PRÉFACE
Un tecmdîl dtt genre éte eelui-d, qui porte à tontes les lignes la trace d'impressioni^ et d'ithstitutions tnêtne déjà bien éloignées de nous, ne s'adresse ^ère qu'à ceux qui aiment à se souvenir. En temps de révolution, la mémoire, qui est toujours rare, devient aisément importune. Aussi nous ne recommandons ces pages qu'à la bienveillance des lecteurs qui ne iroient pas trop d'inconvénients à se rappeler ce qu'ils pensaient et même ce qu'ils disaient hier.
Loin de nouspourtantlapensée d'exhumer des discussions de parti dont le temps fait bonne et prompte justice. La polémique ne saurait survivre aux événements qui Font fidt naître, et il y aurait encore moins de plaisir que
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de profit à tenter de réveiller des passions, sinon éteintes , au moins assoupies. Aussi nous n'avons dû conserver ici, parmi un assez grand nombre d'essais politiques , que ceux qui se rattachaient à quelque idée un peu générale, et pouvaient prétendre par là à quelque ombre d'utilité durable. Si la parfaite sincérité n'était pas le premier devoir , nous eussions essayé de faire disparaître aussi la trace de cette émotion parfois trop vive qu'excitent les luttes civiles. Mais la date d'un écrit est précisément ce qu'on n'en saurait effacer. Elle est inscrite partout. Tout, dans des jours d'orage, participe à l'agitation commune et s'empreint des couleurs générales de l'atmosphère. Au moment où ces diverses pensées ont vu le jour» le ciel était très -noir et des ombres sinistres en descendaient de toutes parts.
Ces années révolutionnaires avaient d'ailleurs leurs devoirs sévères en même temps que leurs périls. Privée en un jour de toutes ses institutions, mal gardée par des armées encore dissoutes, la société ne dédaignait aucun de ses plus faibles défenseurs. Elle appelait à son aide la parole autant que les armes, et la force ne lui paraissait ni la seule ni la meilleure expression de la vérité. Le danger excitait les âmes qu'il n'avait pas encore fatiguées. Les intérêts privés se mettaient sous la protection des devoirs civiques dont ils n'avaient pas pris toute la place.
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Dans une telle sitoation, on se serait reproché soit d'agir, soit d*écrire, soit même de penser pour un autre but que celui qui appelait les efforts communs de tous les gens de bien. La politique devenait ainsi le centre naturel de toutes les préoccupations. L'angoisse d'une crise violente dont on' prévoyait une issue prochaine mais obscure, suspendait tout loisir et toute liberté d'esprit. Quel serait le sort de la France au bout de Tépreuve républicaine! Vers quelles plages serait-elle emportée ? Sa civilisation , sa prospérité descendraient-elles tout entières dans T abîme ouvert sous ses pas! N y laisserait-elle tomber que sa dignité et sa liberté! Perdrait-elle l'honneur et la vie! Sauverait -elle la vie aux dépens de l'honneur! Ces questions se représentaient , sans cesse , sous toutes les formes. On ne les éviteùt nulle part. Dans toutes les régions de la pensée; dans la littérature, qui n'étudie les mœurs que pour essayer de les corriger; dans la philosophie, si intimement liée à toutes nos révolutions, et dont l'utilité même et l'existence se trouvaient mises en question; dans la reUgion enân, qui doit se montrer d'autant plus délicate pour la dignité des hommes, qu'elle est plus sévère pour leur orgueil : partout on voyait se dresser ce problème, et on s'épuisait à le résoudre. L'unique mérite de ces écrits fut peut-être de l'avoir, à pbsieurs reprises, posé nettement sous toutes ses faces,
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et de ne s'dtra dissimulé aueune des chances que Tavenir renfermait dans son sein.
C'est au 15 mars 1849, quelques mois, par conséquent, aprbs la première élection présidentielle qu'un pressentiment douloureux nous dictait ces réflexions : « Il s'agit de savoir si nous serons à la France oe « Louis XIV, ce que l'empire des Justinien et des Léon « était i celui dé Trajan et d'Auguste. Le bas empire M français est«il commenoél Bien des gens le disent dou- M loureusement, et, il faut l'avouer, l'afifaiblissement des « croyances, la fréquence et la stérilité des révolutions, « les symptômes alarmants de dissolution sociale en sug^ ** gèrent naturellement l'idée. Pour nous, nous le confes- « sons, toute la question est de savoir , si dans ces vio- « lentes épreuves, l'esprit de la liberté politique doit périr « ou se répandre et se naturaliser en France, Si, contre M les dangers qui nous menacent, nous trouvons notre M salut dans la vigilance de l'esprit public , dans le - concours franc et spontané du moindre citoyen à « l'œuvre de la défense sociale, dans le réveil de la vie « politique, par conséquent, sur chaque point du terri- « toire, tout n'est pas perdu, quelque chose même est M gagnée Une nation qui ne peut plus avoir de supersti- M tion pour le pouvoir, n'a plus, pour rester digne, d'autre M ressource que de rester libre. Un état social dans lequel
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" le despotteme est nécessaire, sans être respecté, où les » pouvoirs changent sans cesse de mains et les fermes de « l'obéissance demeurent, cela s'est vu sans doute dans le « monde, mais c'est l'agonie d'un grand peuple * . »
Ces lignes pourraient servir d'épigraphe au volume entier. Elles en résument tout le sens et tout l'esprit. Si nous ne craignions le ridicule de 'paraître attacher trop d'importance à nos propres opinions, nous pourrions montrer partout la trace de ces espérances trop déçues et de ces craintes trop bien justifiées. Partout, nous osions supplier une société aux abois de ne compter que sur elle-même, sur son énergie et sur son bon sens , pour se tirer des extrémités où l'avaient jetée ses égarements et sa fiiiblesse. Nous la conjurions de se sauver elle-même, sans attendre et surtout sans implorer de sauveur •. Convaincus que les vraies causes des révolutions, parmi nous, ne sont ni l'imperfection des lois, ni la faute des gouvernements , mais la lâcheté des coeurs , mais la mollesse des mœurs , mais le souci exclusif des intérêts privés, et l'indifférence pour les intérêts publics qui se trahit tour à tour par une mutinerie irréfléchie ou par une inertie égoïste , nous feisions souvent appel au bon vouloir des citoyens, rarement à l'action des lois, jamais
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à la main ou à Tépée du pouvoir. Si nous nous élevions, par exemple, contre le désordre des esprits introduit par une littérature malsaine, c'était pour inviter la critique à faire hardiment la police des mœurs *. Nous n avions jamais songé à renverser la proposition, et à &ire intervenir dans la critique littéraire les avertissements de cette police extérieure qui veille au repos matériel. Nous demandions à la religion d'achever, par le raisonnement, la conquête de la raison^. Nous eussions frémi de lui conseiller d'abandonner le terrain so- .lide de la liberté de conscience, pour courir après les faveurs compromettantes du privilège. Enfin, si nous proposions quelques changements dans l'éducation na«tionale, ou dans l'organisation administrative, c'était toujours pour former, par l'exercice des franchises locales et par la salutaire discipline de la liberté, une génération mâle , sobre dans l'usage de ses droits, et énergique dans leur défense, aussi éloignée des convoitises chimériques que des terreurs pusillanimes, qui ne se laissât ni séduire par les promesses des révolutions, ni trop effaroucher par leurs fantômes, et qu'on ne vît pas tour à tour se laisser prendre d'assaut par des factieux et se vendre pour un peu de repos.
I. M. de Chateaubriand, Mémoire» d'Ouire^Tombe. Juillet I8S0, p. 3S4. 9. De V Apologétique ehréliênne au zixe iiéeU, Mars 48(H.
PREFA.GB. XI
La force des choses a trompé nos vœux : et jamais elle n^a fait mieux voir qu'elle avait, comme on Ta dit, la faiblesse des hommes pour habituelle alliée. Elle n'a ni altéré notre conviction, ni vaincu nos répugnances, ni surtout calmé nos alarmes.
Mai i«».