‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 112 sur 244 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

Tallemtmt des Ré&ux nous apprend ailleurs que le même poète ( était Torcé de ch&nger de chemise, toutes les fois qu'il sortait du jeu, tant il y ipettait d'ardeur ■. La Calprenède, qui traitait avec son libraire pour un ouvrage de deux ou trois volumes, menaçait t de l'allonger jusqu'à trente, pour gagner plus d'argent 1. Sc&rron demandait h ses convives d'apporter chez lui de quoi faire bonne chère. Ménage, que nourrissait le cardinal de Retz, installait indiscrètement ses valets à la table de l'olïice. Sorti de chei Son Eminencc, < il y envoyait quérir tous les soirs sa chandelle, et se faisait saigner par le chirurgien de ses domestiques 1. Faret, chez Boileau, rime avec cabaret, et le mérite. Que serait-ce donc si nous passions en revue tous les rimeurs auxquels les satires de Boileau valurent une notoriété de mauvais aloi? L'un, Théophile de Viau, en dépit de quelques petits chefs-d'œuvre de verve ou même de sentiment, n'est, à d'autres égards, qu'un esprit-fort de bas étage, un Arétin de cai^ refour. L'autre, Saint-Amand, est toujours chancelant comme . Silène. Comparées h ses tableaux — - dont l'un pourtant au moins, la Solitude, a des accents dignes de Villon —, les peintures de Téniers sont des pastels. Anacréon de mauvaise compagnie, U n'a guère racheté les méfaits de son lyrisme aviné que par la plus ennuyeuse des idylles, le Moïse sauvé. A la suite viendraient les faméliques dont le type, un peu cruellement croqué par Boileau — qui aurait plus prolité à interroger sa victime sur la précieuse histoire de nos vieux poètes qu'avait rédigée son père et que n'ignorait pas le flls — , est ce * poète crotté*, ce pauvre hère de Colletât, postant l'été sans linge, et l'hiver sans manteau, battant, du matin au soir, le pavé de Paris, pour colporter des dédicaces, toucher les quartiers de quelque chétive pension dont il donne quittance en sonnets, ou attraper ailleurs un dîner, à l'office. Dans celte foule de quémandeurs se disputant la faveur des ducs et des traitants, faisant trafic de la louange et tenant boutique d'encens, on n'aurait que l'embarras du choix, depuis le fou de Neuf-fiermain qui se qualille de poète hétéroclite de Monsieur, jusqu'à l'illustre Chapelain, qui était aux gages du duc de Longue ville.

Entre ces mercenaires, point d'amitié sérieuse : ils n'avaient d'autre lien qu'un commerce de louanges réciproques, prodi-

OPPORTUNITÉ DE SES CONSEILS AUX GENS DE LETTRES. e87

guées à charge de reraDche par une complaisance égale à leur vaDilé. Ce n'était qu'échange de certificats si;i:nés des Doms à la mode, et imprimés à profusion en lète des œuvres nouvelles, c Cette adulation, disait la Logique de Port-Royal, détruit toute la force du langage, les mots n'élant plus les signes de nos jugements, mais d'une civilité toute extérieure qu'on rend à ceux qu'on veut louer, comme pourrait être une révérence. • C'est ainsi qu'on fermait la bouche à la critique par les compliments et les caresses. Aussi personne ne trouva ridicule le neveu de Voiture, Pinchène, recommandant les œuvres de son oncle à la bienveillance du lecteur • par la raison qu'on avait rien lu de lui qui ne fùlà l'avantage de ceux dont il avait parlé >. Mais ne poussons pas plus avant ce croquis d'histoire littéraire : nous en avons dit assez pour faire valoir l'importance de ce dernier chant, où Boileau nous démontre que le beau n'est pas distinct du bien, et que le poète doit être avant tout honnête homme. — Et d'abord, point de sot orgueil, poïnt d'envieuses cabales, point de coteries intéressées :

qui, sans chicane pointilleuse, vous apprenne au besoin < à franchir les limites de l'art >, et vous corrige, sans vous décourager par d'injustes dégoûts :

Laissez l'intrigue aux impuissants, mais ne négligez pas les onices de la société civile ;

Chassez de votre cœur les soucis vulgaires. S'il est juste de tirer île son travail un prollt légitime, travaillez surtout pour la gloire, el non pour le gain. D'un ■: art divin », ne. faites jamais t un métier mercenaire >.

Enflii, que Tos œuvres attestent la pureté de votre vie :

Que votre âme et vos mceurs peintes dans vos ouvrages N'offrent jamais de vous que de nobles imagest

Ce n'est pas qu'il faille interdire à la scène l'analyse des passions, ou, comme certains docteurs trop austères, tels que Nicole dans ses lettres sur les Imagînaireu et kt Vitiormaires {1667), traiter cCempoUimneurs et Rodrigue et CMmène. Ce fanatisme janséniste, Boileau le condamne ; mais il s'indigne contre les t infâmes > dont les écrits aux yeux de lews lecteurs rendent U viee aiimble. Or ces accents ont ici l'autorité de l'exemple sans que, chez Boileau, le souci de la dignité morale se tourne jamais en rêves d'orgueil et qu'il ait jamais été tenté d'ériger le poète, comme on l'a fait depuis, en conducteur de peuples, prophète, homme d'Etat, révélateur; et, après avoir débuté dans son poème par ces mots : Aimez donc la raison, il avait le droit de conclure par ceux-ci :

Aimez donc la vertu, nourrlssei-en votre ftme : En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur.

Le vers se sent toujours des bassesses du c(Eur.

L'éloge de la poésie et celui de Louis XIV servent d'épilogue au poème : et quand il y célébra l'influence de la poésie, sa foi modeBl« ne fut point, comme elle le sera pour d'autres, une apothéose de son propre génie.

C'est ainsi qu'en réveillant des vérités essentielles, Boileau, plus que tout autre, a su parler, en quelque sorte, à la conscience littéraire, et prononcer, sous une forme définitive, des arrêts souverains, ou des axiomes de goût, qui méritent de servir de ralliement à tous les bons esprits. Tous ceux qui ont étudié l'art d'écrire reconnaissent en effet leur propre expérience dans ces vers où sont à jamais fixés certains principes, dont l'excellence est démontrée par toutes les œuvres dignes de vivre. Ces senlences ne sauraient perdre de leur prix, psrcc que leur popularité nous les a rendues familières comme des lieux communs. Ce serait même en méconnaître la portée que d'en réduire l'application aux ouvrages de poésie. Aussi, malgré

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les réserves qui précèdent, dirons-nous avec H. D. Nisard ; < Ses prescriptions s'étendent à toutes les pensées, à toutes les manières de les exprimer, et, par analogie, à tous les arts dont l'idéal est le vrai. Ils ; trouvent uon seulement leurs règles, mais leur morale. 11 y a là des décisions qui ne sont pas plus c<mteatables que les lois de l'intelligence humaine. Elles gouvernent la prose comme les vers, et leur vertu est prouvée par ceux qui leur résistent, aussi bien que par ceux qui leur obéissent. ■ Ajoutons avec d'Alembert : < Boileau eut, le premier en France, le mérite rare de former une école depoétie. il eut dans Racine un disciple qui aurait suffi poiu: lui assurer l'immortalité. >

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