‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 4)Chapitre 68 sur 344 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Origines et jeunesse de Froissavl. — Froissart naquit à Valenciennes, comme il a soin de nous l'apprendre dans le prologue de la deuxième rédaction de son premier livre, où perce dès lors le sentiment de son importance et de la durée de son œuvre : « Et pour che que ou temps a venir on puist savoir qui a mis ceste hystore sus, et qui en a esté acteres. je me voel nommer : on m'appelle, qui tant me voet honnerer, sir Jehan Froissart, priestre, net de le conté de Haynau et de la bonne, bêle et friche ville de Valenchienes ». Et certes il a raison de mettre ainsi sa personne au frontispice de son œuvre, car elle y est intimement liée. Loin de critiquer sa vanité d'auteur, il faut même regretter, comme on va voir, que celle-ci n'ait pas été plus explicite.

Il naquit en 1337 de parents aisés. Il repoussa bien vite le conseil d'entrer dans la marchandise, et l'on peut croire qu'il s'initia de très bonne heure à la théorie et à la pratique du gay sçavoir, sans prendre à la lettre le roman bouffl dont il se fait le héros précoce dans son Espinette amoureuse.

Estoie forment goulousans De veoir danses et carolles,

avoue-t-il, et voici son excuse :

En toute ces choses véir, Mon espérit se renouvelle.

C'est un goût assez innocent qu'il ne perdit jamais, en dépit de son habit, qu'il put satisfaire toujours et aux meilleurs endroits, ce qui expliquerait, d'après lui-même, la verdeur de son esprit jusqu'à la dernière heure.

Froissart courtisan: à la solde » aax coatagês » des hauts princesé — De 1361 à 1366, il vit en Angleterre, à la cour de sa compatriote Philippe de Hainaut, la bonne reine qui « le fist et créa » clerc et poète en titre de sa maison, et la servant de « beau.x; traitliés et dittiés amoureu.x ». Après un séjour de deux ans, à Bordeaux, auprès du prince de Galles, et un voyage en Italie « en arroy de souffisant homme », en compagnie du poète Chaucer et à la suite du duc de Clarence qui allait épouser la fille du duc de Milan, il apprend la mort de la reine Philippe et regagne Valenciennes (1369).

11 y trouvait deux maîtres à qui faire sa cour : l'un était ce duc de Brabant, Wenceslas, qui continuait de son mieux la tradition des grands seigneurs trouvères, la préférant à celle des preux dont son père, le roi de Bohême, avait été le glorieux émule, à Crécy. Aussi Froissart fera-t-il longtemps avec lui assaut de gentillesses rimées. L'autre « haut seigneur » était Robert de Namur, beau-frère de la reine Philippe. C'est à lui que Froissart s'adressa d'abord, et qu'il offrira, en 1373, le commencement des chroniques dont il avait jadis apporté un premier jet, en prose ou en vers, à la reine d'Angleterre, propre belle-sœur de son protecteur.

Sa vocation de chroniqueur et l'influence de Jean le Bel. — A en croire les confidences allégoriques du Buisson de jeunesse, c'est « dame Philozophie » qui lui aurait inspiré, à cette date, le dessein de renoncer à « vaine glore » et de consacrer son sens et sa science à un genre durable. Joignons-y les conseils d'un de ses protecteurs, Gui de Blois, seigneur de Beaumont et bientôt de Chimay, où il procurera un canonicat à Froissart, en échange de la cure des Estinnes dont notre chroniqueur fut pourvu vers 1373. N'oublions pas surtout l'influence des chroniques de Jean le Bel, que Froissart admira jusqu'à les copier parfois textuellement *, mais non sans payer sa dette à

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