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POIITUAIT lilOGRAriilQUE
ïi» premît-rc oiefan**?. L'E^itiilc <1ii seîï:j«^ine sh^cle. Le T.ntiniste proooee. — Né Ic 28 février 1533, entre onze lieures et midi, au château de Saint Michel de M()ntai<:;nc, dans le Pûrigord *, l'autour des Essais apiuirtenait à une famille de noblesse, originaire d'Angleterre. Pierre Eyquem, son père, loyal écuycr, après avoir servi dans les guerres d'Italie et d'Espagne, devint successivement premier jurât de Bordeaux en 1530, sous-maire eu 1536, jurat en 1540, procureur de cette ville en 1546, et cnlin maire, de 15:.'3 à 1556. Homme excellent, dont les idées avaient un t(>iir de philanthropie original au seizième siècle, il voulut que son fils fût tenu sur les l'onls de baptême par des gens « de la plus abjecte fortune », pour lui apprendre plus tard à ne mépriser personne. Puis, afin de « l'attacher à ceux qui ont besoin d'ayde ». et do « le drosser à la plus commune façon de vivre », il le fit d'abord nourrir au village chez un do ses plus pauvres paysans, non sans prendre soin « d'eslcvcr sou àme eu
1. Airondiss'inonl (le l!nriî<'rac, ranlon de VélincR, Dordoîne. Sou père avait eu neuf curants, six garçons «t trois nUes. Micliul était iio lo troisicmo.
toute doulceur et liberté, sans rigueur et contraincte ». Il eut même pour lui des tendresses plus que maternelles. De peur de troubler par un trop brusque sursaut des organes encore tendres, sa sollicitude n'allait-elle pas jusqu'à faire éveiller le bambin au son de quelque instrument?
Il semble vraiment que sa vigilance ait pressenti l'avenir d'un esprit qu'il craignait de déformer : car il lui épargna tout laborieux effort, et lui déroba l'étude sous l'apparence d'un jeu. Presque dès le berceau, l'enfant fut confié à un maître allemand, tout à fait ignorant du français, mais très versé dans la connaissance du latin, et qui eut l'ordre de ne lui parler qu'en cette langue. Quant aux autres serviteurs de la maison, ils durent aussi «jar- 'gonner avec lui » de la même façon. « Nous nous latinisâmes tant, dit plus tard Montaigne, qu'il en regorgea jusques à nos villages tout autour, où il y a encore, et ont prins pied par l'usage, plusieurs appellations latines d'artisans et d'utils '. » Cet idiome lui devint si naturel que, longtemps après, dans ses plus vives émotions de joie et de douleur, il lui arrivait d'exprimer ses sentiments involontaires par des exclamations latines. — Pour ce qui est du grec^, il le pratiqua « sous forme d'esbat, pelotant ses déclinaisons, à la manière de ceulx qui, par certains jeux de tablier*, apprennent l'arithmétique et la géométrie. » Bref, on l'invitait à goiiter la science, comme le devoir, par son propre désir, sans forcer sa volonté : éducation qui provoqua ses penchants à suivre sans secousse et voluptueusement leur pente naturelle.
Le collègue. Haine de la scolastiti ue. — \ers l'âge de six ans, il lui fallut pourtant quitter le foyer domestique pour s'en aller au collège de Guienne, en une de ces a geôles de jeunesse captive », où l'on tient quatre ou
1. D'oufiis. Il ajoute qu'à l'âge de six ans il savait le latin à ce poi'it que les meilleurs latinistes du temps « craigiioient à l'accoster. » N'y a-t-il pas là quelque gasconnade? En revanche, il n'entendait pas plus le français « que le périgoidiu ou l'arabesque ».
2. Il avoue qu'il « n'en a quasi du tout point d'intelligence. »
3. Ce sont des jeux qui, comme les dames, se jouent sur des planchettes divisées en petits carrés.
cinq ans « des latineurs à entendre des mots, et à les couldre en clauses ». 11 y compta, parmi ses maîtres, des savants de renom, Nicolas Grouchy, Guérente, Georges Bnchanan et Marc -Antoine Muret*; mais, au-dessous d'eux, que de pédants « aux trongnes etlroyaLlcs, enivrés en leur colère! » Aussi gardera-t-il de ces années ingrates un souvenir amer et irrité. Combien il dut regretter sa première indépendance, et l'habitude de tout faire en pleine franchise, de tout dire avec fraîcheur et gaieté! Il se représente alors « si mol et si endormi qu'on ne le pouvoit arracher de l'oisifveté w, pas même pour le jeu. Cependant « soubs cesie complexion lourde, il nourrissoit des imaginations hardies et des opinions au-dei^sus. de son aage «. Malgré « une appréhension lardifve, une invention lasche, et un incroyable défault de mémoire 3), son âme « ne laissoit pas d'avoir à part soi des remuements fermes, et des jugements seurs, ouverts autour des objects qu'elle cognoissoit >•■. Il confesse aussi que « sa nature resvcuse le rcliroil à soi, non pas mélancolique, mais songe-creux ». Il aimait « une vie glissante, sombre et muette ». Il lui arrivait même de « s'entretenir des imaginations de la morl, jusqu'en la saison la plus licencieuse de son aage ». — Le sens littéraire s'éveillait en lui par la lecture d'Ovide et de ses Métamorphoses ; puis « il enfila tout d'un train « VÉnékle, Térence, Plante, et les comédies italiennes « qu'il gourmandoit ^ à la desrobée » : sans quoi « il n'eust rapporte du collège que la haine des livres ». Son précepteur tolérait toutes ces fantaisies du fruit défendu. Mais la règle avait beau s'adoucir, « ce n'en estoit pas moins toujours collège »; et, accoutumé à c marcher le pas qu'il lui plaisoil », il fut heureux de reprendre sa liberté, vers sa treizième année.
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— Comme sa famille le destinait à la robe, il commença
1. Grouchy écrivit un livre sur les comiccx des Romains. Gucrcnle commentait Aristote. Fiuclian.in «'vrivitum: llislairc d'Ecosse, des Poésies et Traijcdics iatiues Miirei fut 1111 des plus célèbr. s cinlrunicns du scizicmo sicclci
U. (Ju'il déguïlail vD guuruiand.
le Droit. ^ et « s'y plongea, dit-il, jusqu'aux oreilles ». Mais c'était retrouver encore ce jargon barbare, et cette rcitine qui étoulïait alors l'esprit des lois sous un chaos de gloses et de commentaires. Toute cette période de sa jeunesse échappe à notre enquête. Nous savons seulement qu'il fut, en 1554, pourvu d'un office à la Cour des Aides de Périgueux, qui, par suite d'un conflit d'attributions engagé avec la Cour de Montpellier, finit par être transférée à Bordeaux en mai 1557, puis incorporée au Parlement de cette ville, le 14 novembre 1561 '. En 1559, nous constatons aussi la présence de Montaigne à Bar-le-Duc, près de François II, et, l'année suivante, à Rouen, où était déclarée solennellement la majorité de Charles IX. Le chancelier de l'Hôpital l'honorait déjà de sa confiance, et les femmes les plus distinguées de ce temps ^ entretenaient avec lui un commerce d'esprit. S'il connut peu la passion, et se défia de ses troubles, il goûta les délices de l'amitié, sentiment dont la chaleur moins téméraire et moins fiévreuse convenait à un cœur rassis et tempéré. Ce fut par hasard, « en une grande fesle et compaignie de ville ^"^ vers 1556, qu'il rencontra pour la première fois Etienne de la Boétie; et, aussitôt cette entrevue, ils se trouvèrent « si prins, si cogneus, si obligez entr'eux que rien dès lors ne leur feut si proche que l'un à l'aullre^ ». C'est lui que Montaigne appelait « le plus grand homme de son siècle ». C'est de lui qu'il écrit : « Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois, je sens que cela ne peult s'exprimer qu'en répondant : parce que c'estoit lui, parce que c'estoit moi. » Aussi se cherchaient-ils, avant de s'être vus, et ce comme par quelque ordonnance du ciel ». Mais trop courtes furent ces joies : car l'auteur de la Servitude volontaire mourut bientôt, à l'âge de trente-deux ans; deuil cruel pour le frère qui lui survivait : ce lui fut
C'est ce que prouve M. Bigorie de Laschamps, d'après les registres secrets du Parlement de Bordeaux.