I. — Faits historiques
Occasion d'Athalie. — Athalie, comme EslheTy fut composée pour la Maison de Saint-Louis. Racine prit la plume
quelque temps après les brillantes représentations' qui « l'avoient mis en goût, » comme dit Mme de Gaylus, et la pièce était achevée dans l'hiver de 1690-1691. Dès le mois de novembre 1690, il en lisait des fragments chez le marquis de Ghandenier. Ces auditeurs privilégiés s'attendaient à un triomphe, mais il n'en fut rien ; car les circonstances ne s'y prêtaient plus. On sait en effet que, malgré sa bonne volonté, Mme de Maintenon dut se réduire à de simples récitations privées de tout éclat. La faute en fut aux inconvénients de ces fêtes qui avaient trop encouragé des pensées mondaines, et peu compatibles avec la modestie d'une éducation chrétienne. Des alarmes s'étaient éveillées, surtout depuis le jour où l'abbé Godet des Marais, sulpicien d'une piété solide, mais ombrageuse, dirigeait la communauté de Saint-Cyr. Dès ses premières visites, il condamna ces spectacles qui appelaient sur des jeunes filles les regards et les applaudissements d'une cour pleine de séductions. Une réforme fut donc jugée nécessaire*, et Racine ne trouva plus qu'une hospitalité précaire dans le dernier asile ouvert à son génie converti.
Conditions peu favorables au succès. — On n'autorisa que trois représentations, et cela non sans peine. Encore eut-on soin d'éviter tout retentissement qui pouvait en trahir le secret. Malgré ce huis-clos, l'accueil ne fut pas aussi tiède qu'on le dit généralement. Admis à l'une de ces séances, Boileau n'écrivait-il pas à Racine* : « Quoique les élèves n'eussent que leurs habits ordinaires, tout a été le mieux du monde, et a produit un grand effet. Le roi a témoigné être ravi, enchanté. Pour moi, trouvez bon que je vous répète que vous n'avez pas conçu de meilleur ouvrage. » Cependant le silence se lit bientôt sur une pièce qui fut