II. — Esquisse urriiuniB
Bsorde el proposliian. — Le texte du discours, net et parlant, comme toujours chez Bossuet, est ce verset : Dominm teeum, tiirortim fortissime. Vade in Me fortitudine tuA, ego ero
1. Là-dossDs, on consultera d'une part ÏHiit M. Gaillardin. ot Ao l'autre, et surtout. VBiiU Mgr le duo d'Aumale, Paris, Calmann I^vj.
tecum (Le Seigneur est avec toi, ô le plus brave des hommes. M&rche dans ta bravoure : je serai avec toi).
Dans un eiorde inspiré par une douleur si sincère et le sentiment d'uDe responsabilité périlleuse, l'orateur semble craindre que < aa louange ne languisse auprès d'un si grand nom >. Or cette détlance n'est point ici une précaution oratoire, mais l'aveu d'un génie qui a. conscience d'être écoulé non seulement de la France et de l'Europe, mais de la postérité tout entière.
De ce début simple, naturel et grandiose, il s'élève sans effort à l'idée supérieure qui va dominer un sujet déjà si vaste par lui-même. < Pousier à bout la gloire ku$name * par un exemple mémorable, telle est la pensée de ce discours dont lapropostfton et la division se confondent en cette période : ■ Montrons dans un prince admiré de tout l'univers que ce qui fait les héros, m^eur, magnanimité, bonté naturelle, voilà pour le CCecr; vivacité, pénétration, grandeur et sublimité de génie, voilà pour l'BSPiUT, ne serait qu'une illusion, si ta piété ne s'y était jointe ; enfin, que la piété est le tout de l'homme. >
Prendère partie. Le ««Dr de Comté i valenv, mai^aaiilNdlé, h««té ■atarelle. ~ L'attention de l'auditoire est appelée d'abord sur les qualités du cœur, le courage, la générosité, t'bumanité, qui feront paraître non seulement le héros dans l'éclat de ses exploits, mais l'homme dans le repentir de ses fautes et la paisible majesté de sa retraite.
Animée par le souflle lyrique des prophètes, l'imagination de Bossuet emprunte à la Bible les mouvements et les vives figures sous lesquelles le prince de Condé nons est représenté comme un de ces élus que < le Dieu des armées veut faire servir à Ses desseins >. Tout en ménageant l'amour- propre d'un souverain ombrageux, qui veut entrer en partage de toutes les louanges, il salue dans le vainqueur de Rocroy un génie que la Providence destinait à sauver la France, durant la minorité d'un roi de quatre ans: < Laissez-le croître, ce roi chéri du ciel : tout cédera à ses exploits; supérieur aux siens, comme aux ennemis, il saura tantôt se servir, tantôt se passer de ses plus fameux capitaines ; et, seul, sous la main de Dieu, on le verra l'assuré rempart de ses États. > Hais Dieu avait choisi le duc d'Enghien, pour le défendre dans son enfancet
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Alors s'ouvre la narration vraiment épique de cette première victoire qui fut le gage de tant d'autres. < En ce tableau, dont la poésie est de l'histoire — comme le prouve le jiarti qu'en a, tiré Voltaire, dans son SUde de Louis XtY ' , — ia précision des détails les plus expressifs se mêle partout à la magniAoeDce et aux élans d'un style enflammé par une sorte d'ardeur guei^ Fière. C'est exact comme un bulletin écrit, au soir de l'action, par une main qui tremble encore de la fatigue des grands coups qu'elle a frappés; et, en même temps, c'est une page homérique, mais dont l'accent est tempéré par la clémeace d'na christianisme chevaleresque. Des épisodes dramatiques ou touchants gravitent pour ainsi dire autour du héros qu'on voit presque en même temps * pousser l'aUe droite des ennemis, soutenir la nôtre ébranlée, rallier les Français à demi vaincus, mettre en fuite l'Espagnol victorieux, porter partout la terreur, et étonner de ses regards étincelants ceux qui échappaient h ses coups >. A cet entrain, à cette fougue, qui n'exclut pas le sangfroid d'un art maître de ses ressources, on dirait que Bossuet fut de ceux qui, sur le champ de bataille, • fléchirent le genou >, pour célébrer dans un Te Deum * Rocray délivré, les menaces d'un redoutable ennemi tournées à sa honte, la régence affermie, la France en repos, et un règne qui devait être si beau commencé par un si heureux présage >.
Cet enthousiasme se soutient dans le résumé solennel qui embrasse les campagnes de Flandre et d'Allemagne. Par l'eutrain martial de sa parole, Bossuet rivalise avec * la divine ardeur de cet autre Hactaabée > qu'il suit dans sa course triomphante, depuis Fribourg, où la nature, comme les hommes, lui oppose d'invincibles obstacles, jusqu'à la prise de Philipsbourg f qui tint si longtemps te Rhin captif sous ses lots >, jusqu'à la chute de ce Mercy qui tombe enfin à Nordlingue « digne victime de sa valeur >. Un lieutenant du prince, un témoin de ses hauts faits ne le peindrait pas avec plus de compétence et sons des couleurs plus vives, soit dans ces rencontres où il sut « aussi bien céder à la fortune que la faire servir h ses desseins • — par
1. On trouvera ua riftit de la bataille de Rocroy qui rivaliso de précisioD techniquo avec Voltaire et d« coulcnr uvec Bossuot, HaasVSiiloire dti princes de Comté, par Mgr le duc ilAonulo, t. IV, p, 1140 sqq. Paris. Calmuin Lévy.
exemple en levant le siège de Lérida (1647), — soit dans ces périls où, c paraissant en un moment comme l'éclair & tous les quartiers >, il se multipliait, et animait tout de sa présence.
Cette proronde intelligence de la guerre, cette allégresse héroïque n'a d'égale que l'adresse et la franchise avec laquelle Bossuet aborde • ces choses dont il voudrait pouvoir se taire éteraetlement », Par l'indulgence de l'expression, il désarme la sévérité des reproches que lui arrache la vérité. Au lieu de « trembler, comme tant d'autres, de tirer le rideau, et de passer tes éponges >, suivant l'expression de Mme de Sévigné, il confesse vaillamment les torts de son héros, mais sans humilier sa fierté : car t jusqu'à cette fatale prison ou il était entré le plus innocent des hommes pour en sortir le plus coupable >, le prince n'avait jamais songé qu'il pût faillir. S'il • fut poussé si loin par ses malheurs *, les fautes qu'il a hautement condamnées, et que i pardonna la clémence d'un grand roi >, ne sont-elles pas d'ailleurs, • comme celles des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer, et de l'éclat infini de la divine miséricorde >? Aussi, cet égarement, Bossuet le tourne & l'honneur du souverain et, nous dirions presque, de Condé luimême : car, entraîné < dans des guerres infortunées, il ne cessa pas du moins de garder son rang de prince français » ; et l'on sait comment il apprit à l'Espagne trop dédaigneuse, en forçant le respect de l'impertinent don Juan pour Charles il détrôné, « que la mauvaise fortune no peut ravir sa majesté à un roi déchu *.
La magnanimité de Condé brille donc en ses disgrâces. C'est que Dieu mit d'abord la bonté dans son cœur; et, pour le prouver, nous conduisant à Chantilly, « où le prince parut comme à la tète de ses troupes >, Bossuet célèbre d'un ton aussi religieux que philosophique cette vertu • faite pour aider la grandeur à se communiquer, comme une fontaine publique qu'on élève pour la répandre». C'est ainsi que la première partie du discours se termine par dos souvenirs intimes, dont l'émotion paisible nous repose du spectacle des batailles.
Deuxièue partie. I.'e«pril do Condé. Vlv»clléi péMélrail«B, Bramdear et anbllmliA de géalc. — Les qualités de l'esprit dans un génie militaire de premier ordre, son activité, son
audace, ses saillies impétueuses, son sang-froid parmi les hasards, telle est la matière d'un Doure&u développement varié par trois épisodes, la journée de Sénef, le combat de la porte Saint- Antoine, la victoire de Leas; et conclu par un parallèle fameux entre Tureane et Condé.
Tous ces motifs d'analyse éloquente ou de peintures hardies concourent à faire revivre la figure d'un homme de guerre représenté au vif par un prélat, dont la mémoire garde l'ineffaçable impression des entretiens où il put recueillirlesconildences, nous allions dire les commentaires d'un autre. César. On sent ici tout ce que peut sur l'accent de la louange une harmonie naturelle entre des âmes faites pour s'entendre, s'aimer et s'admirer. La parole de l'un ne vautrclle pas l'épée de l'autre? Oui, nés pour exceller dès le premier jour, ils eurent tous deux ce don d'inspiration native qui supplée aux lenteurs de l'e^rieace. Us surent d'intuition l'art qu'ils pratiquèrent en maîtres, presque sans avoir eu besoin de l'apprendre.
Aussi quelle sympathique clairvoyance dans le portrait tout ensemble idéal et vrai dont voici l'expression définitive! « Dans le feu, dans le choc, dans l'ébranlement, on voit naître tout à coup je ne sais quoi de si net, de si pesé, de si ardent, de si doux, de si agréable pour les siens, de si hautain et de si menaçant pour ses ennemis, qu'on ne sait d'où lui peut venir ce mélange de qualités si contraires.... Sil'on avait quelque affaire à traiter avec ce prince, on eût pu choisir un de ces moments où tout était en feu autour de lui, tant son esprit s'élevait alors, tant son àme paraissait éclairée d'en haut, en ces terribles rencontres, semblable ^à ces hautes montagnes dont la cime, au-dessus des nues et des tempêtes, trouve la iiréHité dans sa hauteur, et ne perd aucun rayon de la lumière qui l'environne. >
Cette sublimité de génie, Bossuet en trouvait l'image en tuiniéme : car on pourrait lui appliquer la plupart des Iraits par lesquels il caractérise Condé, lorsque, pour éclairer sa physionomie par un contraste, il la compare â celle de Turenne, et oppose aux profondes réflexions de l'un les illuminations soudaines de l'autre. Si ses préférences sont alors visibles, son impartialité n'en laisse pas moins notre admiration indécise entre des mérites aussi divare qu'extraordinaires. Saint-Evre-
moud, qui servit sous les ordres de ces deux capilsines, ne les a pas jugés plus sûrement, et d'une touche plus fine ou plus ilère : « L'un s'avance par ordre, et vient comme par degrés aus prodiges qui ont fini le cours de sa vie. L'autre, comme un homme inspiré, dès sa première bataille, s'égale aux maîtres les plus consommés. L'on, par la profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiter des infidélités de la fortune. L'autre..., par une espèce d'intuiUon merveilleuse dont les hommes ne connaissent pas le secret, semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins et forcer les destinées '. i Par une ingénieuse convenance, ce double panégyrique devient ici l'occasion d'un hommage délicatement flatteur pour l'orgueil du souverain qui, privé de tels généraur, < sut s'élever audessus de lui-même, surpasser et l'espérance des siens, et l'attente de l'univers ». 11 fallait bien faire encore la part du lion!
TrolsièBe partie. Laplélé, qui est le tout de l'homme, con- MMre les vertus et Ut gloire du bérm, — Hais cette gloire faite pour être « l'ornement du siècle présent >, Dieu la donne même à ses ennemis. Elle ne serait donc d'aucun prix, si la piété ne la sauvait du néant : ■ Car il n'y a de vraie grandeur que dans l'abaissement devant Dieu >.
C'est ainsi qu' * après avoir porté la gloire du monde jusqu'au comble », Bossuet veut « détruire l'idole des ambitieux •, et la fait « tomber anéantie devant les autels ». 11 va justifier ce qu'il disait en son exorde ; c Sans ce don inestimable de la piété, que serait-ce que le prince de Condé, avec tout ce grand cœur et ce grand génie? »
Autant il y a d'ironique mélancolie dans les accents que lui inspirent les vanités de la terre, autant l'onction d'une sensibilité toute religieuse attendrit les louanges consacrées au chrétien ( qui n'attendit point l'heure dernière pour commencer à bien vivre ». Avec une simplicité presque familière, qui ne recule pas devant d'humbles détails ', toujours relevés par le sentiment et par l'éloquence des choses, il tire un enseignement
I.Voir Saim-Ésremimd. par Gnatave Merlet. I vol. «Mvir, dditiea Jonaosl. 3, 11 pule, i, mou voilés (bien eateadD). ds la fiilult da Looii XIV.
tTUDES untuAiHia. u. ^ 27
418 BOBSUET.
pratique de celte joilrnée sapréme où son héros, < tel qu'on l'avait TU dans tous les combats, résolu, paisible *, se montra prêt k soutenir le choc décisif, sans que la mort « lui parût plus affreuse, pile et languissante, que lorsqu'rile' ae présentait au milieu du Teu, sous l'éclat de la nctoire. Car, pendant que les sanglota éclataient de toutes parts, comme si un autre que lui en eût été le sujet, il continuait de donner ses ordres; et, s'il défendait de pleurer, ce -n'était pas comme un objet dont il fût touché, mais comme un empêchemenl qui le retardait. > Quelle grave et mâle réponse aux petits vers jadis célèbres de Voilure, dans son Èpilre an duc d^Bnghitn (1645) :
liais dile»-moi, je vous sapplie, La mort qui dans le champ de Mars, Parmi les cris et les alarmes.
Les hui. Us glaives et les darda, Le bruit et la fureur des armes.
Vous parut avoir quelques cbarmes, Et vous sembla belle autrerois, A cheval et sous le harnois, N'a-l-etle peu une autre mine Lorsqu'à pas lents, elle chemine Vert un malade gui languit?
El semble-l-elle patMen laide. Quand elle vient, branlante et froide, Prendre un homme dedans ton lit?
Libéralité des dons qui honorent les services dévoués, confession humble et confiante, pardon public demandé au monde, aux amis, < aus domestiques >, devoirs religieux accomplis sans trouble, prières des agonisants écoutées par une âme contristée, sérénité du prince et désespoir de ce fUs qui, < le visage en pleurs, et la bouche cdllée sur ces mains victorieuses et maintenant défaillantes, semblait voul<rir retenir ca cher objet de ses respects et de sa tendresse f, fermes adietuet bénédiction paternelle, témoignages de repentir accueillis par le deuil d'un roi, dont les larmes font voir < ce que les héros sentent les uns pour les autres *, doux transports aux approches de la délivrance, opération soudaine de la grâce, • lumière qui dissipe les saintes obscurités de la foi >, tel est le tableau dramatique où se transfigure le héros, et dont on pourrait dire, comme fit Mme de
SéTigné, parlant de l'oraison funèbre prononcée par Bourdaloue' :
< Je g£l,te cette pièce par la grossièreté dont je la croque. C'est comme' si un barbouilleur voulait loucher & une toile de Raphaël i.
Fév*mds*M. — 11 est encore plus vrai que toute analyse se sent impuissante devant cette incomparable péroraison qui invite « les peuples, les princes et les seigneurs à venir voir le peu qui nous reste > du grand capitaine < dont l'ombre même eût pu gagner des batailles •. Mais tout eo versant, lui aussi,
< ses larmes avec des prières i, Bossuet laisse à ceux qui le pleurent la consolation de 1' < immortalité bienheureuse >, au sein de laquelle il le verra * plus triomphant qu'à Friboui^ et k Rocroy >. Cette espérance est l'adieu touchant du pasteur que
• ses cheveux blancs > avertissent de réserver h son troupeau
* les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint i.
Il ne fut pas écnud pu 1a com[
conforme AU chaire chrdtioaas.
Laissant de càti la lie glorions
cher qn'h son coear. à ce qui s'y •
dani set infidélité) eaven son r<
pleÏD, dan« l> mslorité Aiule, bien qu'un pea ta
DoiiîHihvGooj^lc
PORTRAIT BIOORAPHIQUE
L'bMMMlBi». — Né le 6 ao&t 1651, au ch&t«au de Fénelon, en Périgord, François de Salignac de Lamothe-Féneloa, fils de Pons Salignac, comte de Lamothe-Fénelou, et de Louise de la Cropte de Saint-Abre, Fui entouré, dès le berceau, de tendre dévotion, et préparé aux délices du pur amour par la piélé d'une mère qui coasacra son fils à la sainte Vierge. Un docte précepteur conduisit de bonne heure sa précoce intelligence à la double école de Rome et d'Athènes ; mais les préférences de l'enfant allaient d'instinct vers les grâces de l'esprit grec. Homère surtout enchanta ses premières années, et l'Odyssée, plus encore que l'Iliade, ravit une imagination qui semblait se reconnaître dans la simplicité de ces naïves peintures. A douze ans, il lisait aussi Sophocle et Démosthène. Quant aux Latins et à leur génie plus viril ou plus pratique, ils eurent pour lui moins d'attrait. Il les fréquenta pourtant avec complaisance ; mais ses prédilections furent, parmi les prosateurs, pour Cicéron et Tite-Live, plutôt que pour Sénèque ou Tacite; et, parmi les poètes, pour les Muses harmonieuses et sensibles, Térence, Virgile et CatuUe lui-même, qui parlaient k son cœur ou flat- j taient son goût, bien plus que Lucrèce et son abrupte grandeur, que Lucain et son éloquence tourmentée.
Après avoir terminé ses humanités dans un milieu tout patriarcal, et fait sa philosophie à l'université de Cahors, il compléta ses études au collège du PUssis, & Paris, sous les aus-
ÉDUCATION ET DÉBUTS ; LE PRÊTRE ; LE HtSSIONNAIRE. 431 picea de son oncle, le marquis de Fènelon — un de ces grands seigneurs qui conservaient les plus pures traditions d'une politesse où se confondaient la dignité patricienne et les généreux sentiments d'un cœur haut placé. A l'élégance des manières et aux agréments de l'honnête homme s'alliait chez lui l'austérité des principes ; aussi son inOuence dut-elle agir sur le caractère d'un neveu qu'il aimait comme son fUs, et dont il produisit dans le monde les qualités brillantes. On raconte en effet qu'à l'âge de quinze ans à peine, l'abbé de Fénelon renouvela l'épreuve oratoire par laquelle Bossuet avait étonné l'Hôtel de Rambouillet. Mais, alarmé par des applaudissements dont la douceur lui parut périlleuse, le marquis crut devoir dérober à des succès trop profanes un talent qui, du reste, l'ut heureux de fuir ces tentations de l'amour^propre. Sans se laisser éblouir par une faveur pleine de promesses, le jeune abbé se livra donc courageusement à la science théologique, durant plusieurs années recueillies et ferventes, qui s'écoulèrent au séminaire do Saint-Sulpice, sous la forte discipline de M. Olier et surtout du docte théologien H. Tronson, dont les vertus et la doctrine le guidèrent vers le sacerdoce.
Le prélrei le dlreelenr des Nonvellea CathoUqae*. Le BiBBiaBBslre ( 4 •l'E>4 •&{>). — Ordonné prêtre à vingt-quatre ans (1675), il rêvait de missions du côlé de la Grèce, où l'appelaient ses souvenirs classiques et ses ambitions évangéliques. C'est ce qu'atteste l'enthousiasme ingénu d'une lettre en date du 15 octobre 1675 où l'on pourrait voir la préface lointaine du TiUmaque. Quant à la prétendue velléité d'aller au Canada que lui prête son biographe le cardinal de Bausset, c'est une erreur, ti:uit d'un quiproquo. Le Fénelon qui voulait aller au Canada, qui y alla en effet, en 1667, et y mourut en 1679, c'est le frère aîné de notre Fénelon, salpicien comme lui. Pour le cadet, les instances de sa famille fmirent par le retenir en France, où lui fut bientôt confiée la direction des jeunes protestantes qui, récemment converties, achevaient leur éducation religieuse dans la Jtfauan des Souvelks Calholiqites, placée sous l'autorité du ministre Seignelay. A ces fonctions délicates où se déploya, durant dix années, sa charité prudente et persuasive, nous devons le plus charmant des livres, le TraUé sur Védutiation des
filles, composé en 168t, publié en 1687, admirable fruit d'une expérience discrète et hardie, veuanl d'un esprit On, d'un cœur pur et d'une raison supérieure. Écrit pour la duchesse de Beauvillier, il apprend encore à peu près tout ce qu'une mère de famille doit savoir sur un si cher sujet.
A cette époque aussi remontent ses Dialogues sur l'éloquence, qui furent sans doute composés entre les années 1881 et 16B6, et publiés en 1718. Pendant le carême de 168t, Féaelon et l'abbé Fleury, réunis à Heaux près de Bossuet, prêchaient tour à tour avec lui, sans autre préparation que la prière, avec une onction familière dont la liberté rappelait les beaux Jours de la primitive Église. Ce fut probablement pour fixer ces souvenirs, et pour l'instruction des prédicateurs novices, que fut tenlé cet essai judicieux où la pensée littéraire est dominée par l'intention d'ouvrir h l'éloquence de la chaire des voies plus religieuses, de ta délivrer des servitudes scolastiques, et de substituer à la froideur, à la recherche, au vain souci de plaire, l'idéal du vrai, du simple, du naturel et de l'aimable, c'est-àdtre l'exemple des anciens, mais tempéré par les qualités propres dans lesquelles Fénelon excellait entre tous. Quelle preuve n'en a-t-on pas dans cet admirable semion dit de i'Épiphimie, qu'il prononça sur la Vocation des gentils, en janvier 1685, et qui, par les sentiments et l'éclatante poésie des images, dans la première partie, par la mélancolie du reste, et par toute son éloquence si enthousiaste et si pressante à la fois, soutient sans pâlir la comparaison avec les chefs-d'œuvre de Bossuet!
Mis en vue par les succès de sa parole, qui sut paraître ori- Rinale dans le voisinage de Bossuet et de Bourdaloue, il ne larda pas i être chargé d'une mission en Saintonge et en Aunis, vers le temps où une intolérance impolitique préludait k la révocation de l'édit de Nantes. Les lettres datées de ces provinces nous le montrent doux, humain, insinuant, très habile h manier les consciences, ii ménager des volontés rebelles et à faire aimer la vérité, au lieu de l'imposer par contrainte. > Mai s si quelques esprits sages approuvèrent cette mansuétude, eLe se vit contrariée ou blâmée par d'autres, et leurs rancunes réussirent même à priver Fénelon d'une distinction bien due à ses mérites i car, désigné pour l'évéché de Poitiers et la coad-