‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 15 sur 71 · Plutarque, César, ch · texte numérisé non relu

Plutarque, César, ch

l'ÉLOCE FIlNÊBnE CHEZ LES BO.yAlSS

L'éloge des femmes devait être aussi simple quâ!| l'était leur vie. Bien que la matrone l'oraaine fùtJ plus libre que la femme athénienne, qu'elle ne fût | pas enfermée dans un gynécée et qu'elle eût le droit 1 de paraître dans les compagnies, sou vrai mérite et à sa gloire étaient de passer pour une bonne et exacta ' maîtresse de maison, de présider au travail de ses servantes, de travailler elie-raême de ses mains. Dans un temple, celui du dieu Sancus, se trouvait une statue en bronze, image de Caia Cœcilia, femme | de Tarquin l'Ancien, et à côté d'elle ses sai et ses fuseaux précieusement conservés, comme 1 symboles de son assiduité à la maison et de son \ travail journalier. Cette statue, qu'on voyait i corc au temps de Plutarque, représentait l'idéal proposé aux dames romaines. C'est aussi de cette façon que nous apparaissent dans l'histoire lea l dames dont on veut nous donner une noble idée, La sœur d'Horace est en train d'achever un vêtement pour son fiancé Curiace ; la chaste Lucrèce inspire au jeune Tarquin un amour furieux, étant vue tard dans la nuit au milieu de ses servantes [avec sa quenouille, en matrone accomplie. Même i Ettans les temps de dùcadenca et de corruption, J l'idéal subsiste, et le maître du monde, Auguste, se pique encore de ne porter que des vêtements ûlés par sa femme ou sa sœur, ou même par sa

fille *, qui pourtant, s'il en taut croire la chronique légère de Rome, était loin de passer tout son temps à filer la laine.

En lisant les nombreuses inscriptions recueillies sur les tombeaux des femmes, on peut se figurer quelles vertus on aimait en elles, et par suite quel devait être le ton de leur éloge funèbre : « Elle fut très bonne, très belle, pieuse, pudique, soumise, y On ajoutait : « Elle garda la maison, domiseda; elle fila la laine, lanifica. y^ Ce dernier mot était pour les Romains si caractéristique qu'il finit par exprimer non plus un travail, mais une vertu, et par prendre un sens purement moral, comme on le voit par les mots qui Tentourent. Rien ne fait mieux comprendre ces sortes d'éloges qu'une épitaphe qui doit être assez ancienne, à en juger par la langue et l'orthographe, et qui est un chef-d'œuvre de simplicité décente. C'est la pierre du tombeau qui parle : « Passant, bref est mon discours, arrête et lis. C'est ici le tombeau d'une belle femme. Ses parents l'appelèrent Claudia. Elle aima son mari de tout son amour : elle mit au monde deux fils; elle laissa l'un sur la terre et l'autre déjà enfermé dans le sein de la terre; elle fut aimable en ses discours et noble dans sa démarche; elle garda la maison et fila la laine. J'ai dit*

1. Filiam et neptes ita instituit, ut etiam lanificio ossuefa* ceret. (Suétone, Auguste, cb. 64 et 73.)

l'éloge niT^ÉBRE CHEZ LES ROMAINS 41

passe M » En latin, cette épitaphe est charmante parce que le contraste d'une vieille langue et d'une orthographe archaïque avec la délicatesse du sentiment lui donne plus de grâce. On y trouve même un trait exquis, quand la pierre qui parle, après avoir arrêté le passant, rengage à continuer son chemin, de peur qu'une présence prolongée ne proEane le repos et le silence d'une si pudique et discrète personne. Par cela que la vie des femmes était enfermée en d'étroites limites et que, pour être parfaite, elle devait être partout la même, leurs éloges funèbres étaient uniformes. Il n'y avait point là des différences d'actions, d'honneurs, de titres, comme dans les éloges des hommes. Une longue inscription, celle de Murdia, laisse voir que le panégyriste a quelque scrupule de redire ce qui a été déjà dit tant de fois; après avoir épuisé la liste des vertus féminines^ il conclut avec une sorte de découragement : « Enfm elle était semblable à toutes les honnêtes femmes. » Il expose même longuement la cause de son embarras, non sans noblesse : « L'éloge des femmes bonnetes est toujours à peu près le même dans sa simplicité, parce que leurs qualités naturelles, non altérées sous la garde de leur propre surveillance, n'exigent pas la variété des expressions, et, comme on ne leur

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