments d'autant plus précieux de notre littérature, que vraisemblablement le genre auquel ils appartiennent est épuisé, ou que, plus exactement, certaines circonstances extérieures en ont tari la source. La presse, tous les jours aux écoutes dans les cabinets les plus secrets des empires, des républiques ou des simples compagnies, entrant dans toutes les halles du monde, comptant les morts et les blessés de toutes les batailles de la vie, donne tous les matins à vos amis, jusqu'au fond des provinces, le bulletin de la santé et des affaires de l'humanité. Grâce à l'ubiquité et aux indiscrétions du reportage, la rubrique des faits-divers devance même, le plus souvent, la nouvelle des petits événements heureux ou malheureux qui atteignent le cercle de vos intimes. Et voilà la matière de votre correspondance à peu près réduite à la confidence des secrets et des sentiments personnels que viennent restreindre encore la facilité des communications, le télégraphe qui vous condamne à un jargon laconique, le téléphone qui vous dispense même d'écrire. Le bel emploi du style épistolaire est donc un art qui se perd; mais sous quelle curieuse et précieuse forme il renaîtra, le jour où le phonographe perfectionné substituera à la conversation écrite de jadis la conversation entendue par delà le temps et l'espace ! Qu'on imagine l'intérêt des phonogrammes d'un Cicéron, d'une Sévigné ou d'un Voltaire de l'avenir,

Intérêt général des correspondances du passé, pins réelles que le théâtre, plus vivantes que les ouvrages sur les mœurs. — En attendant, étudions curieusement les correspondances du passé. En dehors de leur intérêt littéraire, n'ontelies pas le mérite de mettre leurs auteurs sous nos yeu.x et bien mieux que leurs autres oeuvres? Ne nous offrent-elles pas un tableau de la société et des mœurs plus réel que le théâtre et plus vivant que les chefs-d'œuvre des moralistes? Molière lui-même, tout en travaillant d'après nature, a dû faire sa part à la convention et machiner pour la scène ses documenls humains. Les traités sur les m.œurs sont analogues à l'étude abstraite des forces isolées et au repos, en mécanique, tandis que les correspondances nous initient, par de véritables leçons de choses, à tout le jeu dynamique de la machine sociale. Et, par exemple, les Lettres à Lucilius de Sénèque, ou les Caractères de La Bruyère, ou les Considéi'utions sur les mœurs de Duclos, diffèrent autant des lettres de Cicéron ou de celles de Mme de Sévigné ou de celles de Voltaire, par la nature de leur intérêt, que la lecture d'un traité de cinématique diffère du spectacle d'une belle machine en action.

I\écessité de distinguer trois groupes parmi les épistolicrs des deux derniers siècles. — Mais il faut faire des distinctions nettes entre toutes ces correspondances sous peine de n'y voir qu'une cohue, et considérer les groupes d'épistoliers comme on ferait de ceux des causeurs dans un salon. Il faut aller d"abord à ceux qui tiennent le dé de cette conversation idéale, observer comment les auditeurs se distribuent autour d'eux et leur donnent la réplique. 11 semble alors qu'on voit se former nettement trois cercles, qui voisinent d'ailleurs à l'occasion. Ce sont, au XYii^ siècle, les femmes et les hommes du monde, les politiques et les religieux, et les auteurs proprement dits. Au xviiF siècle le groupement est le même, sauf que les philosophes élèvent la voix à la place des religieux. Ecoutons-les suGCessivemenl.

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