‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 32 sur 411 · Edouard Fournier. Notes sur la vie de Corneille · texte numérisé non relu

Edouard Fournier. Notes sur la vie de Corneille

furieuses. Elles coururent sus aux commis, démolirent leurs maisons, et pendirent tous les agents dont elles purent s'emparer.

De tels attentats, Richelieu n'était pas homme à les souffrir, surtout dans une province qui regrettait ses ducs, et sous les yeux de l'Anglais toujours prompt à profiter de nos troubles.

Il donna donc pleins pouvoirs au chancelier Séguier, qui, accompagné d'une petite armée, partit pour châtier les rebelles, et faire respecter les édits. Quelques jours après, en dépit d'une députation suppliante, Rouen, traitée comme une ville prise d'assaut, dut payer une amende d'un million quatre-vingt-cin([ mille livres. Son conseil municipal fut dissous, son lieutenant au bailliage fut révoqué : son parlement et sa cour des aides se virent frappés d'interdit ; vingt-quatre factieux périrent sur la roue ou par le gibet, et vingt-deux des plus notables furent condamnés au bannissement perpétuel. L'hôtel de ville eût même été rasé, si le cardinal ne lui avait fait grâce.

C'est en présence de ces événements que Corneille, avocat aux sièges généraux de l'amirauté, et ayant, à ce titre, droit d'assister aux séances du parlement, rencontra dans Sénèque une grande leçon de clémence qui pouvait devenir un magnifique plaidoyer en faveur des proscrits parmi lesquels il comptait des amis, et peut-être des parents. Est-il donc téméraire de croire qu'en évoquant un souvenir antique si bien approprié aux vœux de sa cité natale, il fut animé par l'espérance de fléchir la colère d'un ministre* aussi puissant qu'Auguste? Les émotions qu'éprouva, dans cette crise, le témoin de ces représailles terribles , purent du moins inspirer à son génie des accents dignes de vivifier juelques-unes de ses plus belles scènes,

L.'es|irit frondeur. — Il y avait d'ailleurs un à-])ropos plus général encore dans les dispositions du public (|ui allait applaudir ce nouveau chef- l'œuvre. Car « ses premiers spectateurs furent, comme dit Voltaire, ceux (jui combattirent àLaMarfée, et firent la guerre de la Fronde. » Les idées que développait ce drame, ses discussions poli-

tiques sur la meilleure forme de gouvernement, l'espèce de gloire qu'il attachart au courage ou à l'habileté des conspirateurs, tous ces tableaux de faction devaient donc plaire à des esprits occupés de ces intrigues qui produisirent l'explosion d'une guerre civile. Aussi le succès de Cinna fut-il très-retentissant ; mais il n'eut pourtant pas les conséquences que désirait son auteur. Car Richelieu ne se laissa point tenter par la magnanimité d'Auguste, et l'éloquence de cette indirecte supplique n'empêcha nullement le cours des sévérités nécessaires.

Jouée en 1640, plusieurs mois après Horace qui est du 9 mars de la même année, imprimée le 16 juin 1642, avec cette épigraphe :

...... eut lecta patenter erit res,

Nec facundia deseret hune, nec lucidus ordo ',

cette pièce est, dans le théâtre de Corneille, celle qui, de son vivant, fît le plus de bruit ^ Elle fut dédiée à Pierre du Puget, seigneur de Montoron , receveur général de la province de Guienne, sorte de Mécène dont les libéralités ne justifient pas des éloges trop emphatiques, qui font aujourd'hui sourire la postérité.

Le sujet fut emprunté au traité de la Clémence^ composé par Sénèque pour l'édification de Néron. Il fait remonter cette aventure au séjour d'Auguste dans les Gaules. Or Dion Gassius, qui la raconte aussi, en transporte la scène à Rome. Si cette contradiction et le silence de l'histoire nous autorisent à élever des doutes sérieux sur la réalité d'un événement inventé peut-être, ou du moins trèsembelli par l'imagination des rhéteurs, Corneille l'a fait entrer de vive force dans le domaine des légendes acceptées.

1. Celui qui aura choisi un sujet approprié à ses forces ne manquera m d'éloquence, ni d'un ordre lumineux, (f/oroce.)

2. L'abbé de Pure la parodia dans une brochure intitulée Boileau ou la clémenre de M. de Colbert.

3. Liv. I, chap. ix. Cette page a été traduite par Montaigne en ses Essais, chap xxiu.

Analyse de la pièce. — Une rapide analyse de cette pièce fera comprendre .omraent une simple conversation, citée par un philosophe, est devenue le germe d'une tragédie.

Acte /«'". — Le poëte suppose qu'Emilie, fille de Toranius, tuteur et victime d'Octave, aspire à venger son pèie, malgré les bienfaits d'Auguste qui la traite comme sa fille adoptive. Aimée de Cinna, petit-fils de Pompée, elle ne donnera sa main qu'au meurtrier de l'ancien triumvir. C'est ce que nous apprend un monologue * qui sert d'ouverture à la pièce. Engagé par sa passion dans un complot ourdi contre l'empereur, Cinna raconte comment ses éloquentes invectives ont exalté la fureur et l'enthousiasme des conjurés qui viennent d'arrêter l'exécution de leur dessein. Le jour, l'heure, le lieu, tout est convenu. Déjà les deux amants s'applaudissent d'un triomphe prochain, lorsque César mande auprès de lui Maxime^ et Cinna. Seraient-ils donc découverts ou trahis? Après des protestations de dévouement et de courage, ils obéissent, non sans crainte, à l'appel du prince.

Acte II. — Leurs alarmes étaient mal fondées. Car Auguste, las du pouvoir et de ses périls toujours renaissants, ne voulait que consulter ses plus chers confidents sur son projet d'abdiquer, et de rendre à Rome sa liberté. Mais Cinna l'en dissuade; n'écoutant que les intérêts de son cœur, il démontre que, pour vivre en paix, le monde a besoin d'un maître. Maxime est d'un avis contraiie, et ses conseils l'eussent emporté, si les instances de Cinna ne décidaient Auguste à sacrifier son repos à la sécurité de l'cmjjire. Il gardera donc la tonto-puissaiice ; et, pour récompenser le zèle de ses familiers, il donne à l'un le gou vernement de la Sicile, à l'autre la main d'Emilie.

!. Ule y dévoile son Ame à Fulvie, sa confidenle.

9. Familier d'Auguste, il est aussi dans le secret du complot.

CORNEILLE. Cl

Acte III. — Cependant Maxime, qui aime aussi la fille de Toranius, s' apercevant qu'il va servir la cause d'un rival, se prête, par jalousie, aux suggestions d'Euphorbe, son affranchi, qui l'engage à dévoiler le complot pour perdre Ginna. En même temps, celui-ci, revenu de sa première surprise, sent le remords entrer dans son âme. A mesure qu'approche le moment critique où il faut agir, ses hésitations redoublent ; car il a honte et remords de sa noire ingratitude. Si du moins il pouvait fléchir Emilie 1 Mais non : il la trouve implacable .; et, humilié par d'ironiques reproches, trop faible pour étouffer sa passion, il se laisse arracher la promesse de tuer son bienfaiteur, sauf à tourner ensuite contre lui-même une arme parricide.

Acte IV. — Averti par Euphorbe du crime qui se prépare*, Auguste, après un premier éclat de courroux, fait un retour sur sa vie passée. Ses propres violences n'ontelles pas justifié la haine et la perfidie ? Mais si sa conscience absout ses ennemis, son indignation les condamne. Il reste donc indécis entre le châtiment et le pardon, lorsque Livie, qui jusqu'alors n'était pas entrée en scène, l'invite à désarmer par la clémence des inimitiés qu'exaspère la rigueur. Tandis qu'il se retire en faisant appeler Ginna, Emilie, qui commence à s'inquiéter, voit tout à coup paraître Maxime qu'elle croyait noyé dans le Tibre. Il ressuscite pour tomber à ses pieds, et lui proposer de s'enfuir avec lui. Comprenant alors que tout est perdu par les lâches manœuvres d'un traître, elle le repousse avec mépris, la rage au cœur.

Acte V. — Le dénouement, qui ne le connaît? Ginna est devant Auguste qui lui commande de s'asseoir, et de ne l'interrompre ni d'un mot, ni d'un geste. Il s'y engage ; mais, sur l'accusation d'assassmat, le voilà qui se récrie. Réduit impérieusement au silence par un juge qui l'accable de preuves sans réplique, et l'écrase de son mépris, il essaye en vain de se relever par une bravade, lorsqu'É-

1. Euphorbe annonce même que M.ixiine, scd inaiUo, s'est jeté dans le Tibie, pour se punir is sou crime.

62 CORNEH-LE.

mille arrive pour revendiquer l'houneur du complot, sauver son amant, ou périr avec lui. Durant le combat de générosité qui s'engage entre les deux complices, Maxime survient à son tour, et confesse tous ses crimes. C'est alors que, dans un sublime élan, Auguste prononce les vers magnifiques qui firent pleurer le grand Gondé '. Emilie ellemême se sent vaincue ; et, saisie d'un prophétique transport, Livie présage à son époux la longue sécurité d'un règne pacifique et glorieux.

Le véritable sujet de Ciniia. L'action, ses ressorts. Y a-t-il ici unité d'intérêt ■•? — Du résumé qui précède nous conclurons que la clémence d' Auguste e^i le véritable sujet de la pièce, et que le principal intérêt ne s'attache point aux personnages de Ginna ou d'Emilie, dont l'amour et la fureur ne sont qu'un moyen de faire valoir une figure héroïque. Tout d'abord, on pourrait s'y tromper. Gar, durant le premier acte, si franchement républicain, on se livre sans partage aux vœux formés par le petit-jBls de Pompée et l'amant d'Emilie contre un usurpateur qu'il représente comme le bourreau des Romain?;. Mais, à partir du second acte, nos sympathies commencent à se déplacer. Elles se déclarent pour le souverain qui, menacé par des perfides, est bientôt absous non-seulement par ses remords et sa grandeur d'âme, mais par son indigne ennemi dont le discours insidieux vient de légitimer son pouvoir comme un bienfait, d'excuser ses cruautés comme nécessaires, et d'exalter ses vertus comme la sauvegarde de la paix publique. Ces sentiments sont encore avivés par la confiance ([u'Auguste témoigne à des traîtres, et par les grâces qu'il leur prodigue. Dès lors, iJ n'est plus possible de voir dans leur cause l'intérêt de la libi-rlé, puisqu'il dépendait de leurs conseils qu'elle fût rétablie sans violence.

Dans le troisième acte, l'intrigue se complique et se noue, ra;)is par une combinnison (|ui n'est point à l'abri de la critique. Car, pour rendre vraisemblable la découverte du complot, Corneille use d'un fâcheux ressort, lorsqu'il ima-

I. Lp grand Coi.dé plnoruiil aux vers du grand Corneille. (Toifaire.)

gine l'amour subit de Maxime, et nous le montre délibérant sur une action infâme, en homme prêt à l'accomplir» Outre que le délateur de Ginna a peu de chances de conquérir ainsi le cœur d'Emilie, cet incident refroidit l'action et répugne singulièrement au spectateur.

Ce défaut s'aggrave dans l'acte suivant, où Maxime, après avoir dénoncé ses complices par l'entremise d Euphorbe, et publié même le bruit de son trépas volontaire, ose se présenter à Emilie pour lui apprendre que tout est découvert, que l'empereur a mandé Ginna, et qu'elle est ellemême en péril, si elle ne consent pas à se laisser enlever par un sauveur épris de sa beauté. Jamais déclaration d'amour ne fut plus malencontreuse. Inconvenante et ridicule, cette offre de son cœur conviendrait mieux à une comédie qu'à une tragédie. Aussi, devant ce piège grossier, chacun de nous est- il tenté de dire avec Emilie :

Maxime, en voilà trop pour un homme avisé.

Mais ces fautes, le cinquième acte suffit à les réparer . car le sublime les efface, ou les fait oublier. En'admirant cette tragédie si française par l'alliance de la politique et de la passion, et si romaine par la majesté de son éloquence pratique, on ne peut donc que répéter ces paroles de Balzac écrivant à Corneille : « Vous avez retrouvé ce que Rome avait perdu dans les ruines de la république, sa noble et magnanime fierté...; vous êtes le fidèle interprète de son esprit et de son courage... Aux endi'oits où elle est de brique, vous la rebâtissez de marbre, et je prends garde que ce que vous prêtez à l'histoire est toujours meilleur que ce que vous empruntez d'elle. »

Les caractères. — Octave et Auguste. — C'est dire que Corneille a transfiguré son héros. Pour y réussir, il n'avait du reste qu'à suivre le courant d'une popularité qui, chez nous, depuis la Renaissance, s'était établie à l'état de tradition incontestée ^ Mais il contribua plus que tout autre

i. La popularité d'Auguste date de loin. Ses successeurs le rendirent cher à la mémoire da peuple, les uns par leurs hommages, les autres par leurs

à la fortune d'un nom* qui, au dix-septième siècle, souj Louis XIV, devait être comme le symbole de la gloin littéraire décorant les fastes politiques d'une souveraineté bienfaisante^.

Ce n'est pas que le poêle ait dissimulé les cruautés d'Octave; car Ginna fait une peinture patliétiijue, bien qu'un peu déclamatoire, des massacres qui ensanylantèrent les premiers degrés du trône impérial. Sa rhétorique se déchaîne contre les crimes qu'il reproche

A ce tigre altéré de tout le sang Romain.

Il énumère tous ces funestes souvenirs :

La perte de nos biens et de nos libertés, Le ravage des champs, le pillage des villes, Et les proscriptionSj et les guerres civiles.

Mais, outre que son réquisitoire est suspect de prévention, ce n'est pas sans raison que Salluste a dit: Plerique mortales postrcma meminêre^. Aussi, sachant bien que les dernières impressions sont toujours les plus vives, Corneille a-t-il reculé dans une lointaine perspective ces sinistres préludes du régime nouveau, dont il veut réhabiliter l'avénement par des vertus auxquelles il réserve le premier plan, et qu'il attribue, non, comme il convient peut-être, à des calculs habiles, mais à la modération et au patriotisme d'une âme digne de commander au monde, parce qu'elle se commande à elle-même.

crimes. Les chrétiens honorèrent en lui le prince sous lequel était né le Christ. Charleniagne vit en lui l'idéal du souverain. Au quinzième et seizième siècle, tous les lettrés, surtout Montaigne, célébrèrent sa louange. Au di.\-sepliènie Saint-Évremond l'admire avec une sorte de tendresse.

1. Ce ne sera pas la (ieinière fuis que, chez nous, un poète fera la fortune d'un nom p()lilii|ue, et lui assurera cuninie une légende populaire.

•i. Ses vertus furent calcul et aiipaience. Ou sait qu'Auguste habitait, sur le Palatin, la maison d llorlensius. Il y vivait simplement. Ses vêtements étaient filés |)ar sa femme, sa sœur et ses petites-filles. Sa table l'ut Irès-solire. « Il n'est pas de Jui<", écrivait-il, qui jeune plus rigoureusement le jour du sabbat que je n'ai fait aujourd'hui. » Il dînait souvent avec une once de pain et des raisins secs. Il Ql raser un palais trop somptueux qu'avait fait construire sa petilc-fille .inlic.

3. • Les hommes ne se souvienneut le plus souvent que des dernières inipresiiioDs. >

C'est ainsi que le tyran du premier acte devient, au second, un sage assez supérieur à l'ambition pour dédaigner un pouvoir qui lui a coûté trop cher. En paraissant prêt à s'en dépouiller volontairement dans l'intérêt public, il semble mériter plus que jamais le rang suprême, et se t'ait presque pardonner le rôle qu'il joua dans les guerres civiles, par la gloire d'avoir porté remède à leurs maux. Sans souscrire à cette amnistie, nous devons signaler du moins, comme une des nouveautés de notre littérature, ces scènes où Corneille interprète en homme d'État une des plus mémorables révolutions de l'histoire. Dans ses Réflexions sur les divers géjiies du peuple romain^ la sagacité de Saint-Evremond ne sera pas plus pénétrante, et Montesquieu lui-même ne renierait point un tel devancier.

Mais, ne voyant ici qu'une situation morale, admirons l'art d'une apologie qui commence par solliciter notre indulgence, et finit par ravir notre enthousiasme. Ce qui oontribue le plus à nous réconcilier avec Auguste , c'est qu'il accuse Octave. Voilà pourquoi, tout en rappelant son passé néfaste, il se fait encore aimer et plaindre. A la nouvelle du complot tramé par l'amitié, ce qui le touche pardessus tout, n'est-ce pas la généreuse douleur de se sentir odieux? Il s'écrierait volontiers avec Scipion : Non me vita juvaret invisa civibus meis^. Oublieux de son propre péril, non-seulement il s'afflige surtout d'une trahison imprévue, mais ses remords vont jusqu'à justifier ses assassins; et si des idées de vengeance succèdent à ces nobles mouvements, si la nature reprend ses droits, ne nous en plaignons pas. Car il nous .intéresserait moins s'il ne tenait rien de l'homme', et il faut que la lutte donne du mérite à la victoire.

1. Cet ouvrage est de 1663. Lisez le chapitre sur Auguste, t. II, p tll, Éd. 'àiraud. C'est un écho de Corneille.

2. Une vie odieuse à mes concitoyens ne me serait d'aucun prix.

3. L'image la plus authentique d'Auguste est la statue trouvée à Prima-Porta, il y a huit ans, à sept mille de Rome, dans la villa de Livie. La pose est d'un Dieu qui règne. — Les os maxillaires ont une saillie qui va jusqu'à la dureté. On y sent une volonté tenace. Le front exprime la persévérance et le cal.me. ;,es yeux sont mornes. La bouche est fermée, serrée, inflexible. Que ôe secret?

STrmEs UTTÈnAIRES, 1. — 5

Or le triomphe sera si décisif, qu'on pourrait presque reprocher à Auguste, comme à (ilésar, l'excès de sa clémence. Ne va-t-elle pas jusqu'à conférer le consulat à un indigne? En revanche, quelques-uns voudraient qu'il n'eût •point humilié Ginna par ces paroles :

Ta fortune est bien haut, tu peux ce que lu veux; Mais tu ferois pitié inèniQ à ceux qu'elle irrite, Si je fabanclonnois à ton peu de mérite.

Voltaire raconte, à ce propos, que le maréchal de la Feuillade, assistant à cette scène, s'écria : « Ah! tu me gâtes le Soyons amis, Clnna; si le roi m'en disait autant, je le remercierais de son amitié » Fénelon, de son côté, regrette de ne point trouver ici « la simplicité modeste avec laquelle Suétone dépeint Auguste dans tout le détail de ses mœurs. » Il prononce même le mot d'onph'isr^. C'est le cas de dire que les délicats sont malheureux. Alais ne vaudrait -il pas mieux applaudir franchement et sans réserve*?

Emilie et les licroiiies de la Fronde. — Après Auguste, c'est Emilie qui appelle le plus les regards. Cette « adorable iurie », comme disait Balzac, est dans Corneille la première apparition de ces personnages féminins auxquels il prête u:i cœur plus que viril, et dont il abusera au point de changer l'admiralion en stupeur. Ce travers perce déjà dans ce rôle que Voltaire juge avec raison très-inférieur à celui d'Hermione. Sans aller jusqu'à dire avec M. Vinet qu'Emilie est « le principal défaut de la pièce », avouons qu'elle nous intéresse moins que la rivale d'Andromaque. Il est vrai que la différence des situa-

elle adù garder! Ses cheveux sont courts, et descendent jusqu'à la nuque, ce qui est un igné de race chez les Jules. Le cou est d'une belle proportion. L'enseinlili: trahit la concuntiation, le s.ang-froid, la fougue contenue. C'est le maître du monde qui s'étudie à rester niaitre de lui.

Page 1