‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 55 sur 56 · LES PRÉSIDENTS D£L' UNION · texte numérisé non relu

LES PRÉSIDENTS D£L' UNION

Vice-présidenl , Georges Dallas, élu par 170 voix également.

iV PRÉSIDENCE. 1849 à 1853.

Général Zachary Taylor, élu président par 163 voix sur 290 votants.

Yice^président, Hîlliard Fillmore, élu par 16S voix K

12"" PRÉSIDENCE, 1853 à

Le général Pierce.

Vice-président, M. Rufus King ^.

Sur les 12 présidents qui ont été élus , 4 appartenaient à l'État de la Virginie, Washington, Jefferson, Madison et Monroe; 2 à TÉtat du Massachussetts, John Adams et Quincy Adams; 2 au Tennessee, Jackson et James Polk; 1 à rÉtat de New-York, Martin Van Buren ; 1 à la Louisiane, Taylor; 1 au New-Jersey, le général Pierce; 1 à rohio, Uarrisson. — John Tyler, que la mort d'Harrisson appela à la présidence, était de TÉtat de New- York , ainsi que M. Milliard Fillmore.

' Le général Taylor mourut aussi en fonctions, et fut également remplacé par M. Milliard Filmore.

s Déoédé avant son entrée en fonctions.

L'accroissement de la population aux États-Unis est une des preuves les plus concluantes en faveur de la prospérité de ce pays, en ce que cet accroissement est surtout le produit de l'émigration qui est un thermomètre infaillible.

Du jour où Tordre a été établi, immédiatement après l'établissement d'un gouvernement définitif, stable, protecteur des personnes, des fortunes, du travail, régulateur de toutes choses, — l'émigration a pris le chemin des États- Unis. Elle aurait pris également celui des autres républiques du Sud, si après leur émancipation elles avaient offert l'abri de lois respectées, fortes, et capables d'assurer l'avenir des émigrants.

.Le chiffre de raccroissement de la population aux États- Unis, par période de dix années, à partir de 1790, est assez curieux à observer :

En 1790, cette population était de 3,929,827 habitants dont, 3,172,464 blancs, 59, 446 personnes de couleur libres, el 697,897 esclaves.

En 1800:— 4, 304,489 blancs, 108, 395 personnes de couleur libres, et 893,041 esclaves, total : 5,305,925 habitants.

En 1810 :— 5,862,004 blancs, 186,446 personnes de couleur libres, 1,191,364 esclaves, total :— 7,239,814 habitants.

En 1820: — 7,872,711 blancs, 238,197 personnes de couleur, 1,543,688 esclaves, total : — 9,654,596 habitants.

En 1830:— 10,537,378 blancs, 319,599 personnes de couleur libres, 2,009,043 esclaves, total : 12,866,020 habitants.

En 1840:- 14,189,705 blancs, 386,295 personnes de couleur libres, 2,487,355 esclaves, total : — 17,063,355 habitants.

En 1850: — 19,668,736 blancs, 419,173 personnes de couleur libres, et 3,179,589 esclaves, total : — 23, 267,498 habitants.

A côté de ce recensement des États-Unis, il peut être

SS4 LES HUX AHÉBlQni.

iastruciif de pltear, p«r eomptraiton» la chiffre de It ppolation des autrat États de PAmérique» aujoord'liiii :

Le Mexique ne compte pas betneoop au-delà de 7 millions d'babitàDti.

Les r^Uiques du centra Anériqaa, aavifoo 2 millions.

La NoQveiie-Grenade» prés de 1 milKoiie.

La Yenesuelsy 1 milIioD.

L'Equateur, 700,000.

La Pérou, S millions.

La Bolitie» l million et demi.

Le Chili, près de 2 millions.

Buénos-Ayres, 1 million et demi.

Le Paraguay, 300,000 environ.

L'Uruguay, de 2 à 300,000.

Celle statistique, qui se rapproche autant que possible de Texactitude, présente à peu de chose près les mêmes chiffres qu'il y a vingt ans. Celte stagnation, tient aux causes que nous avons énuxoérées dans le cours de œ livre. Ce qui donne raison, en tout cas, i nos assertions, c'est qu'au fur et à mesure que quelqu'une des républiques de l'Amérique méridionale semblait se consolider, le courant de l'émigration s'est dirigée de son côté.

Quant au Brésil, sa population s'élève à un peu plus de 7 millions, pour un territoire plus vaste encore que celui des Étals-Unis. Mais nous avons dit que la population s'était naturellement agglomérée sur certains points de cet empire où l'action gouvernementale était plus directe et plus positive.

Plusieurs causes indépendantes de la stabilité de ses institutions politiques ont arrêté le développement du Brésil dans des proportions égales à celui des États-Unis. Au nombre de ces causes il faut placer le manque de communications directes entre la côte orientale et les immenses contrées qui s'élendenlà l'Ouest jusqu'aux confins du Pérou, de la Bolivie» de l'Equateur, communications que la navigation des fleuves seule peut établir.

C'est ee que le Brésil a compris, et de concert avec le Pérou, il vient d'entreprendre l'ouverture de l'Amazone.

L'Amazone est un de plus beaux fleuves du monde; avec le Mississipi et le Missouri, il tient la tête des grands cours d'eau. Prenant sa source dans le Pérou, près du lac Reyes, il coule en remontant du sud au nord, baignant ainsi une grande partie du Pérou, la partie orientale de la République de l'Equateur, puis fait un coude pour traverser, presqu'en ligne horizontale, l'empire du Brésil dans sa partie la plus large, et va se jeter dans l'Océan Atlantique, par deux vastes embouchures, à peu prés sous la ligne équinoxiale.

De sa source à son embouchure, l'Amazone a un parcours de près de 1,200 lieues. Le jour où la vapeur aura lancé ses puissantes forces motrices sur les eaux inexplorées, jusqu'à ce jour, de ce fleuve, le problème de la jonction des deux Océans aura trouvé une double solution, au

centre et au sud de rAmérique. Ces deux résultats, Clément précieux pour le monde maritime et oommerçiDl auront, cependant, un caractère tout à fait diflESrent. Par Panama et le centre Amérique, la jonction des deux grandes mers est presque immédiate, et s'opère par la canalisation et les voies de fer sur une langue de terre; le rayonnement de ce bienfait est pour ainsi dire- limité, ce qui nç signifie point qu'il ne doive pas avoir des conséquences immenses, au point de vue commercial.

La navigation sur l'Amazone, non-seulement met en communication les côtes de l'Atlantique avec les pays baignés par les flots du Pacifique, mais elle ouvre un avenir incalculable à de vastes contrées intérieures, dépendant de l'empire du Brésil, et si enfoncées dans les terres que la civilisation y a à peine pénétré jusqu'à ce jour. Ce sont des champs nouveaux pour l'émigration, des richesses agricoles qui s'offrent aux bras des cultivateurs; des débouchés considérables pour l'industrie du monde entier.

Il suffit de jeter les yeux sur le parcours de l'Amazone, de sa source à son embouchure, pour se rendre compte de l'avenir qu'ouvrira à la civilisation et à l'activité humaine la réalisation complète du projet arrêté entre le Brésil et le Pérou.

Le génie de l'homme se fût étudié à combiner un réseau de communications destinées à féconder un pays, qu'il n'eût pas réussi à trouver ce que la nature a fait. On ne peut se défendre de croire que les desseins de la Providence ont marqué à Tavance le sort des États.

Sur son immense parcours, l'Amazone reçoit un nombre considérable de rivières. importantes, comme autant de rameaux qui viennent se greffer sur ce tronc colossal, et relier au grand centre du mouvement, des pays éloignés, et en apparence déshérités de ces ressources fécondes que donne à d'autres leur position géographique.

Presque à son embouchure, sur sa rive droite, l'Amazone reçoit le Tocantins et l'Araguay qui se joignent à San-Jaoa das duas Barras, pour se réunir ensuite au Para ; puis le Xingu, le Tapajos, le Madeira. Les quatre premiers coulent du sud au nord, traversant des portions à peine peuplées aujourd'hui du Brésil. Quant au Madeira, dont le parcours n'est pas moins de 500 lieues, il se grossit à la frontière de la Bolivie de sept ou huit affluents (dont deux, le Branco et le Mamore, baignent cette république jusqu'au cœur), et traverse des pays récemment encore habités par des peuplades indiennes et à peine explorés.

Sur sa rive gauche l'Amazone reçoit le Rio-Negro, qui, par l'intermédiaire du Casiquiare, rejoint au nord l'Orénoque. Deux autres cours d'eau importants, le Uaupés et le Caqueta, se jettent dans l'Amazone, venant de la Nouvelle-Grenade.

Ainsi l'Amazone, directement ou par ses affluents les plus importants, met en communication directe entre eux

388 LES DEUX àMÉaiQOBft.

et avec l'Océan Antlantique, par ooDséquenl avec h eôie orientale du Brésil, des provinces inlérieures de cet eiapire, et Venezuela, le Pérou, l'Equateur, la Nouvelfe- Grenade, la Bolivie. C'est la face entière de ces pays qoi •peut être changée du tout au loot par la naiôgatioD 4e l'Amazone et de ses affluents.

La prospérité actuelle des Etats américaÎDs situés sur le Pacifique se réduit à l'exploitation des terres et des villes placées le long du littoral. L'intérieur des terres est encore inexploré, vierge, pour ainsi dire, de toute eoilure; rénigration n'y a que peu pénétré ou, pour dire plus vrai, n'y a pas pénétré.

La navigation des fleuves inaugurera toute une ère nouvelle pour ces contrées.

Nous ne répondrions pas que les affluents de l'An»zone, pas plus que le grand fleuve lui-même, soient tellement navigables dans tout leur parcours; mais ce sérail méconnaître les bienfaits de la Providence en faveur de ces riches pays, si Ton ne suppléait pas par des travaux d'art, tels que la canalisation de certaines portions des fleuves a ce que la nature a laissé d'imparfait ou d'incomplet dans son œuvre féconde.

Le projet conçu par le Brésil et le Pérou est un grand pas fait dans cette voie de progrès.

Les relations des divers Etats de l'Amérique du Sud

entre eux, ont été pour ainsi dire nuls jusqu'à ce jour, commercialement parlant. L'absence de voies de communications régulières, les difficultés suscitées par des obstacles aussi grands que ceux qui séparaient, par exemple, le Brésil de toutes les républiques de l'Amérique méridionale, c'est-à-dire des milliers de lieues de terres où la civilisation n'a point encore fait pénétrer ni la hache ni la pioche, sont autant de causes qui ont retardé le progrès et la prospérité de ces contrées. Cette situation d'isolement général n'a pas été étrangère non plus à l'esprit d'hostilité qui a toujours divisé si profondément tous ces États naissants.

Ouvrir entre eux des voies de communications artificielles, ou tirer parti de celles que la nature leur a données, c'est pour ces divers pays entrer dans une ère nouvelle et hâter l'œuvre de civilisation et de progrès sur laquelle presque tous sont en retard.

L'exemple donné par le Brésil et par le Pérou aura certainement une influence considérable sur le reste des États de l'Amérique du Sud. Les avantages immenses que ces deux puissances vont tirer de leur alliance commerciale et maritime ne manqueront pas d'entraîner les autres républiques à ouvrir leurs frontières à leurs voisins, et à profiter des grandes ressources dont la Providence a été si prodigue envers ces belles et riches contrées.

A (pioi le Pérou, qui, avec le Chili, parait être une des républiques les mieux assises désormais doit-il cet accroissement de prospérité et la possibilité d'entreprendre de

pareils travaux? A l'ordre rétabli dans son aaiOt & la termêlé de son administration.

S'il lui était possible, avec la forme de gDavemeamil qui le régit, de se maintenir dans eette voie, il est certain qu'il ne tarderait pas à ressentir les bons effets qu'assurail toujours une politique d'ordre et des institutions stables.

Quant au Brésil qui n'a, autant que les prévisions humaines peuvent être infaillibles, rien à redouter de Tavenir, et à qui l'étendue de son territoire permet de compter de longues années de paix intérieure, — quant au Brési), disons-nous, la communication ouverte par la navigation des fleuves, avec les contrées occidentales, lui garantit un rapide et prochain accroissement.

Plus le pays offrira de ressources aux chercheurs de fortune, plus le nombre nécessairement en augmentera. Ce ne sera pas tout pour le Brésil ; il lui restera à prendre rang parmi les nations industrielles, pour rivaliser d'influence avec les Étals-Unis. Or, plus Témigration se multipliera sur son sol, moins l'industrie nationale, surtout une industrie naissante, sera en mesure de satisfaire aux besoins de populations nouvelles qui apportent avec elles, dans leurs mœurs, dans leurs affections, jusque dans leurs costumes, les habitudes et quelquefois les routines de la pairie qu'on aime à retrouver dans les moindres choses.

C'est le cas daos lequel se sont trouvés et se trouvent encore les Etats-Unis dont le vaste sol appelle chaque jour des immigrants. Cette afSuence de populations de toute origine est véritablement l'obstacle le plus sérieux, non pas au développement de l'industrie nationale, qui a fait aux États-Unis des progrés notables; mais à la consommation intérieure des produits qui s'éloignent pour faire place aux similaires étrangers qu'ils vont combattre, par la concurrence, sur les marchés d'exportation.

Le Brésil, qui n'a pas la même audace commerciale que les Américains du Nord, ne rejette encore au dehors que des produits agricoles ou exceptionnels, de ceux que l'exportation réclame naturellement ; ses fabriques ne sufHsent encore qu'à peine à la consommation locale. Et ce qui prouve clairement qu'ils n'y suffisent pas entièrement, c'est que, à peu d'exceptions près, ils n'ont pas nui à l'introduction des articles manufacturés de provenance étrangère. Loin de là, les expéditions de marchandises européennes n'ont fait que suivre un mouvement ascendant, depuis un certain nombre d'années. Cette circonstance est due précisément à la cause que nous signalions plus haut, l'immigration.

Il n'est pas sans importance non plus de faire ressortir ce fait remarquable et bien constaté que, au Brésil, l'industrie telle qu'elle est en ce moment, doit sa situation presque tout entière au concours que lui ont prêté les ouvriers étrangers. Eh bien I il ne peut échapper à quiconque suit avec quelque attention le mouvement des émigrations, que ce n'est qu'exceptionnellement ou transitoirement que l'é-

migrant choisira dans les pays où il aborde une protsiiioD de dépendance et taxée au salaire.

L'émigrant, s'il prend domieile dans une ville, y arrive avec la pensée arrêtée de s'adonner au négoce, dont lai chances le tentent naturellement : sll a formé le projet d« se livrer à l'industrie, c'est pour son propre oompU», eomna chef d'établissement; mais l'exiguïté de ses eapitaax le lui permet rarement. 3'il se dirige dans l'intérieur dei terres, c'est encore pour devenir son maître. L'idée de li propriété l'y poursuit.

En quelque cas que ce soit, le salaire borné n'est jamais un attrait pour lui. Ce n'est donc, nous le répétons, qa'exceptionnellement ou transitoirement qu'il s'y résigne. C'e^t de là que vient l'élévation du taux des salaires dans c^ pays.

Or, le Brésil, pressé d'une part par l'affluence croissanio des immigrants, et de l'autre part n'ayant pas enrore, comme les États-Unis, une génération locale suffisamment nombreuse, ne verra de longtemps peut-<^tre Tindustrie prendre sur son sol cet essor rapide, qui aurait pu ralentir et arrêter môme le mouvement commercial des nations étrangères.

Pendant tout le temps que dura la guerre de la révélation aux États-Unis, le commerce de ce pays, non-seulement avec TAnglelerre, mais avec toutes les autres nations du globe, fut interrompu. Les Américains furent donc

obligés de s'ingénier à se pourvoir par eux-mêmes de tous les objets manufacturés, par exemple, qu'ils recevaient presque exclusivement de TÂngleterre. La nécessité les rendit industrieux, et quand revint la patx, ils arrêtèrent l'importation- d'un lrès*grand nombre d'articles que leur propre fabrication était en mesure déjà de leur fournir.

L'Angleterre était ce qu'elle est encore aujourd'hui, un pays trop pratique et trop commerçant pur ne point tirer parti de l'avenir qu'offraient les États-Unis dont elle avait été à même d'apprécier les ressources, et elle savait ce que de telles ressources pouvaient devenir entre les mains d'hommes pareils à ceux qui avaient mené à bonne fin une si difficile et si grande œuvre.

Aussitôt après la paix, dès 1784, les Anglais se hâtèrent de renouer avec leurs anciennes colonies des relations commerciales; et en deux années, ils expédièrent aux États-Unis pour plus de 30 millions de dollars (150 millions de francs) de marchandises, et reçurent en échange pour environ une dixaine de millions de dollars de pro* duits (50 millions).

C'était peu en apparence, beaucoup en réalité, de la part d'un pays qui sortait d'une aussi rude épreuve que celle qu'il venait de traverser. Mais hommes de paix et de travail depuis longtemps; jaloux, dans la situation nouvelle où ils se trouvaient, de s'élever rapidement à la hauteur de cette situation, les Américains se mirent à l'œuvre ; et bientôt l'agriculture prit, sur toute la surface du sol, des développements considérables. Le principal pour eux 'était de pouvoir rendre le plus tôt possible en produits bruts ce

S44 LES DEDX AMÉBIQQES.

qu'ils leeevnâeot en objeU Abriquét. Il nlBt de diiefN, à eelleépoqae,le8tronqiiameDTin»delapopa1alioiidBi Éuift-Unis s'élaieol livrés à ragrienlton.

Aiusi de 10 ttilUcms de dolkn qui aviient ëlé le pemier diiflEre des exporutioiis eprès h période lévololîoftnaire, oe chiffre s'élefa, en 1797, à près de 57 milliois de dollars (285 millions de fraiKs). Qoalre ans plus laid, es chiffre atteignait 9S millions de dollars.

Sans vouloir suivre pas à pas le mouvement du eonmerce d'exportation des États* Unis, nous signalenas comme dernier point de comparaison avec le chiffre de 1784, celui de 1851, qui s'élève à 137 millions de dollars (685 millions de francs) de produits nationaux, et 15 millions de dollars (75 millions de francs) de produits. Le total du mouvement commercial des États-Unis, en 1851, importations et exportations réunies, a été de 330 millioDs de dollars (1,650 millions de francs).

Accroissement de population, accroissement de commerce : -^ résultats de la paix politique des États-Unis.

Demandez aux révolutions des républiques du Sud ce qu'elles ont produit d'analogue !

J'ai dit en parlant de Washington avec quel noble désintéressement il avait quitté un pouvoir auquel le peuple l'avait élevé à l'unanimité des suffrages. J'ai ajouté aussi que Washington avait senti quand l'heure de la retraite était venue pour lui.

Si les forces physiques commençaient à lui faire défaut, si cette existence laborieuse avait besoin du repos et a des ombres de la retraite, » il ne faut pas se dissimuler que le bon sens politique, qui est le fond du caractère de Washington, que le tact et la droiture d'esprit qui le distinguaient à un haut degré lui avaient fait pressentir qu'il n'était plus à la hauteur de sa mission, que son influence en un mot sur cette population allait se perdant, et que le jour n'était pas loin où elle ferait naufrage sur les récifs de l'ingratitude, que ne manquent jamais de rencontrer

846 LES DEUX A1IÉRIQCE8.

les plus grands hommes, au milieu des peuples aoiqwb ils ont rendu les plus grands servie^.

Faut-il dans ce cas toujours et iovariablement aeeuer les peuples? Et dans ce blâme que les jugements des moralistes et des historiens font peser sur eux est-il impartial? N'en doit-il pas enfin revenir une égale part an» aux hommes qui ne savent pas deviner, comme WashiDgton, l'heure de la retraite?

Avant de descendre du pouvoir, Washington a adrené au peuple des États-Unis ses adieux, et il a résumé dans quelques pages où sont concentrées toutes ses doctrinal et toutes ses vues politiques, des conseils qui ne pouvaient venir que d'un homme de bien et d'un citoyen professant un véritable culte pour son pays.

On en parle un peu sur la foi de l'histoire, de cette adresse mémorable, qui mérite d'être lue attentivement et d*titre étudiée. On y rencontre comme un grand souffle de patriotisme qui élôve l'âme, et qui apprend ce que c'est réellement que l'amour d'un citoyen pour son pays.

Si, au fond, elle cache un peu, sous une abnégation habilement dissimulée, le sens véritable de cette retraite, on ne peut se défendre d'y reconnaître une grande et noble leçon donnée aux ambitieux de ce monde.

La leçon est flagrante surtout, et c'est ce que nous tenons à faire ressortir pour les républiques de l'Amérique, où les compétiteurs du pouvoir, loin de montrer ce civisme et c^ dévoûment dont Washington a donné un si bel exemple, n'ont pas craint d'appauvrir leur pays, et de le couvrir de niinos et do sang, sans se rendre compte s'ilf

éiaieni bien faits pour ce pouvoir ambitionné, et surtout si leur heure avait sonné.

Cette adresse de Washington, pour y revenir, a été considérée comme un code politique pour les États-Unis. Mais on n'a pas tardé à lenfreindre, et Monroe fut le pre « mierqui en faussa sinon la lettre, au moins l'esprit.

Dans le volume que je me propose de consacrer spécia- IdOient aux hommes d'Etat de l'Amérique, je ferai ressortir, avec tous le$ développements que comporte la question, les divers changements que chacun individuellement a imprimés à cette politique placide dont Washington s'était déclaré Tapôtre.

Voici le texte de Tadresse de Washington.

Amis et Concitoyens ,

Nous touchons au moment où vous êtes appelés à élire un citoyen pour présider au gouvernement des Rtats-Unis. Dans ce moment où vos esprits se préoccupent de désigner celui qui sera investi de cette charge importante, il me paraît convenable, afin de faciliter l'expression de la voix publique, de vous faire part de la résolution que j'ai prise de me retirer du nombre de ceux parmi lesquels vous aurez à choisir.

Soyez assurés (je vous prie de me rendre cette justice) que je n'ai pas pris cette résolution sans égard et sans considération pour les rapports qui lient un citoyen vertueux

S48 * I^ I>En AMÉBIQDBS.

à sa patrie; et en me voyant letirw Tofire de aenrieeifiB vous auriez pu me croire disposé à bîre anoore, si fvws gardé le silence/ ne pensez pas qœ mon Me poor vos intérêts futurs ait diminué, ni que je manque de neonnaissance pour vos bontés passées : dans ma fmne eoDri^ tion, la démarche que je fais en ce moment est compatible avec ces deux sentiments.

En acceptant et en conservant ensuite la dignité i laquelle vos suffrages m'ont deux fois appelé, j*ai sacrifié moa inclination au sentiment du devoir et à la déféraics qœ j'ai pour vos désirs. Je m'étais toujours flatté qu'il m'aurût été accordé plus tôt, tout en respectant des moti& auxquek je devais avoir égard , de retourner dans cette retraite que je n'avais abandonnée qu'à regret. Même avant ma dernière élection, j'étais tellement enclin à agir comme je le fais aujourd'hui, que j'avais préparé une adresse où je vous faisais cette déclaration. Mais après de mûres réflexions sur la situation critique de nos affaires vis-à-vis les nations étrangères, et conformément aux avis unanimes que me donnèrent des personnes qui ont des titres a ma confiance, j'abandonnai cette idée.

Je me réjouis aujourd'hui^de ce que l'état de vos affaires intérieures et extérieures ne rend pas plus longtemps mes inclinations privées incompatibles avec le sentiment du devoir et celui des convenances. Je suis persuadé que, quelle que soit la partialité avec laquelle vous jugiez les services que j'ai rendus, vous ne désapprouverez pas ma présente détermination, dans les circonstances où se trouve le pays.

Je vous exposai dans le temps les impressions sous les-

quelles j'entreprenais la pénible tâcbe que vous m'imposiez. Je me bornerai à dire que j'ai apporté dans l'organisaiion et l'adroinisiration du gouvernement, avec un grand fonds de bonne volonté, toute l'activité et toute l'application dont j'étais capable.

J'ai commencé ma tâcbe avec un profond sentiment de l'infériorité de mes moyens ; l'expérience est venue ensuite fortifier à mes propres yeux , et plus encore aux yeux des autres, les motifs que j'avais do me défier de moi-même. Chaque soir, le poids plus lourd des années m'avertit que l'ombre de la retraite m'est aussi nécessaire qu'elle me serait agréable. Convaincu que si des circonstances ont donné une valeur particulière à mes services, elles n'étaient que temporaires, j'ai aujourd'hui la consolation de sentir, quand mon goût et la prudence m'invitent à quitter la scène politique, que )e patriotisme ne me le défend pas.

En tournant mes regards vers le moment où doit s^ terminer ma carrière publique, je dois donner cours è mes sentiments, et reconnaître le dette de gratitude que j'ai contractée envers ma patrie bien-aimée, pour les honneurs dont elle m'a comblé, et plus encore pour la ferme confiance avec laquelle elle m'a accordé son appui. C'est cette confiance qui m'a fourni l'heureuse occasion de lui témoigner mon attachement inviolable par des services persévérants et dévoués, quoique leur utilité ait été inférieure a mon zèle. Si de mes services sont résultés quelques bienfaits pour le pays, qu'il soit dit à votre louange, et comme un exemple instructif de nos annales, que, dans des circonstances où les passions, agitées dans tous les sens, pou-

860 LES DEUX AMiRIQUBS.

vaient facilement causer des égarements, ao milieu d'apfiarences quelquefois douteuses et de vicissîtudea souvent décourageantes, dans des situations, enfin, où un manque de succès de notre part pouvait encourager Teeprit de critique , la constance de votre concours a été l'appui principal de mes efforts et la garantie du succès de mes plans. Profondément pénétré de cette idée, je l'emporterai avee moi au tombeau ; j'y puiserai un motif pour former sans cesse des vœux pour que le ciel vous continue les prédeai témoignages de sa bonté; pour que votre union et votre affecUon fraternelles puissent durer à jamais ; pour que la constitution libre, cet ouvrage de vos mains, puisse éire maintenue comme chose sacrée ; pour que toutes les branches du gouvernement portent l'empreinte de la sagesse et de la vertu, et enfin pour que le bonheur du peuple des Etats-Unis puisse devenir complet sous les auspices de la liberté. C'est par la religieuse conservation et l'usage prudent de cette liberté que vous acquerrez la gloire de la faire honorer, choisir et adopter par les nations qui ne la possèdent point encore.

Je devrais peut-être m'arréter ici ; mais la sollicitude que j'éprouve pour votre bonheur, et qui ne pourra s'éteindre qu'avec ma vie, jointe, comme de raison, à un sentiment naturel d'inquiétude, m'ordonne, en ce moment solennel, d'appeler toute votre attention sur quelques idées qui sont chez moi le résultat de profondes réflexions. Vous faire connaître ces idées me parait de la plus haute importance pour la durée de votre prospérité comme nation. Je vous les soumettrai avec la plus grande liberté, car vous y verrez

les avis d'un ami qui vous quitte, et dont aucun motif personnel n'inspire les conseils. Ce qui m'encourage, du reste, en ceci, c'est le souvenir de l'accueil bienveillant que vous fîtes à mes idées dans une semblable occasion, qui est maintenant loin, de nous.

L'amour de la liberté s'identifie tellement avec chaque pulsation de vos cœurs, que toute recommandation de ma part est inutile pour vous fortifier dans cet attachement.

Vous chérissez également cette unité de gouvernement qui constitue votre nationalité, et c'est avec raison, car cette unité est la pierre angulaire de l'édifice de votre indépendance, la garantie de la tranquillité au dedans, de la paix au dehors, la sauvegarde de votre prospérité et de cette liberté à laquelle vous attachez un si grand prix. Mais, comme il est aisé de le prévoir, bien des artifices seront employés pour affaiblir dans vos esprits la conviction de cette vérité. C'est là le point de mire contre lequel seront dressées les batteries de vos ennemis, tant au dedans qu'au dehors ; et, quoique agissant souvent d'une manière cachée ' et insidieuse, ils n'en déploieront pas moins de constance et d'activité dans leurs hostilités. Il est donc 'de la plus haute importance que vous cherchiez à comprendre bien exactement que votre bonheur paticulier et général dépend de votre union nationale ; que votre attachement à cette union doit être cordial, continuel et inébranlable; que vous devez vous accoutumer à en parler comme du palladium de votre sécurité et de votre prospérité politique ; veillant à sa conservation avec une jalouse anxiété ; dissipant tout ce qui pourrait faire naître même le soupçon que, dans telle

OU telle circonstance, vous puissiez l'abandonner, et vois élevant avec indignation contre toute apparence de teiHt* tive, soit pour séparer du tout une portion quelconque de notre pays, soit pour aflbiblir les liens saci^ qui en unissent les diverses parties.

Tous les motifs de sympathie et d'intérâl doivent voos porter à persévérer dans cette conduite.

Citoyens, par la naissance ou par votre choix, d'une patrie commune, vous lui devez toutes vos affections. Ce nom A* Américain f qui est pour vous un nom national, doit toujours exalter le juste orgueil de votre patriotisme, beaucoup plus que toute autre dénomination dérivée des distinctions locales. Vous avez lous, à de légères différences près, la même religion, les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, les mêmes principes politiques. Vous avez, dans une cause commune, combattu et triomphé ensemble. L'indépendance et la liberté dont vous jouissez sont l'œuvre de conseils et d'efforts communs, de souffrances, de dangers et de succès que vous avez tous partagés.

Mais à ces considérations déjà si puissantes, qui s'adressent à vos sentiments, il vient s'en ajouter d'autres plus puissantes encore, et qui s'adressent à vos intérêts. Chaque portion de notre pays y trouve des motifs très-puissants de veiller soigneusement à la conservation de l'union nationale.

Le Nordy grâce à un large système de rapports avec le Sudy système protégé par les lois d'un gouvernement commun, trouve dans les productions de celte dernière contrt'O de grandes ressources pour ses entreprises maritimes ei

commercialesy de précieux matériaux pour l'industrie de ses manufactures.

Le Sud voit ses rapports avec le Nord tourner au profit de son agriculture et de l'extension de son commerce. Attirant dans ses eaux quelques-uns des matelots du Nord^ le Stid donne de la vigueur à sa navigation particulière ; et tout en contribuant, de différentes manières, à entretenir et à accroître le commerce général de l'Union, il prépare les voies à l'établissement d'une marine nationale que ses seules ressources ne suffiraient pas à créer.

VEstf dans des rapports anal(^ues avec VOuest^ trouve déjà et verra s'augmenter tous les jours davantage, à l'aide des communications croissantes établies à l'intérieur par terre et par eau, un transit facile pour les produits du dehors et pour ceux de nos manufactures à l'intérieur. VOuest tire de l'Est les ressources nécessaires à son développement, à sa prospérité ; et, ce qui est peut-être d'une plus grande importance, c'est qu'il ne saurait trouver d'autre garantie pour la jouissance des débouchés indispensables à l'écoulement de ses propres produits que dans le développement de force maritime que doit recevoir le rivage atlantique de l'Union, sous l'influence de la communauté indissoluble des intérêts nationaux.

Toute autre cause à laquelle VOuest pourrait devoir cet avantage, qu'elle fût pubée dans sa propre force ou dans une alliance contre nature, et qu'on pourrait qualifier d'apostasie, avec une puissance étrangère, serait essentiellement précaire.

Or, chaque partie de notre pays trouvant ainsi son avan-

tage immédial et particulier dans l'Union^ toutes les parties prises ensemble ne peuvent manquer de trouver, dans la eombinaison de leurs moyens, une plus grande force, de plus grandes ressources et proportionnellement une garantie plus efficace contre les dangers extérieurs, et Tasturance de voir la paix moins fréquemment troublée par les nations étrangères. Ce qui est d'une valeur inippréciable encore, c'est que l'Union les préservera de ces brouîlleries et de ces guerres intestines, qui affligent « souvent des pays voisins, quand ils ne sont pas liés par od même gouvernement; guerres que leur propre riTilité suffirait pour allumer, mais que les alliances, les liaisons et les intrigues do l'étranger viendraient stimuler et envenimer. L'Union fera encore éviter ces clablissaments militaires excessifs, qui, sous toutes les formes de gouvernement, sont d'un fâcheux augure pour la liberté, et qui doivent être regardés comme particulièrement opposés à la liberté républicaine. C'est dans ce sens que votre union doit être considérée comme le principal appui de voire liberté, et que votre amour pour l'une doit vous rendre chère la conservation de l'autre.

Ces considérations sont à elles seules un argument péremploire pour tout esprit droit et réfléchi ; elles démontrent que le maintien de l'Union doit être le premier objti de vos désirs patriotiques.

Dnuteriez-vous (|u'un gouvernement commun puisse s'appliquer à un aussi vaste territoire? Laissez l'expérienn' résoudre le problème. Il serait criminel, dans une circonstance aussi grave, de se décider sur de simples by|Hr

thèses. Nous sommes autorisés à espérer que Torganisation convenable d'un gouvernement commun, ayant des agences auxiliaires pour les subdivisions respectives, sera l'heureux dénouement de celte expérience. Dans tous les cas, la chose vaut )a peine qu'on en fasse loyalement l'essai. Quand il existe des motifs d'union si puissants et si évidents pour toutes les parties de la nation, et tant que l'expérience n'aura pas démontré l'impossibiliié du succès, on sera fondé à mettre en doute le patriotisme de ceux qui, de quelque manière que ce soit, ehercheront a propager le découragement.

En cherchant les causes qui peuvent troubler notre union, un sujet se présente qui mérite de fixer l'attention, c'est la crainte que quelques prétentions dangereuses ne s'élèvent par suite des distinctions géographiques qui nous servent à caractériser les diverses parties de notre territoire. Ces désignations peuvent contribuer à faire naître l'opinion qu'il y a entre vous une différence réelle de vues etd'inléréts locaux. Un des expédients dont se servent les partis pour acquérir de l'influence dans des ËUits particuliers, est de représenter sous un faux jour les opinions et les prétentions des autres Etats. Vous ne sauriez trop vous prémunir contre les jalousies et les animosités qui naissent de ces faux rapports ; ils tendent à diviser entre eux ceux qui doivent être unis par une fraternelle affection. Les habitants de YOue$t ont reçu dernièrement une utile leQon à ce sujet, lors de la négociation de notre traité avec l'Espagne Entrepris et conclu par le pouvoir exécutif, ratifié à l'unanimité par le sénat, ce traité a été reçu avec des

témoignages de satisfaction univenelle dans tous les Etats- Unis. C'est là une preuve décisive de la fouaseté de l'opinioD répandue parmi les habitants de YOueu, et d'après laquelle le gouvernement général et les Etats qui soni sur TAtlantique auraient eu une politique peu favorable aux intérêts du MisgîsHpi; ils ont vu se conclure deux traités, l'un avec la Grande-Bretagne, l'autre avec l'Espagne, qui leur garantissent tout ce qu'ils peuvent désirer dans nos rapports avec l'étranger, pour assurer leur prospérité. Est-ce que la sagesse ne leur commande pas de se reposer maintenant, pour la conservation de ces avantages, sur l'Union qui les leur a procurés ? S'il existait parmi nous de mauvab conseillers qui voulussent les engager à se séparer de leurs frères pour s'allier à des étrangers, ne doivent-ils pas se montrer sourds à leur voix et résistera leurs menées?

Il est indispensable à la vitalité et au maintien de voire Union qu'un gouvernement commun soit reconnu par tous les Etats. On ne saurait y suppléer par des alliances,'quelque intimes qu'elles fussent. Des alliances doivent nécessairement éprouver des refroidissements et des ruptures: il en a été ainsi dans tous les temps. Convaincus de ceuc vérité, vous avez fait, depuis votre premier essai, un grand progrès, en adoptant une constitution gouvernementale mieux calculée que la première pour rendre votre union intime et diriger d'une manière avantageuse vos affaires communes. Ce gouvernement né de votre choix libre et spontané, adopté après un milr examen et de longues délibérations, juste dans ses principes et dans la distribution doses bienfaits, unissant loc^lme à rénergie, et

renfermant en lut-méme les moyens de se modifier suivant le besoin des circonstances ; ce gouvernement, dis-je, a de justes droits à votre confiance et à votre appui. Respect à son autorité, soumission à ses décrets, acquiescement aux mesures qu'il propose, sont des devoirs commandés par les maximes fondamentales de la vraie liberté. La base de notre système politique repose sur le droit que possède le peuple de faire et de modifier la constitution de son gouvernement. Mais toute constitution , jusqu'à ce que le peuple l'ait changée, par un acte explicite et authentique de sa volonté, doit être obligatoirement reconnue par tous. L'idée même du pouvoir et du droit qu'a un peuple de se donner un gouvernement implique, pour chaque individu, le devoir d'obéir au gouvernement établi.

Toute opposition à Texécnlion des lois, toutes combi* liaisons et associations formées sous un prétexte quelconque, dans le but réel de diriger, contrôler, contrecarrer ou intimider les délibérations régulières et l'action des autorités constituées, doivent être regardées comme faites pour détruire le principe fondamental delà constitution, et conséquemment comme étant d'une tendance fatale. Ces associations servent à organiser les factions, à leur donner une force artificielle extraordinaire, a substituera la volonté de la nation celle d'un parti, qui souvent ne représente qu'une minorité adroite et entreprenante; et suivant les triomphes alternatifs de l'un ou de l'autre de ces partis, elles servent à faire de l'administration publique l'instrument de projets mal concertés et incohérents, tan-

358 LES DEUX AMËRIQUBS.

dis qu'il ne doit se manifester que par de bonnes et sigei mesures, méditées en commun et réglées sur les intérte de tous.

Quoique des associations telles que je les décris plus haut puissent avoir parfois un but utile, il n'en est pas moins vrai qu'avec lé temps, elles peuvent devenir de dangereox instruments entre les mains d'hommes ambitieux et ans principes; elles peuvent leur servir à renverser l'aotorilé du peuple et à s'emparer des rônes du gouvernement, pour arriver ensuite à briser ces mêmes instruments qui les auraient élevés à une injuste domination.

Dans l'intérêt de la conservation du gouvernement, el pour jouir d'une manière permanente de votre heurease condition, il est nécessaire, non*seulëment que voos déconcertiez toute opposition irrégulière contre l'autorité établie, mais encore que vous résistiez avec soin à Tesprii d'hostilité contre son principe, de quelque spécieux prétexte qu'il se couvre.

Les attaques peuvent se présenter sous forme de modifications à faire dans la constitution, modifications qui ruineraient l'énergie du système et mineraient ainsi ce qu'on ne saurait renverser directement. Rappelez-vous, à propos de tous les changements qui peuvent vous être proposés, que le temps et l'usage sont aussi nécessaires pour fixer le vrai caractère des gouvernements que pour fixer celui des autres institutions humaines; que l'expérience est la voie la plus sûre pour mettre à l'épreuve les véritables tendances de la constitution d*un pays. Rappelez-vous que des changements trop faciles, sur la foi de

pures hypothèses et de simples opinions, vous exposent à des crises perpétuelles, par suite de la variété infinie des hypothèses et des opinions. Mais surtout ne perdez pas de vue que dans un pays aussi étendu que le nôtre, des intérêts communs ne peuvent être confiés utilement qu'à un gouvernement qui possède toute la vigueur compatible avec l'ordre et la liberté; la liberté elle-même trouvera son plus sûr garant dans un gouvernement dont les pouvoirs seront convenablement distribués et harmonisés. La liberté ne saurait être qu'un mot vide de sens, là où le gouvernement est trop faible pour réprimer les entreprises des factions, pour tenir chaque membre de la société dans les limites prescrites par la loi, pour garantir à chacun ses droit personnels et le maintenir dans la jouissance tranquille et sûre de ses propriétés.

Je vous ai déjà signalé le danger des partis qui se formeraient dans l'Étal en se fondant particulièrement sur les distinctions géographiques; je vais me placer maintenant à un point de vue plus élevé, et vous mettre en garde de la manière la plus solennelle contre les funestes effets qu'entraîne l'esprit de parti en général.

L'esprit de parti est malheureusement inséparable de notre nature ; il s'unit aux passions les plus fortes du cœur humain ; il existe sous différentes formes dans tous les gouvernements, plus ou moins contenu, contrôlé ou réprimé; mais ce sont surtout les gouvernements populaires qui le voient apparaître dans toute sa malignité, et qui trouvent en lui leur ennemi le plus acharné. La domination alternative des factions les unes sur les autres, l'es-

S60 LES DEUX ÀMÉftlQUBS.

prit do vengeance inhérent aux dissensions de parti, ont étéy dans différents figes et dans diBéreots pays, k cause des plus noirs attenUits, et constituent un deepotiuie affreux. Mais l'esprit de parti» par lui-même» conduit ioéiitablement à un despotisme systématique et permanent. Les désordres et les malheurs qui en résultent portent graduellement les esprits à chercher la sécurité et le repos dans le pouvoir absolu d'un seul ; et tôt et tard, le chef de quelque faction, plus habile ou plus heureux que ses rivaux, met ces dispositions à profit pour s'élever sur les ruines de la liberté publique.

Quoique nous n'en soyons pas encore à une pareille extrémité, qu'il ne faut cependant pas regarder comme tout à fait impossible, nous devons trouver dans l'idée de^ maux continuels qu'engendre l'esprit de parti un motif pour nous appliquer en peuple sage à décourager et réprimer cet esprit. Car il divise toujours les conseils publics et affaiblit l'administration ; il agite la communauté par des jalousies sans fondements et de fausses alarmes; il allume Tanimosilé d'une province contre l'autre; il fomente l'émeute et les soulèvements. Il ouvre la porte à l'influence de l'étranger et à la corruption, qui trouvent un accès facile jusque dans le gouvernement lui-même, guidées qu'elles sont par les passions de parti. C'est ainsi que la politique et la volonté d'une nation sont soumises à la politique et à la volonté d'une autre nation.

On prétend que les partis, dans les pays libres, sont uo contrôle utile pour l'administration du gouvernement, ei qu'ils servent à vivifier l'esprit de lil>erté. Ceci peut i^tre vrai

dans certaines limites ; dans des gouvernements monarchiques» le patriotisme peut regarder l'esprit de parti avec indulgence, sinon avec faveur. Mais dans les gouvernements populaires, dans les gouvernemenls électifs, c'est un esprit qu*on ne saurait encourager.

Il est certain, par suite des tendances naturelles des gouvernements populaires, qu'il y aura toujours assez d'esprit de parti pour tous les desseins légitimes. Mais comme il est plutôt à craindre qu'il n'y en ait excès, c*est à l'opinion publique à le calmer et a VadoucFr. C'est un feu qui ne saurait s'éteindre. Il ne s'agit donc pas de travailler à l'entretenir, mais au contraire de veiller sans cesse, dans la crainte que sa flamme ne consume au lieu d'échauffer.

Il importe également que ceux qui, dans un pays libre, président à la direction des affaires, sachent respecter les prén^atives de leurs subordonnés, et s'abstiennent d'empiéter sur leurs attributions respectives. Tout esprit d'empiétement qui tendrait à concentrer les pouvoirs en un seul, aurait pour résultat définitif d'établir le despotisme^ sous quelque gouvernement que ce soit.

Pour se convaincre de la vérité de ce que j'avance, il suffit de se rappeler que l'amour du pouvoir et le penchant à en abuser dominent dans le cœur de l'homme. Des expériences, tant anciennes que modernes, ont démontré la nécessité d'établir un système de contrepoids dans l'exer^ cice du pouvoir politique en le partageant entre différents tlépositaires dont chacun défend la chose publique contre

962 LES DEUX AMÉRIQinES.

les usurpations des attires. Ouelques-ooe» de ees eipérienoes ont été faites dans notre propre pays, et sons nos yeux. Il ne faut pas seulement établir des poufoin, il faut Iqs maintenir dans leur vigueur. Le peuple eroii-il que ses intérêts souffrent de telle ou de telle mesure do pouvoir établi? qu'il demande réparation ptr les voies légales ot régulières. Mais gardons-nous de toute usurpation ; ce moyen qui peut produire quelquefois un aoubgement momentané a toujours mené en définitif les gouve^ nements libres à leur perte. Les mauvais préeédents fait un mal qui, à la longue» dépasse de beaucoup le bien piisager qu*on en avait recueilli.

La religion et la morale sont les auxiliaires indispensables de tous les efforts pour arriver à la prospérité publique. C*esl en vain que Tbomme ferait appel au patriotisme, s*il travaillait à renverser ces deux colonnes principales do la félicité humaine, ces bases les plus ferme» des devoirs de l'homme et du citoyen. Le politique doii, aussi bien que Thomme religieux, les respecter et lf< chérir. Il ne suffirait pas d'un volume pour tracer leurs rapports avec la félicité publique et privée. Je demanderai simplement : Où sont les garanties de la propriété, de la réputation, de la vie, si le sentiment de Tobligalion religieuse est ôlé aux serments, ces grands moyens d'investigation dans les tribunaux? Craignons d'admettre qu*il puisse y avoir do la moralité sans religion. Quelque influence qu'une éducation soignée puisse exercer sur des esprits d'une disposition particulière, la raison et l'expérience no nous permettent pas d'espéror que la rooraliit

de lout un peuple se maintienne jamais sans le principe religieux.

11 est vrai, dans la rigueur des termes, que la vertu ou la moralité est le mobile nécessaire d'un gouvernement populaire. La règle s'étend avec plus ou moins de force a toutes les espèces de gouvernements libres. Quel est donc l'ami sincère do notre gouvernement quPpourrait voir avec indifférence les tentatives faites pour en ébranler les fondements? Encouragez donc comme un objet de première importance les institutions propres à répandre les connais* sances. 11 est essentiel que l'opinion publique soit d'autant plus éclairée que l'organisation du gouvernement donne plus de force à son action.

Maintenez le crédit public comme une source très-im* portante de force et de sécurité. Un moyen de le conserver» c'est d'en user aussi économiquement que possible, évitant les occasions de dépense en cultivant la paix, sans oublier cependant que les déboursés faits à propos pour se préparer au danger préviennent souvent les dépenses beaucoup plus grandes qu'il faudrait faire pour le repousser.

Il vous faut éviter d'accroitre la dette, non*seulement en fuyant les occasions de dépenses, mais encore en vous attachant soigneusement en temps de paix à liquider les dettes que des guerres inévitables ont pu occasio#ner ;. mais n'imposez pas i la postérité un fardeau que vous devez vous-mêmes supporter. La mise en pratique de ces* maximes appartient, il est vrai, à vos représentants ; il est cependant nécessaire que l'opinion publique y ait aussi sfr part de coopération. Pour leur faciliter l'accomplissement

S64 LES DEUX AMÉaiQUES.

de leurs devoirs, il est nécessaire que vous toos pénëlria bien qoe, pour payer des dettes, il faut avoir des rsveoos; que, pour avoir des revenus il faut le^er des impAts» qui s6nt toujours plus ou moins désagréables et contrariants. L'embarras inévitable daiis lequel se' trouve le gouvernement pour choisir les objets qu'on peut imposer avec h plus de convenance (choix toujours trds-difBcile] doit être tin motif suffisant pour vous Caire juger sa conduite avse indulgence, et pour vous décider i acquiescer aux mesiires que.les exigences publiques peuvent lui prescrire dans le %ut de subvenir aux besoins de l'État.

* Observez envers toutes les nations la bonne foi et la jastice; cultivez avec toutes la paix et la bonne harmonie. La religion et la moralité vous le commandent; est-il d'ailleurs possible qu'une bonne poliRque ne vous le prescrive pas?

11 sera digne d'une nation libre, éclairée, et qu'on pourra bientôt appeler grande, de donner à l'humanité le magnanime et trop rare exemple d'un peuple toujours guidé par un sentiment élevé de bienveillance et de justice. Qui peut douter que le temps et les événements ne réparent bientôt tivec avantage les sacrifices temporaires que vous aurez pu faire pour ne pas vous départir de ce principe? La Providence pourrait-elle ne pas faire dépendre le bonheur des nations de la pratique de la vertu ? Reconnaissons du moins que tous les sentiments qui ennoblissent la nature humaine recommandent d'en foire rexpcrience. Hélas I nos vices la rendraient-ils impossible!

Pour l'exécution de ce plan, rien n'est plus essentiel

que rexclttsion de ces antipathies invétérées contre certains peuples» et de ces attachements passionnés pour certains autres; il faut substituer à ces sentiments ceux de la bieaveillance pour tous les peuples indistinctement.

La nation qui entretient avec complaisance à Téganf d*un pays une haine ou un amour habituel, en devient en quelque sorte esclave. Elle est l'esclave de son animosité ou de son affection, et l'une ou l'autre suffisent pour fui faire-perdre le sentiment de ses devoirs ou de ses intérto.. Quand il existe chez une nation une antipatliie contre u noautre, elles sont toutes deux prêtes à s'insulter ou à s'injurier, à se faire ombrage des plus légers incidents, et à se montrer fières et intraitables à chaque occasion frivole ou accidentelle do dispute qui s'élève entre elles. De là des collisions fréquentes, obstinées, envenimées, et des contestations sanglantes. La nation, poussée par la mauvaise volonté et par le ressentiment, entraine quelquefois le gouvernement i la guerre, contrairement aux calculs d'une sage politique. Le gouvernement se laisse quelquefois aller à cette propension nationale et adopte, en obéissant à la passion, ce que la raison repousserait. D'autres fois,, cet esprit funeste fait servir l'animosité de la nation à db» projets d'hostilité inspirés par l'orgueil, l'anbition, et aurres motifs funestes et pernicieux. Souvent la paix des nations, elquelquefois leur liberté, en sont les victimes.

L'attachement passionné d'une nation pour une autre engendre aussi une inflnité de maux. La sympathie exclu»sîve pour un pays facilite l'illusion d'un intérêt commun imaginaire (dans des eas où aucun intérêt n^'cxisfc en réa-

366 LES DEUX AMÉftlQUES.

)ilé) ; elle fait partager à Tune les inimiliés de Taoliet al l'entratne ainsi dans des différends et des guerres sansaueun motif raisonnable. Cette sympathie porte à des eoncessions en hveor de eette nation privilégiée, tandis qo'on les refuse à d'autres, ce qui occasionne un double tort an peuple qui les fait, car il code ce qu'il aurait peui-élrs dû conserver; il excite la mauvaise vekmlé, la jalousie, et encourage les représailles des parties auxquelles ces méoies privilèges ont été refusés. Cette sympathie donne i des citoyens ambitieux, corrompus ou trompés (qui se dévouent i la nation favorite), la hcililé de trahir oa de sacrifier les intérêts de leur pays, sans encourir aucun blâme, et de se donner quelquefois môme un vernis de popularité en couvrant des apparences d'une déférence recommandable pour l'opinion publique ou d'un zèle louable pour le bien commun, les basses ou folles complaisances de leur ambition, de leur corruption ou de leur entêtement.

De tels attachements sont particulièrement alarmants aux yeux du patriote vraiment éclairé et indépendant, en ce qu'ils ouvrent la porte h rinfluence étrangère. Combien d'occasions n'oiïrent-ils ps de se mêler aux factions domestiques, d'employer des moyens de séduction, d'égarer l'opinion publique, d'influencer ou d'intimider les conseils du pays! un pareil attachement de la part d'une nation petite ou faible envers une grande, finit par la rendre satellite de celle-ci.

La jalousie d'un peuple libre doit être constamment éveillée contre les ruses insidieuî^es de rinfluence étron-

gère (je conjure mes compatriotes de me croire sur ce point] : rbistoire et Texpérience prouvent que l'influence étrangère est un des ennemis les plus redoutables d'un gouvernement républicain. Mais cette jalousie , pour être utile, doit ôtre impartiale, ou bien elle devient Tinstrument de cette môme influence qu'eHe veut éviter. Une partialité extrême pour une nation étrangère et une ani« mosîté excessive contre une autre, font que ceux qui sont sous l'empire de ces sentiments ne voient le danger que d'un côté, et servent â masquer et même à seconder les moyens d'influence qu'on emploie du côté opposé.

De vrais patriotes, en résistant aux intrigues de la nation favorite, peuvent paraître suspects et odieux, tan^ dis que ses instruments et ses dupes usurpent les ap^ plaudissementset la conflance du peuple, dont ils tcahissent les intérêts.

Notre première règle de conduite vis-a-vis des nations étrangères doit être, tout en étendant nos relations commerciales, d'avoir avec elles le moins de relations politiques possible. Quant aux engagements déjà formés, qu'ils soient remplis avec une parfaite bonne foi. Mais arrêtonsnous là. L'Europe a un certain nombre d'intérêts de premier ordre, qui ne sont pas tels pour nous, ou qui n'ont qu'un rapport très-éloigné avec nos affaires. De là il résulte que l'Europe doit se voir engagée dans des contesta-tiens fréquentes dont les causes nous sont essentiellement étrangères. Il s'ensuit aussi qu'il serait trop peu sage de notre part de nous mêler, par des engagements artificiels , Hu\ vicissitudes ordinaires de sa politique, ou d'entrer

368 LES DfiU& AMÉBlQUtS.

dam les oombinaifloas et dane ke oolUfions ordinaires de ses amitiés ou de ses inimitiés.

Notre position éloignée nous présent ec nous pemet de tenir une aulro ligne de eondnile. Si nous oontiaeoas i former un seul peuple, sous ud goutemenient fort, le moment n'est pas éloigné où nous pounons déBet rétrsnger de nous causer aucun préjudice matériel. Alors no» aurons une attitude qui fera respecler de loos la neuinlilé que nous aurons résolu de garder. Des nations bsiligérantes, dans l'impossibilité de bire sur nous ancsas conquête, ne se hasarderont pas tégèrement à nous pievoquer, et nous pourrons choisir la paix ou la guerre, suivant que nos intérêts, guidés par la justice, nous Tiospireront.

Pourquoi renoncerions-nous aux avantages d'une situstion si particuliôre-? Pourquoi quitter notre terrsin pour aller sur celui de Télranger? Pourquoi, en enlremélani notre destinée avec celle de tout autre peuple , engagerions-nous notre paix et notre repos dans des complications provoquées par l'ambition, les rivalités, les intérêts, rhumeur ou les caprices de l'Europe?

Notre meilleure politique est de rester libres de toute alliance permanente avec les autres pays, autant quii nous est permis de le faire; vous comprenez bien que je suis incapable de vous conseiller l'infidélité aux engagements qui existent actuellement. Je tiens comme non moins applicable aux affaires publiques qu'aux affaires privées cette maxime, que Thonnéteté ost la meilleure des politiques. C*esl poun]uoi, je le répète, (|uc nos enga-

gements soient remplis dans toute leur étendue. Mais, dans mon opinion, il n'est pas nécessaire, il serait imprudent de les multiplier.

Tout en ayant soin de nous tenir dans une attitude défensive convenable à l'aide d'établissements militaires, nous pouvons nous reposer avec sûreté sur des alliances temporaires pour toutes éventualités.

L'harmonie , les bons rapports avec toutes les nations, sont recommandés par la politique, par l'humanité et l'intérêt. Notre politique commerciale elle-même nous prescrit cette impartialité. Ne recherchons jamais et n'approuvons jamais des faveurs et des préférences exclusives; consultons le cours naturel des choses; multiplions et diversiGons par des moyens honorables les branches de notre commerce; mais ne forçons rien. Afin de donner à notre commerce un cours stable, de fixer les droits de ■nos négociants et de mettre le gouvernement en état de les soutenir, établissons avec les puissances qui y sont disposées des règles conventionnelles, des rapports réciproques, aussi avantageux que le permettront les circonstances et l'opinion commune, mais cependant temporaires et susceptibles d'être changés, abandonnés ou modifiés d'un moment à l'autre. Ne perdons jamais de vue ((ue c'est une folie de la part d'une nation d'attendre d'une autre nation des faveurs désintéressées, et qu'elle doit payer par une portion de son indépendance tout ce qu'elle peut accepter à ce titre. Il se peut qu'une telle conduite mette une nation dans la nécessité de faire de grands sacrifices en échange de services de pure forme,

et encore qu'on lui reproche son iogralilude pour n avoir pts donné davantage. Il ne saurait y avoir d'erreur plus grave que de compter sur des faveurs réelles de nation â nation. C'est une illusion que l'expérience doit dissiper el qu'un juste orgueil doit écarter.

En vous offrant, mes cliers concitoyens, ceseonseib d'un vieil ami dévoué , je n'ose me flatter qu'ils prodoilont l'impression forte et durable que jo souhailerats, qu'ils réprimeront le cours ordinaire des passions, ni qu'ils empêcheront notre peuple de suivre la carrière jusqu'ici marquée à la destinée des autres nations. Mais, si je puis me flatter qu'ils feront quelque bien, même partiel et passager, qu'ils contribueront quelquefois i modérer les fureurs de l'esprit de parti, et à mettre mon pays en garde contre les menées de Tintrigue étrangère et les impostures du faux patriotisme, cette seule espérance me dédommagera amplement de ma sollicitude pour votre bonheur, unique source de mes paroles.

Les actes publics et tout ce qui peut témoigner de ma conduile.d'un manière authentique prouveront jusqu'à quei point les principes que je viens de rappeler m'ont guidé dansiua carrière officielle. Ma conscience me dit du moia^ que j'ai toujours cru les suivre, si je ne les ai pas réellement.

Four ce qui regarde la g Europe, je m'en suis tenu du 22 avril 1793. Sanctii celle de vos représentants c

proclamation a toujours été la régie de ma conduite, sans qu'aucune tentative ait pu m*en détourner.

Après un mûr examen , après ni'étre entouré des conseils que j'ai pu obtenir, je roc suis convaincu que notre pays, eu égard aux circonstances de la guerre, avait le droit de garder la neutralité, et que c'était son devoir (»mme son intérêt de le faire. Une fois cette position prise, je me suis déterminé, autant qu'il dépendait de moi, à nous y maintenir avec modération, persévérance et fermeté.

H n'est pas nécessaire de détailler ici tes considérations qui nous donnaient le droit de tenir cette conduite. Je me bornerai à observer que, de la manière dont je comprends la question , ce droit , loin d'être nié par les puissances belligérantes, a été virtuellement admis par toutes.

Le devoir de garder la neutralité peut découler, sans qu'il soit besoin d'autre raison, de l'obligation imposée par la justice et l'humanité, à toutes les nations libres de leurs actes, de maintenir inviolables leurs relations de paix et d'amitié les unes envers les autres.

Je livre à vos réflexions et à votre expérience le soin de découvrir les raisons d'intérêt qui peuvent nous engager à garder la neutralité. Je vous dirai seulement qu'un de nos plus puissants motifs a été de gagner du temps pour notre pays, aGn qu'il pût asseoir et mûrir ses institutions encore jeunes, et arriver au degré de force nécessaire pour commander à ses propres destinées.

Bien qu'en repassant les actes de mon administration je n'aie connaissance d'aucune faute commise avec intention,

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