‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 112 sur 411 · I! y en avait cinq pour certaines affaires · texte numérisé non relu

I! y en avait cinq pour certaines affaires

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des sentences et arrêts contre vous. Le clerc du rapporteur soustraira des pièces, ou le rapporteur même ne dira pas ce qu'il a vu. Et quand, par les plus grandes précautions du monde, vous aurez paré tout cela, vous serez ébahi que vos juges auront été sollicités contre vous ou par des gens dévots, ou par des femmes qu'ils aiment. Eh ! monsieur, si vous le pouvez, sauvez-vous de cet enfer-là. C'est être damné dès ce monde que d'avoir à plaider ; et la seule pensée d'un procès seroit capable de me faire fuir jusqu'aux Indes'. » Le mal était si invétéré, si profond, que Louis XIV entendit les plaintes de la colère publique; et V Ordonnance civile d'avril 1667 essaya de leur donner satisfaction. Racine fut donc, peut-être sans le vouloir, un auxiliaire de la bonne volonté royale.

Il n'y eut pas moins d'à-propos dans les traits malins qu'il lançait contre les avocats. L'Intimé ne paraîtra pas une caricature trop burlesque, si on rapproche son discours de tel ou tel plaidoyer contemporain, par exemple de celui qu'en 1673, cinq ans après la pièce de Racine, Omer Talon prononçait en plein Parlement pour les héritiers de Mlle de Canillac. Il débute ainsi : « Au chapitre XIII du Deutéronome, Dieu dit : Si tu te rencontres dans une ville où règne l'idolâtrie, mets tout au fil de l'épée, sans distinction d'âge, de sexe, ni de condition ; rassemble dans les places publiques toutes les dépouilles de la ville, briàle-la tout entière, et qu'il n'en reste plus qu'un monceau de cendres. Si audieris in unâ urbium, etc. Le procès ayant été fait à Naboth, quia maledixerat rcgi, le roi- Achab se mit en possession de son héritage. David, étant averti que Miphisboseth s'éloit engagé dans la rébellion donna tous ses biensàSiba qui lui en apporta la nouvelle. Tua sint omnia quœ fuerant i]ripliid)ose//i...» A la même époque, un autre avocat, plaidant pour sa fille, qui demandait une séparation de corps, s'écriait :

1. Fourberies de ticapin; .icle II, scène viii. Ce. rciinisitoire est confirme par ce trait de La Brujfcrc: « Le devoir dos jiiRcs est de rendre la justice, leur métier de la différer; f|ucl(|ucs-un8 savent leur devoir, et font leur métier. » Dans le 5* acte de son JUrrrure fini n ni, Vnrcl'Mc met on scène deux cixiuins du Palais, M' ïjangsuc «l M" brigaudeau.

« Verum est dicere; oui, Messieurs! c'est bien vrai ; oui, ma fille est heureuse et malheureuse tout ensemble, heureuse quidem d'avoir trouvé un époux distingué par sa naissance, malheureuse autem de ce que ce gentilhomme a renversé sa fortune par sa mauvaise conduite ; en sorte que ma fille se trouve réduite à mendier son j)ain, ce pain que les Grecs appelaient apxov. » Mais on n'en finirait pas si l'on voulait énumérer ces citations d'exordes pédants et tous farcis de textes sacrés ou profanes. C'en est assez pour prouver que Racine n'a guère forcé la note, en livrant au rire ce qui était ridicule. La poursuite dirigée par Petit-Jean contre le chien Citron ne semble même pas trop invraisemblable pour qui songe à tant de procès intentés à des animaux jusqu'au milieu du seizième siècle ^

Racine n eut guère que des visées littéraires. Jugement sur i'ensenible de l'œuvre. — Mais, en imaginant cette bouffonnerie. Racine ne pensait point à notre moyen âge : il voulait tout simplement imiter Aristophane, comme il l'a fait soit dans l'exposition', soit dans la scène

1. En 1545, la ville de Saint-Jean en Savoie adressa une plainte à l'official de Saint-Jean-de-Maurienne contre des charançons qui dévoraient les récoltes. Interrompue parla disparition des accusés, l'alTaire resta pendante jusqu'en 1587. Au diïhuitième siècle, dans une lettre écrite de Naples à Mme d'Épinay, l'abbé Galiani parle de deux chiens condamnés à mort par autorité de justice, et exécutés par la main du bourreau, pour avoir mordu un enfant. (Voir l'édition des Plaideurs par M. Bernardin.)

2. Dans l'ouverture des Guêpes, on voit deux esclaves Sosie et Xanthias faire sentinelle devant la maison de Philocléon, leur maître, qu'ils gardent, par ordre de son fils Bdélycléon, pour l'empccher d'aller juger. « C'est la passion du bunliomme : s'il n'occupe pas le premier banc au tribunal, il est désespéré »

Tous les jours le premier au plaid, et le dernier. (Racine.)

«... Son coq l'ayant réveillé trop tard, c'est, dit-il, que des accuses l'auront gagné à prix d'argent. »

Il fit couper la tète à son coq, de colère, Pour l'avoir éveillé plus tard qu'à l'ordinaire. Il disoit qu'un plaideur dont ran"aire alloit mal Avoit graissé la patte ."i ce pauvre animal.

— Philocléon s'enfuit par les .ffoi:tt'crcs et les lucarnes. «On bouche, on calfeutre lout; mais lui, il enfonçait des bâtons dans les murs, et sautait d'échelon en échelon,

où Léandre, cherchant à convertir Perrin Dandin, lui propose de tenir ses audiences en famille, sans sortir de chez lui '. Ces rapprochements, nous ne pouvons que les indiquer. Sous ces analot^ies éclateront les dilVérences de conception et d'exécution. Il faut hien dire qu'elles sont à l'avantage du poète athénien, dont la satire sociale a été réduite aux proportions d'une satire littéraire. C'est du Boileau en dialogue et en action. A la folie de tout un peuple se substitue celle d'un particulier. Philocléon se ciiange en Perrin Dandin, et Bdélycléon en Léandre amoureux d'Isabelle. Le cadre se rétrécit donc singulièrement ; mais il admet pourtant de nouvelles figures, celles de Ghicaneau et de la comtesse de Pimbêche, deux enragés qui font pendant au juge endiabl'; : car c'est aux Plaideurs que la pièce emprunte son titre, et le sujet semble avoir été retourné. L'ensemble est amusant, mais surtout par les détails : on y trouve non l'intérêt, mais le style de la comédie. Les travers des personnages sont trop poussés à l'extravagance, l'intrigue nous laisse froids, et n'est qu'un prétexte à des épisodes divertissants ; mais, en dépit de ces faiblesses, et malgré les changements opérés dans les habitudes judiciaires, un tour alerte, et la franchise d'un esprit qui n'a pas vieilli font vivre encore celte bou-

comme une pie. » On en est réJuil à tendre des filets au-dessus de toute la cdur. Alors, il s'avise d'un autre arlilice ; et, nouvel Ulysse, se suspend au ventre d'un âne, pour s'échapper de sa prison. — Uien de plus vif que cette variété d'inventions. C'est Comme un jet continu d'élincelanles métaphores, et de lines parodies.

t. LlJANDIIj:.

Un valet manque-t-il de rendre un verre net? Condamnez-le à l'amende, ou, s'il le casse, au fouet.

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