FAITS HISTORIQUES
s'engagea dans les déniés des Pyrénées ; mais les Gascons s'étaient placés en embuscade au sommet des monts. Ayant assailli l'arrière-garde, ils jettent l'armée tout entière dans une grande confusion. Les Fi'ancs semblaient supérieurs par l'armement et la valeur; mais le désavantage des lieux et la nouveauté d'un combat trop inégal causèrent leur défaite. Dans cette affaire périrent la plupart des ofliciers du palais {aiilicorum) chargés par le roi du commandement des troupes ; les bagages furent pillés, et l'ennemi, favorise par la connaissance qu'il avait du pays, se dispersa aussitôt de toutes parts. Un si cruel revers obscurcit presque entièrement dans le cœur du roi la joie des succès remportés en Espagne '. »
D'ailleurs Eginhard lui-même, dans la Vie de Charlemagne, son maitre, avait narré ainsi le désastre : « Tandis que l'armée, dans un étroit défilé, se trouvait forcée de marcher sur une seule ligne, longue et mince, les Gascons, embusqués sur la crête des montagnes, où l'épaisseur des forêts favorise les surprises, fondirent en courant sur la queue des bagages et les troupes d'arrière-garde. Ils les culbutèrent au fond de la vallée, et là se livra une bataille où les Francs furent anéantis jusqu'au dernier.... Dans ce combat périrent Eggihard, maitre d'hôtel du roi, Anselme, comte du Palais, Roland, préfet de la marche de Bretagne {Hruodlanduo Brltannici limitis prœfectus), et beaucoup d'autres ^. » On ne saurait donc nier un événement attesté par des témoignages si précis dont l'authenticité ne parait pas douteuse, et par un deuil universel dont la douleur fut si profonde qu'un autre chroniqueur, V Astronome Limousin, pouvait dire : « Je me dispense de citer les noms de ceux de l'arrière-garde royale qui furent tués à cette même montagne, parce qu'ils sont connus de tous ^ ».
Le désastre de Roncevaux. — Les anaclironismes de la légende popnlaire. — Ajoutons qu'une tradition constante place le théâtre de cette défaite à Ronceveaux, en Espagne, à deux pas de notre frontière, sur la route qui va de Pampe-
1. Édition de la Socidté de l'Histoire de France, t. I, p. 170 {Vie de Charles).