livre des femmes i. Ea somme, il lient, comme Holièra, pour
sufllsanles des < clartés de tout >.
Sophie est, comme Emile, une élève de la o&ture, eu ce sens qu'elle a été élevée « avec plus de soin que de peine, et plutôt en suivant son goût qu'eu le gênant *. Le bal, les festins, les jeux, même le théâtre, tout cela lui est permis, et est saoâ danger en effet < pour des yeux sains >. Nous n'aurons garde, bien entendu, d'ouhlier la modestie, que ne remplace aucune de ces vertus du sexe fort, afflchées par la fameuse Ninon de Lenclos, laquelle s'était * faite homme >, à ta grande indignation de Rousseau.
Hais, cette réserve faite, c'est, on le voit, l'éducation à ttméricaijie. Ce qui complète l'analogie, c'est que Sophie choisira elle-même son époux; mais, ajoutent ses parents, ■ c'est à nous de juger si vous ne vous trompez pas sur les convenances » ; et le chapitre en est long, heureusement! Sophie est. à l'égard d'Emile, « son égale par la naissance et le mérite, son inférieure par la fortune >, etc. Nous voyons ici clairement pourquoi Rousseau n'a pas marié Saint-Preux è Juhe. D'ailleurs, ajoule-t-il, ( réalisez une héroïne de roman *.
RcMaM «"ËMUe et Je S*pUe. — On pense si Emile prend feu dés la première rencontre : < Les charmes de cette flUe enchanteresse vont par torrents à mon cœur >, et réciproquement, suivant la doctrine romanesque dite du coup de foudre ou de Vètincelle, dont Rousseau est un des plus authentiques théoriciens. Le gouverneur tient dès lors le < journal des amours > d'Emile et de Sophie, et vraiment il rencontre de délicieuses scènes de dépit amoureux, des tableaux d'une grâce passionnée. Sophie a même, en plus d'un endroit, i quelque chose de commun avec la fille d'Alciaoiis *, notamment dans la scène exquise où la * nouvelle Atalante > lutte à la course avec Emile, • He voilà donc, dit Rousseau, le confident de met deux bonnes gens et le médiateur de leurs amours. ■ Et comme il s'éprend de sa fiction! Sophie veut-elle manier le rabot d'Emile, Rousseau, témoin de sa maladresse, s'écriera : * Je crois voir l'Amour dans les airs rire et battre des ailes; je crois l'entendre pousser des cris d'allégresse et dire ; Hereuk ett vmgé ».
UNE SUrfE FACHEUSE DE ïJÉMILE. «57
Émtle néparé de aephie sahlt Vipttmve éem T*Y*g«H. — Le • ehttlx i'»a M«il« > et le ■ Canlrat ■oelal •■ — Mais il faut éprouver Emile eft acbever de le fermer : « ce sera l'affaire des voyages *, qui < poBsSënt le naturel vers sa pente, et achèvent de rendre l'hontme bon ou mauvais •, D'ailleurs Emile aura pour sauvegarde l'amour Ai se, llaacée. Ou consacrera ces deux ans de pérégrinations à apprendre lea rapports civils avec les autres hommes, après les physiques et les moraux ; à choisir * un asile en Europe où vous puissiez vivre heureux avec votre famille >. C'est ici le cas de traiter toutes les matières de gouvernement, et Rousseau fait commenter à Emile le Contrat social, comme" il lui faisait méditer tout à l'heure, dans le choix d'une épouse, la leçon du ménage Wolmar, de la Nouvelle. Héloise.
JÉmlle marié à Sophie. — Fin d« rtle de geavemear. — Mais ( il est temps de finir >, comme l'avoue Rousseau, et il ramène Emile à Sophie, pour lui faire trouver le * paradis sur la terre >, qui est l'art < de prolonger ]e bonheur de l'amour dans le mariage >. Rousseau a tant de peine i quitter ces deux êtres selon son cœur, qu'il reste en tiers, avec une indiscrétiou déjà bien fâcheuse. >
(!■« Bvlie déplorable. — ■ Emile et SapUe *a lea SaW lalrea. • ~ Une erreur de g«ùt. — SopUe ei Raatne. ~ Mais il a fait pis. Ne s'est-il pas avisé de les reprendre dans un opuscule posthume intitulé Emile et Sophie ou les Solitaires, de. les ramener dans ce Paris qu'il avait quitté avec tant d'allégresse, où Sophie ne pouvait se rencontrer, et qui va la gâter, elle donf Rousseau disait en la formant : • Sophie aime la vertu ; cet amour est devenu sa passion dominante >. Ilélas! quel triste pendant h la scène du rabot dans VÉmiie que celle où l'épouse coupable arrose de larmes de honte le seuil de l'atelier dans lequel Emile est venu cacher son déshonneur] Et comme la main s'alourdit!
En s'obstinant h écrire cette suite pour laquelle il cherchait même des collaborateurs, Rousseau obéissail-il à quelque scrupule de réalisme, exactement comme Beaumarchais faisant de sa sémillanle Rosine la dolente Mère coupablel 11 se peut, mais nous y étions moins préparés : salir un si beau rêve est au SniOBS LiTTÉBArBBa. n. — 42
«58 JEAN-JACQUES RODSSEAU.
moiDB Due erreur de goût. Nous ne l'aurions pas iadiquée, s'il
n'y avait là un trait caractéristique de t'homme el de l'écrÏTain.
HéplM» ei âttmatm IIUëMireit 4e 1' • Emile >. — Hais qu'il ÇBt facile d'oublier cette erreur, et bien d'autres, en se reportant 6 VÊmile'. C'est incontestablement te cbef-d'oeuvre de Rousseau. Nous avons vu d'ailleurs, au passage, quels liens intirne» le rattachent k toutes ses autres œuvres, notamment à la Nouvelle HéloUB et au Contrat social, et comment il les résume.
La composition en est lAche, bourrée de digressions, et l'auteur en convient lui-même vingt fois; mais le style en est d'une admirable solidité, d'un ton généralement intermédiaire entre le lyrisme imagé qui domine dans la Nouvelle Uëtoise et la gravité algébrique qu'affecte le Contrat social, allant d'ailleurs de l'un & l'autre avec une flexibilité parfaite. Et toutes ces quaUtés brillent è. la fois dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, où de bons juges, tels que V. Cousin et D. Nisard, voyaient le cher-d'oeuvre de Rousseau. Elle est en effet le chef-d'œuvre du chef-d'œuvre. Nulle part Rousseau n'a été plus éloquent : or il est, presque de pair avec Bossuet, l'écrivain le plus éloquent de la langue française, sinon le * dieu de l'éloquence », comme l'appelait Mirabeau lui-même, dans un élan hyperbolique d'admiration.