II. — ÉTUDE UTTÉBAIBE
Le saiet. — Quelques mots sur le Dictionnaire, des projets de traités sur la Grammtire, sur les Moyens d'enrichir la langue, sur la Rhétorique, la Poétique, la Tragédie, la Comédie et
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VHittoire, des Réponse» à une objection faite à ces projets, enfln un Jugement sur lei Aitciens et sur Us Modernes, tels sont les dix chapitres qui composent cette causerie dont l'allure vive, libre et familière rappelle la Lettre aux Pisom. Des sujets si divers ne comportant par la rigueur d'un ordre didactique, nous n'essayerons point de réduire en système des doctrines éparses, des sentiments rapides, des vues fugitives, les digressions d'une plume légère qui suit sa fantaisie, et ne s'assujettit qu'à la logique de l'instinct. Mettre la méthode où elle n'est pas, serait fausser l'impression du lecteur. Bomons-nous donc h, dégager, eu les discutant, quand l'occasion le commande, les idées principales qu'entraîne ici le courant un peu capricieux d'un entretien aussi éloquent que les dialogues de ClcéroD, aussi fin et aussi fluide que les épltres d'Horace.
DtetUamalre. — Après un mot d'hommage aussi courtois pour H. Dacier que déférent pour l'Académie, Fénelon débute par des formules de politesse un peu froide à Teudroit du Dictionnaire qui « mérite, dit-il, d'être achevé », mais dont il semble révoquer en doute l'autorité : car il laisse entendre que ses services les plus efficaces seront d'offrir, un jour, une sorte de c clef » pour l'intelligence de ■ tant de bons bvres •, qui deviendront plus tord aussi difficiles à comprendre que les chroniques de • Villehardouin et de Joiuville >. Il estime en effet que les langues se transforment sans cesse, et n'obéissent pas à d'autres législateurs que Vtisage. Enregistrer les arrêts du public, en tant que greffier de l'usage, voilà donc le seul droit qu'il reconnaisse à un tribunal académique. Que ses confrères n'en doutent pas, et se tiennent pour avertis!
GnMÉwalrc. — Il suit de là qu'ils ne sauraient avoir la prétention de « fixer une langue vivante » par des règles définitives. Tout au plus peuvent-ils se permettre l'espérance de * diminuer les changements capricieux par lesquels la mode règne sur les termes comme sur les habits ». Or, pour y réussir » peuUétre • il faut, non pas • un de ces traités trop curieux et trop chargés de principes, qu'un savant risque de composer », mais une grammaire modeste, * simple, courte, claire, facile », sobre d'exceptions, et surtout pratique, c'est-à-dire visant moins à la théorie qu'à l'application.
■ Coo'ilc
LBTTBE A L'acadÉMIE SUR LA LANGUE. 433
Pi«|et d'earlehlr l« lancae, Goftt llUral, ^alH aveata-
rens i BrchBlune, néologluncs, mota composés. — Si te pré-
!ïeDt n'enchaine pas l'avenir, il ne faut point qu'il dédaigne les siècles-passés, mais plaUt qu'il s'enrichisse de leurs ressources. Or il stable à Pénelon « qu'en voulant puriller >. notre tangue, en l'a trop appauvrie et génie, depuis environ cent Ans. Au lieu d'èlre, comme Boileau, contempteur superbe des Ages précédents, il regrette donc^.aveo La Brujère, l'ancien idiome, qu'il apprécie fort.i dans Marot, Amyot et le oacdinaL d'Ossat, dans les ouvrages les plus enjaués et les plus sérieux. Car il avait je ne sais quoi de court, de naif, de hardi, de vif et de passionné. ■ Cette protestation fait grand hoBaeur à un goût ^inemment libéral, et l'on no saurait mieux penser ni. mieux dire. Hais Fénelon ae va-t-il ptts un pen loin, quand il ajoute : t Je toii drais ne perdre aucun terme, et ea acquérir de nouveaux >t Oui, il nous parait que c'est exagérer l'insufQsance de l'instrument dont il se servait si bien, avec ses grands contemporains.
Nous n'approuverons pas non plus sans restrictions les expédients dont il s'avise poUr combler des lacunes ijnaginaires. Nous ne parlons point ici de ces mois étrangers dont il autorise, k bon droit, l'importation par l'exemple des Latins et des Anglais. Les nëoloi/isnies, il est bon de les admettre dans les cas indispensables, pourvu toutefois que celte liberté ne dégénère pas en une licence qui méconoaitrait les lois de l'analogie, et finirait paraltérerle fond même de notre vocabulaire national- Souvenonsnous -que c'est un des plus hardis, écrivains de notre langue, Victor Hugo, qui a appelé le néologisme c une triste ressource pour l'impuissance >. Mais n'y a-t-il pas imprudence & nOus conseiller l'essai des. mois composés, rappelant le procédé grec, comme pantocrator, glauGopis et Quchnémidesl Renouveler la tentative dite d« Ronsard — mais qui ne fut qu'un jeu de quelquesuns de ses plus obscurs disciples ' — serait évidemment s'exposer au même ridicule^ et ces prétendues richesses ne feraient qua nous appauvrir. . .
Il y a bien aussi quelqueipéril h prôner trop complaisamment
ces alliance» de thoCs • qu'on n'a pas coutume de mettre eosemble >, comme les expressioDs latines remigium alarum et lubricui adspici (rames aériennei [Virgile parlant d'Icare, VI, 19] ; Vulttts nimium lubricus adspici [Horace, 0., I, 19, v. 8] : ud TÎsage qu'il n'est pas sûr de T«garder) : car, si ces combinai- Eons réussissent à des écrivains de marque, ils nous avertissent eui-mêmes de n'en user que très sobrement; et si le procédé devenait habituel, la simplicité risquerait d'en souQHr.
A plus forte raison Féneton fait-il fausse route quand il défère à l'Académie le droit de créer det locutions pour des idées nouvelles; car ce privilège n'appartiendra jamais qu'au génie, ou, mieux encore, h. l'invention populaire dont l'anonyme vertu produit seule ces générations spontanées. Du reste, l'objection n'échappe pas au sens éveillé de Féneton : il n'a voulu que flatter ici l'amour-propre de la docte Compagnie, et remarque malicieusement que < le public, ee révolterait, si elle faisait un édit, avec une aiïlche, en faveur d'un terme nouveau ».
Eq résumé, plus d^une velléité chimérique se glisse dans ces aperçus ingénieux auxquels des juges sévères peuvent reprocher de contrarier le tempérament naturel de notre langue. Parti de ce principe qu'eUe s'est exténuée jusqu'à l'indigence — ce qui était fort exagéré, — Fénelon en tire des conséquences qui, appliquées à la lettre et sans les ménagements dont il enveloppe ses hardiesses, mèneraient peut-être à une décadence.
Projet de rhélvri^BCt Mtorité dn maître. ABcleas et Hodeme*. Lea oraleors de la chaire t D^ntsthène et Oc«r*B. DéllMlll«a de l'éieqaenee. — Nous serons plus à l'aise pour louer pleinement le chapitre où il substitue enfin des doctrines fécondes, une érudition vivante, des lois sûres, et des jugements définitifs k la sécheresse des préceptes arbitraires, et à l'artifice de ces procédés ingrats qui constituaient jusqu'alors, ou encombrent aujourd'hui même plus d'un aride traité de rhétorique. Lui, il réduirait volontiers la sienne < h n'être que la fleur de la plus pure antiquité, dont on ferait un ouvrage court, exquis et délicieux ».
Laissant donc de c6té le lourd bagage de l'école, il va droit h l'éloquence même; et, préoccupé de la dispute qui mit alora