‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 5)Chapitre 68 sur 244 · SA CURIOSITÉ DE PSYCHOLOGUE · texte numérisé non relu

SA CURIOSITÉ DE PSYCHOLOGUE

lent ces Mémoires intimes dont la franchise provoque la nôtre, et nous apprend b, nous mieux connaître, nous et nos semblables. La plupart des moralistes formulent des préceptes, et tracent des caractères ou des tableaux. Or Montaigne n'a pas la présomption de dicter des lois et de prononcer des arrêts. Il lui suffit de se montrer tel qu'il est, sans surfaire ses qualités, ni déguiser ses faiblesses qu'il rend sympathiques par l'iDgénuité de ses aveux : « C'est, dit-il, un livre cousu bstantiel à son auteur, membre de sa vie, non d'une fin tierce et étrangère, i Depuis l'heure oà il Ht vœu de retraite jusqu'à son dernier sommeil, ■ affamé de se cognoistre » il n'a pas cessé de s'espier, d'assister à sa vie, et de surprendre en soi ces mouvements de la nature humaine dont il cherchait les traces dans l'hisioire, et les effets autour de lui : voilà pourquoi il peut dire à bon droit : c Je suis roy de la matière que je traite ». Rien n'a pu le distraire de cette élude qui, loin de lui coûter un effort, était son plus vif plaisir, son inclination irrésistible. Il nous raconte qu'un jour, renversé de cheval par le choc d'un valet maladroit, meurtri cruellement, vomissant des flots de sang, et persuadé même que l'atteinte était mortelle, il se regarda mourir avec uoe attention intense dont le souvenir distinct reste fixé dans les impressions que voici : < 11 me sembloit que ma vie ne tenoit plus qu'au bout des lèvres; je fermois les yeux pour ayder à la pousser hors, et prenois plaisir k m'alanguir, et à me laisser aller. C'estoit une imagination qui ne faisôit que nager superficiellement à mon âme, aussi tendre et aussi foible que tout le reste, mais à la vérité non seulement exempte de desplaisir, ains meslée à cette doulceur que sentent ceulx qui se laissent glisser au sommeil ». Ne dirait-on pas qu'il examine en médecin psychologue un sujet étranger? Parmi les événements les plus simples, comme dans les circonstances les plus graves, il considère ainsi son àme de près et au microscope. Les physiciens de l'Observatoire ne sauraient décrire avec plus de précision l'état de l'atmosphère et les plus légères variations dn baromètre. Lui aussi, les yeux fixés sur le monde intérieur, il note tous les nuages qui l'obscurcissent, tous les rayons de soleil qui l'éclairent, et les moindres accidents subis par ce «loi qui, chez lui, nous fait aimer toutes ses confidences.

Aussi ne dtrons-nous point avec Pascal : • Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre '. > Car, en cela, il nous fait montre, non de son bien, mais du nôtre. Chacun se reconnaît en lui, comme en un miroir devant lequel toutes les figures se reflètent. C'est qu'une seule personne peut résumer l'espèce, et, selon son expression, • porter la forme entière de l'humaine condition > : or, qui le pourrait mieux que Montaigne? 11 sait le revers de toute médaille. 11 a toisé et jugé en tous sens la scène de la vie, les honneurs, la naissance, la qualité, tous les systèmes, toutes les coutumes? Et voilà le plus bel éloge qu'il mérite; il prête aux aveugles des jeux pour lire dans leur conscience. Or cette clairvoyance qu'il communique devient une des principales causes de l'attrait qu'il nous offre et par lequel il flatte notre vanité. Les uns se persuadent volontiers qu'ils ont des qualités analogues aux siennes; les autres ne sont pas fâchés de découvrir en lui leurs misères, et par suite une illustre excuse. Ainsi, tous ont plus ou moins l'occasion de répéter ce mot de Pascal ; * Ge n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que se trouve ce que j'y vois •.

Le lettré. L'iramaaliite dans le maraUstc, L'art de dler les Anciens. — A cette vocation du psychologue, à cette curiosité de son moi qui fut assez vive pour lui donner le bonheur, au milieu des spectacles périlleux mais si instructifs d'une époque si tourmentée, s'aUiait en lui la passion des lettres. Touché par le souffle de la Renaissance, épris de cette antiquité qui semble sa première patrie, plus sensible que tout autre k cet art de bien dire où il excellait, il rencontre, pour admirer l'éloquence et la poésie, des accents de poète et d'orateur. Nul n'a donc plus voluptueusement goûté les délices du beau; et cependant, lorsqu'il en jouit, il n'y met pas d'ordinaire un désintéressement d'artiste. Nous entendons par là qu'il demande aux maîtres anciens, comme nous-mêmes à son livre, des lumières nouvelles sur la nature humaine, et par conséquent sur son propre cœur : aussi Montesquieu a-t-il eu raison de dire : » Dans la plupart des auteurs je vois l'homme qui écrit, dans Montaigne l'homme qui pense », Les anciens sont pour lui des témoins qu'il interroge sur ce qu'il lui importe de savoir. De là vient qu'il les cite avec taut de complaisance et d'à-propos. Oui,

l'humanité : SES auteurs préférés. 143

leurs maximes sont entrées dans la substance et la moelle de sa pensée : aussi ne foot-ellea que l'éveiller, la continuer ou l'achever; jamais eUes ne l'étoufFent, ni ne la suppléent. Loin de s'en détacher, elles tiennent à ses fibres les plus profondes : on ne pourrait les en arracher sans une sorte de violence. Les grands classiques De se distinguent pas plus de Montaigne que les Pères de l'Eglise ou les Ecritures saintes de Bossuet et de sa parole. Ces teites ne. sont point * fleurs estrangères » ansquelles il n'a fourni t que le filet à les lier > : mais il a c transporté dans son solage (terrain) ces raisons, comparaisons et arguments >, qui se confondent avec les siens. Il fait dire aux Latins, * non à sa teste, mais à sa suite >, ce que le français d'alors, « par foiblesse, ne pourroit si bien signifier », Du reste, quand il emprunte l'idée, l'expression est à lui ; car il imite

< les abeilles qui piUottent deçà, delà les fleurs ; mais elles en (ont après le miel qui est tout leur : ce n'est plus thym, ni marjolaine >. Ajoutons que le gascon y trouve son compte : ' Que le gascon y arrive, si le françoys n'y peut aller! • En

< esloffant ainsi ses discours de ces riches despouilles >, il tient en bride la témérité des censeurs < qui se jettent sur toutes sortes d'escripts : je veux, dit-il, qu'ils donnent une naza^de à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'échaudent à injurier Sénèque eu moi >. Bien fin qui réussirait à ■ le déplumer » !

Ses préféreaces. PlMtspqae, SénèiiMe. S«s bon Iules M>Blr« CIcéroB. II aime les écrivains de déeailence. — Plularque et Sénèque, tels sont en effet ceux qu'il appelle ■ ses hommes >. Curieux et indolent, il les adopte parce qu'ils l'amusent sans le fatiguer. Ils ont toujours soit quelque anecdote pour le distraire, soit des traits piquants pour éveiller un esprit qui redoute l'ennui plus que l'erreur. 11 ne peut se passer de Plutarque, < depuis qu'Amyot l'a fait françois : car il est si universel et si plein qu'à toute occasion, et quelque subject eitriTagant que vous ayez prins, il s'ingère à votre besogne, et TOUS tend une main libérale et inépuisable de richesses et d'erabellissemeats > (1. Il, c. ix). — * Nous aultres ignorants estions perdus, dît-il encore, si ce livre ne nous eut relevés du liourbter : sa mercy {grâce à lui), nous osons à cett'beure et parler et escrire, les dames en régentent les maistres d'eschole;

I C'.oo'{lc

c'est nostre bréviaire > (1. Il, c. iv). Quant h Séaèque, ce qu'il doit apprécier en lui, avec ses doctrines qu'il appelle la • cresme de la philosophie >, c'est sa propre manière, nous ne saTOOS quoi ( d'aigu, qui nous picque et eslance en sursault >, et c'esl surtout sa faculté maîtresse , qui est, selon la remarque de Villemain, l'imagination. On peut dire aussi qu'en général les écrivains de décadence lui agréent par le mordant, l'incisif, les saillies el l'acuité de l'expression. De plus, ils conviennenl, par certaines afïinilés morales, t à un estât trouble et malade > comme le Turent le siècle de Montaigne et aussi celui de Tacite, dont il caractérise en ces termes l'effet sur le lecteur : < Voui' diriez qu'il nous peinct, qu'il nous pince *. Enfin, il ne hait pas en eux les demi-vérités, les idées facultatives qui, selon le mot de M. D. Nisard, excitent l'attention par l'imprévu, mais ne s'imposent pas par l'évidence.

C'est peut-être une des causes qui le rendirent injuste pour Cicéron, chez lequel il rencontre < trop de raisons première^î et aisées », Ses discours lui paraissent « languir autour dw pot : ils sont hons pour l'eschole, pour le barreau et le sermon, où nous avons loisir de sommeiller, et sommes après assez à temps pour en retrouver te fil. Il est besoin de parler ainsi aux juges; c'est un excellent prescheur de commune (commun et pour le commun) », Mais toutes • ces longueries d'apprest » l'impatientent, € S'il a employé une heure k le lire (ce qui esl beaucoup) >, et qu'il se demande c ce qu'il en a tiré de suc, k pluspart du temps, il n'y trouve que du vent ». Ces préfaces, partitions, définitions et ordonnances sont peine perdue; car < il ne lui fault point d'alteichement ni de saulse; il mange bien la viande toute crue, et, au lieu de lui aiguiser l'appètil par ces préparations et avantjeux, on le lui lasse et affadît ». 11 y a dans ce jugement trop de boutades irrévérentes : mais qui ne les préférerait à la routine des opinions toutes faites?

Son style. Le poète dans le proBatenr. L'Ima^lBatlon de H»nt«lgne. — Ces antipathies de nature sont d'un écrivain dont le style • n'est pas tant délicat et peigne comme esloigné d'affectation, desréglé, descousu et hardy, non pédantesque, mais soldatesque >. 11 lui plait même d'imiter cette c débauche qui se veoit en la jeunesse, au port de leurs vestemeats, un

manteim en escharpe, la cape sur une épaule, un bas mal tendu, et qui représente nont^halance de l'art >. De là ses familiarités originales. Veut-il flétrir la corruption présente : * La vertu, dira-t-iJ, n'est qu'un jargon de collège; c'est afflcquet à pendre en un cabinet ou au bout de ta langue, comme au bout de l'oreille, par parement •. Ici, il compare la mort t à une viande qu'il faut engloutir sans mascher, qui n'a (si l'on tCa pas) le gosier ferré à glace >. Là, parlant de la vieillesse et de ses humeurs • épineuses •, il lui reproche « d'attacher plus de rides en l'esprit qu'au visaige >, et regrette qu'en prenant des années, • les âmes sentent l'aigre et le moisy >. Voilà bien celte façon de dire ■ comique et privée qui hait à mort de sentir le flalteur •. Dans ces saillies se reconnaît le goût de terroir, l'accent de cet idiome gascon que Montaigne jugeait i autant nerveux ou puissant que le françois est gracieux, abondant et délicat >.

11 a du reste tous les genres d'éloquence, tantôt i les grâces lendres et mignardes > d'un saint François de Sales, tantôt une énergie et une franchise qui rappellent les premiers sermons de Bossuet, Parfois sa phrase s'abandonne avec une langueur nonchalante; ailleurs elle s'emporte d'un pas court et pressé, par de brusques sursauts. En général, il n'a pas l'expansion »atoir«. Il serait plutôt enclin à la forme coupée. 11 dit, & propos des vers, que < la voix contraincte dans l'estroit canal d'une trompette sort plus aiguë, et plus forte, et qu'ainsi l'idée pressée aux pieds nombreux de la poésie s'eslance plus brusipiement, et nous Sert (frappe) d'une plus vifve secousse >. Il estime que » la bonne expression c'est celle qui frappe ». Il égale, il surpasse ses modèles les plus divers. Il n'est pas une matière que n'égayent ou ne fécondent les nouveautés d'une diction véhémente et abondante, brève et dense, toujours habile à «iIoQcer le trait et à mêler l'ingénieux au judicieux. Celte faculté d'exprimer est son vrai signe d'élection, le sceptre d'or comme disait Sainte-Beuve, qui lui assure l'empire, l'enchanlement qui conserve son étemelle jeunesse. Plus que tout autre, Montaigne nous rend les idées visibles et palpables. Par le intiment et la couleur, sa prose a le charme de la poésie. Quelle invention dans le détaill Quel génie créateur! Sous sa II. — 10

plume, tout s'anime et parle aux yeui. Pour lui, concevoir c'est voir, et voir c'est peindre. Sa pensée ne lui apparaît que sous forme d'images, et toutes faciles, traiispareutes, ioattendues. Entre elles, à peine l'aridité d'un passa^ rapide, c la simple largeur d'un fossé, dit Sainte-Beuve, et le temps de sauter en une fertile prairie où pullulent herbes vivaces, parfums sous l'épine, fleurs qui émaillent, insectes qui chantent, et ruisseaux là-dessous, le tout fourmillant et bruissant >. Ses métaphores se continuent, s'euchalnent, se croisent, s'enchevêtrent avec un luxe qui nargue la pusillanime frugalité des rhéteurs. Il enjambe d'une comparaison à. l'autre, comme un Basque agile, d'un jarret souple et d'un pied leste. C'est à partir du troisième livre surtout que, • la faveur publique lui ayant donné un peu plus de hardiesse * (1. 111, c. ix), il donne carrière à son imagination. Hais déjà comme elle était fertile et vivace dès le premier livre ! Voici, pris au hasard, un exemple, entre mille, de celte inépuisable efflorescence d'images. II s'agit de ces auteurs contemporains qui ne craignent pas d'insérer en leurs écrits des fragments antiques, même au risque d'un périlleux parallèle : « Hier, il m'advint de tomber sur une telle page; j'avois tr&isné languissant après des paroles françotses, si exsangues, si deschamées, si vuides de nature et de sens que ce n'estoit voirement que paroles françoises : au bout d'un long et ennuyeux chemin, je vins à rencontrer une pièce haulle, riche et eslevée jusqu'aux nues. Si j'eusse treuvé la pente doulce et la montée un peu allongée, cela eust été excusable : c'estoit un précipice si droict et si coupé que, dès les six premières paroles, je cogneus que je m'envolais par l'aullre monde ; de là je découvris la fondrière d'où je venois, si basse et si profonde que je n'eus onquespuisie cœur de m'y ravaler, » (L. 1, c. XXIV.) A voir cette série de comparaisons furtives qui se chassent et se remplacent, on dirait un jet qui s'élance d'une source débordante ; il y a même du trop-plein, et le Ilcft fait cascade. Grâce à ces innombrables similitudes qu'évoque une sorte d'inspiration lyrique, les idées les plus abstraites prennent un corps, une àme, vivent et se meuvent sous nos regards. On sent que des visions lumineuses obsèdent l'écrivain ; il ne pourrait procéder autrement, voilà sa façon instinctive de penser;

SES DOCTRINES UTTÉRAIRES. 147

il est sous le coup d'une constante ballucination qui le domine et t'entrai ne.

Le Jtidlcteox dan« l'lB(^l«nx, — Aussi plaindrions-nous

ceux qui, bUmant cette exubérance, voudraient c escourter et esclaircir le branchaige de ce tige foisonnant en trop de gaillar* dise >. Au lieu de lui reprocher, comme fit Pasquïer, c d'estre trop espais en figures >, admirons plutôt ce qu'il ; a de naturel dans ces agréments involontaires : ils sont tels t sur le papier > qu'ils seraient c en sa bouche », dans la verve spontanée d'une causerie. C'est même par là qu'il dilTère de Sénèqne auquel il doit tant. Ses traits lui viennent presque à son insu : il les rencontre sans les chercher, en s'ingêniant; il a l'air de se jouer, de s'ébattre. 11 lui arrive en effet de s'amuser à la bagatelle, aux jeux de mots, et en voici quelques exemples : • Tout ce qu paist ne plaist pas. — La maladie se sent; la santé peu ou point, ni les choses qui nous oignent, au prix de celles qui noua poignetU. — Les haires ne rendent pas toujours hères ceux qui les portent. > Haïs comme ce serait se méprendre que d'y soup' çonner les coquetteries préméditées d'un bel esprit. Par exemple, quand il compare un métaphysicien à l'insensé qui t voudroit empoigner l'eau, et perdroit d'autant plus qu'il la serreroit et presseroit davantage », il ne vise qu'à rendre son opinion sensible au lecteur te plus simple. Il en est de même lorsque les amitiés molles et indiscrètes lui paraissent semblables • au lierre qui corrompt et ruyne la paroi qu'il accole >, ou bien quand il dit que la vraie science devrait être modeste i comme onveoit les espis tes plus chargés de blé s'incliner le plus bas vers le sillon •. Ce ne sont pas là des ornements, mais des arguments; car il ne songe point aux mots, mais aux choses. En cela il est comme son ami Horace, dont il disait : • Il ne se contente poinct d'une superficielle expression : elle le trahiroit; il veoit plus clair et plus outtre dans les choses. Son esprit crochette et furette tout le magasin des mots et des figures pour se représenter, et les luy fault oultre l'ordinaire, comme sa conception est oultre l'ordinaire. » (L. 111, c. v.)

Sea doctrines littéraires snr l'éloqaence et le bIjIc. — Comment en serait-il autrcment?ll n'est pas homme àdémentir son propre goût. Or écoutez sa profession de foi littéraire ;

€ Il en est de si sots, qu'ils se destoumeat de leur vo;e ua quart de lieue, pour courir après un bon mot. Je tors bien plus Tolonliers une bonne sentence, pour ta coûtdre sur mo; que je ne destoume mon fil pour l'aller quérir. Au rebours, c'est aux paroles à servir et à sujrre; et que le gascon y arrive, si le françois n'y peult aller. Je veulx que les choses surmontent, et qu'elles remplissent de façon l'imagination de celuy qui escoulc qu'il n'aye aulcune souvenance des mots. > (L. I, c. xxiv.) Aussi mérite-t-il une bonne pari de cet éloge qu'il Ht des anciens : c Lcflr langaige est tout plein et gros d'une vigueur naturelle et constante. Quand je veois ces braves formes de s'expliquer, si vifves, si profondes, je ne dis pas que c'est bien dire, je dis que c'est bien penser. C'est la gaillardise de l'imagination qui eslève et qui enfle les paroles. » A cette école, devenu maître à son tour, comment donc Montaigne ne nous apprendraitil point € à faire fy de l'éloquence qui fait envie de soy •, et non de la vérité? Il a le droit de dire: « Que nostre disciple soit bien pourveu de choses; les paroles ne suyvront que trop; il les traisoera, si elles ne veulent suyvre. Qui a dans l'esprit une vifve imagination et claire, il la produira soit en bergamesque, soit par mines, s'il est niuel. • (L. I, c. xxv.)

n est eréstenr de sa langae. -^ Ce style si personnel ne pouvait naître que dans la pleine liberté du xvi' siècle, d'un temps où il n'y avait pas assez de règles pour garrotter un génie indépendant, pas d'assez hauts exemples pour le contraindre, pas de critiques assez autorisés et inquisiteurs pour l'effrayer ou le décourager. Il put ainsi s'appartenir, et prendre ses coudées franches. Les obstacles lui devinrent des moyens; et, tout en estimant à son prix une sorte de langue centrale qui tendait à s'établir, celle de du Bellay ou de Ronsard en vers, celle de Pasquier en prose, il créa son idiome à son image. S'aJdant de tous les secours offerts soit par le fond national, soit par le vocabulaire antique, les dialectes provinciaux ou tes gloesaireti t«chniques, il parla comme il sentait, et mit toujours du sien en tous ses emprunts. A son premier appel répondent des mouvements soudains, des tours vifs et hardis, de saisissantes hyperboles, des alliances de mots toutes neuves, et des locutions populaires, qui, par ruse ou violence, triomphent de toutes

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