‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 190 sur 244 · Cf. Exlrtiili, op. c-, pp. l&l, 163, 192, »i · texte numérisé non relu

Cf. Exlrtiili, op. c-, pp. l&l, 163, 192, »i

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avec quelle précision la formule de l'arrêt se grave flans l'esprit! Le chapitre xxxii du Siècle de Louis XIV mesure, par exemple, toute la portée de la critique de Voltaire, quand il échappe aux causes ordinaires de ses erreurs. C'est un monument admirable de la critique classique, et, mieux et plus que La Bruyère, dans le chapitre des Ouvrages de Cespril, il y a parié le langage définitif de la postérité sur le gi'and siècle.

Vvltalre cHtlqae Ihéftlnil t Importanee CMpitalede ses théttriesdrsBaatl^BeBiBerté de se» déclarations y rcIalIveH. — Mais l'effort principal de la critique de Voltaire a porto sur le théâtre. Aussi l'examen de ses théories dramatiques est-il une source inépuisable d'intéressantes dissertations, surtout si l'on veut bien considérer, avec lui, que les plus incontestables chefsd'œuvre de notre littérature se sont produits sur la scène tragique ou comique.

L'ensemble de l'œuvre de Voltaire montre clairement que sa vaste activité n'eut pas d'objet plus constant que le théâtre. Il avait soif des triomphes retentissants qu'on y remporte, et il estimait que la plus haute gloire littéraire en est la suite. Hais son goiit, parlant plus haut que sa vanité, même après les plus heureux succès des tragédies, des comédies, des opéras, pîu' lesquels il tentait infatigablement la conquête de cette gloire, le forçait cruellement à s'avouervaincu, dans tous leç genres dramatiques, par ses incomparables devanciers, les Corneille, les Racine, les Molière et les Quinault.

Le critique songeait alors à tirer honneur et profit de ,cctle même clairvoyance qui venait de faire le tourment de l'auteur, et il. revendiquait hautement l'autorité didactique comme le moindre fruit de sa pratique de la scène. C'est ainsi que, par un calcul qui lui était familier, et que lui seulpouvait faire sans danger, Voltaire demandait à son esprit de le consoler des défaillances de son génie.

Dès, 1731, après les fortunes diverses de ses premiers essais dramatiques, il écrivait aux auteurs des nouvellistes du Parnasse cette déclaration formelle : < Je ne me vante que de connaître mon art et mon impuissance ■. Trente ans plus tard, étant alors l'auteur de Zaire et de Mérope, il affecte de pousser la familiarité de l'aveu sur ce point délicat jusqu'à écrire à

Lekaifi, à son cher Roscius : ■ La tragédie est un art que j'ai peut-être mal cultivé, mais je suis de ces barbouilleurs... qui coonaissent très bien la touche des grands maîtres >. Enfin, c'est la fierté du critique qui éclate encore sous la modestie solennelle de cette affirmation faite k son vieux confident littéraire, d'Argentat, à propos du Commentaire sur Corneille : « Si je n'ai pu sen'ir mon pays comme auteur, je le servirai du moins comme commentateur i. Ainsi, quelques réserves qu'on puisse et doive faire, là comme partout, sur la sincérité de Voltaire, il reste néanmoins évident que s'il aiïectait parfois de faire bon marché de sa gloire d'auteur tragique, il n'eût pas entendu raillerie sur l'autorité qu'il affichait en matière de critique théâtrale.

Ses titres A rnBlortté en atatlèFe Ibèfttrale) InlérAt et profil qn'sQ troBve k les «xtuilaer. — La liste de ses litres à cette autorité est longue et le contrôle en est délicat. Que d'œuvres dramatiques, en effet, depuis les Perses d'Eschyle jusqu'aux Baimécides de La Harpe, sur lesquelles Voltaire a dit son mot, en passant, ou disserté dans les règles ! Et dans la miêlée de tous ces jugements, tantôt aiguisés et décochés en épigrammes, tantôt pesés et fonnulés avec l'imposant appareil d'une critique qui se déclare didactique avant tout, quels sont ceux qu'il faut récuser ou au moins reviser, comme dictés par les nécessités suspectes d'une polémique tour à tour agressive et défensive? Et quelle est l'exacte portée de ceux où le critique n'a consulté que son geùt et son expérience? Enfin, peut-on résumer en un corps de doctrines bien cohérent, ou au moins rattacher à quelques principes théoriques, les mobiles impressions de la sensibilité littéraire la plus exquise, mais aussi la plus irritable qui fut peut-être jamais? Chercher des réponses détaillées à ces questions, c'est agiter tes principaux problèmes de la critique dramatique. Glaner dans l'oeuvre touffue de Voltaire les solutions de ces mêmes problèmes, telles que. les lui suggéraient une expérience constante de la scène, et ses lectures discursives des productions dramatiques les plus diverses : en rapprocher les résultats les plus certains de la critique de nos jours, que l'érudition d'une part et de l'autre révolution des genres dramatiques ont faile plus expérimentée et plus

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éclectique, ce serait composer toute une Pratique du théâtre bien autrement avisée que celle de l'abbé d'Aubignac. El quels documenta curieux pour l'histoire des révolutions du goût on recueillerait ainsi !

Mais pour y réussir, il faut suivre Voltaire dans ses promenades capricieuses à travers les œuvres et l'histoire do la littérature dramatique. Or les impressions d'un pareil guide attirent moins souvent la sympathie qu'elles ne provoquent la discussion. De là des risques à courir, mais ni la sécheresse ni l'ennui ne sont parmi eux.

Méprise» et eantradletlons plaisantes sur Soph»ele et Shakespeape. — Quelle piquante méprise par exemple que toute la critique de Voltaire sur la conduite de l'Œdipe roi de Sophocle, qu'il traite de dÉclamtUi(yn et dont il prend les sublimes adresses, depuis l'imprécation de Tirésias qui fait tout pressentir et tout craindre, pour autant de fautes d'écolier qui ôtent d'avance tout intérêt en laissant deviner tout le secret! Et se peut-il que le préjugé aveugle un homme d'esprit' jusqu'à lui faire débiter tant de sottises sur le • galimatias • du plus parfait des tragiques! Quelle revanche prend ici l'érudition rudimentaire d'un écolier de nos jours sur toute la finesse du roi de l'esprit! Et quelle leçon de modestie pour tous!

Et n'est-ce pas une comédie bien plaisante encore que les variations de son jugement sur Shakespeare, depuis le jour où il signale l'auteur du Jules César à l'admiration mitigée des Français, dans les copies corrigées qu'il leur en offre, jusqu'au jour où il dénoncera furieusement te sauvage ivre, Gille Shakespeare, avec son traducteur, le misérable Letoumeur, à l'indignation de l'Académie et de tous les honnêtes gens !

Le • Commentaire «nr Coraellle • t • nu art poétlqne et une irramm^re >. — VoHalre • puriste ». ~ Mais il a été moins injuste au fond pour. Corneille qu'on ne le prétend d'ordinaire. Il faut faire en effet deux parts dans le Commentaire, dont l'une est de critique grammaticale, l'autre de critique littéraire, et lui-même écrivait : • Ainsi mon commentaire pourra être à la fois un art poétique et une grammaire ». Dans la graûimaire, le purisme de Voltaire se donne très injustement carrière, sous ce prétexte cent fois répété d'être utile aux élran-;

gers, * pour qui principalement ces remarques sont faites ». 11 regratte les mots et ne pardonne à Corneille aucun provincialisme. 11 lui compte, comme autant de solécismes, des archaïsmes et des latinismes qui avaient cours de son temps et que ce modeste grand homme rajeunissait d'ailleurs de son mieux dans les éditions ultérieures. 11 suOit de consulter k Lexique de la langue de Corneille, par M. Ha rty- Lave aux, ou surtout, dans l'espèce, celui de M. Godefroy, pour voir que presque toujours Corneille est excuse par ses contemporains et que, neuf fois sur dix, l'auteur du Commentaire pèche par une ignorance fâcheuse de l'histoire de la langue, en critiquant le styk bourgeois de l'auteur li'Otlion.

Mérties et détatwUe» «le Vall*lre eemmenUttear de C*r- ■elllet le ■ B^etBlen -i le ffendkleBr de I> crltlmae Ihéfltrale clanslque. — Mais dans la partie de pure critique, que d'éloges ardents et sincères, parmi toutes ces remarques « un peu vétillardes » — comme il disait de celles de l'abbé d'Olivet sur Racine — qui portent sur les rimes faibles et les défauts de versification, sur le manque de liaison des scènes, sur les con- Ycrsations dont il ne sort rien, sur le phébus, sur le * remplîs- Bage >, sur le goût des maximes et sur les mille et une fautes contre le costume et les ■ bienséances théâtrales > ! Au demeurant, tout en prônant trop souvent et quelquefois hors de propos les beautés ranniennes, il a su louer les extraordinaires mérites de CorneiUe, père du théâtre fronçait, et s'enthousiasmer pour ses belles scènes. On pourrait même ici élai^ir le débat et prouver, par une foule de citations piquantes et décisives, que la plupart des jugements qui ont cours partout sur les beautés de notre théâtre classique, dans l'école comme dans la presse, ont été formulées pour la première fois par Voltaire, à travers sa correspondance et ses préfaces, ses histoires et ses romans, et surtout dans le Commentaire sar ComeiUe. On peut même déclarer, sans méconnaître la haute portée des théories éparses dans les Discours et Examens de Corneille, dans les préfaces de Racine, dans la Critique de VÈcole des Femmes, dans le iii" chant de l'Art Poétique, dans les Caractères ou dans la Lettre à V Académie, que Voltaire est le véritable fondateur de la critique théâtrale dassique.

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