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passa le fleuve le 29 juin, et opéra sa jonction avec les Serbes à Palanka. Il remporta un brillant succès sur Hidrispacha à Slubich, le 2 juillet, et l'obligea à s'enfermer dans Negotin. Il y mit le siège \
Des embouchures du Danube aux frontières de la Bosnie et de l'Albanie, par Bucharest, l'armée russe et les Serbes tenaient une longue ligne d'opérations militaires. Jamais les [lusses n'avaient encore pénétré aussi profondément dans l'empire ottoman : toute sa frontière septentrionale était comme démantelée ; le Danube même était franchi sur un point, et les Turcs qui le gardaient étaient menacés sur leur flanc gauche.
Décidément la diversion ottomane sur laquelle Napoléon avait compté était manquée. Cette aile droite de la Grande Armée n'avait pas accompli son office. La Turquie pensa en être terriblement punie.
En vérité, il est difficile de croire que Napoléon ait jamais voulu fonder avec la Turquie une alliance solide et durable sans arrière-pensée d'ambition. Il y voyait, à ce moment, un moyen de guerre et ne l'utilisa que le jour où il voulut enfoncer contre la frontière russe une redoutable attaque. Il avait envoyé Sébastiani à Constantinople au commencement de la campagne de 1806 ; il obtint la rupture entre la Porte et la Russie au moment où il entra en Pologne. Aussi bien n'eut-il pas non plus d'autre dessein à l'égard de la Pologne que de l'employer comme une avant-garde. Toute la tradition diplomatique de l'ancienne monarchie, fondée sur l'alliance de la Turquie et de la Pologne, entrait dans les combinaisons de la stratégie impériale. Il n'en voulait pas, pour l'instant
I . Auguste Boj)[)e, La mission de l'adjudant -commandant Mériage à Widdin (1807-1809). — Annales de l'École libre des sciences politiques, i5 avril
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du moins, tirer d'autre profit; il ne fut jamais, de son gré, un évocateur de nationalités anciennes ou nouvelles. Il avait d'autres pensées politiques, plus ambitieuses et plus chimériques.
Il trouvait que les Polonais n'avaient pas assez d'esprit politique pour mériter aussiti^t l'indépendance ; il trouvait que les Turcs n'avaient pas les moindres qualités qui eussent permis la renaissance de leur grandeur, et sans doute il n'était pas dupe de sa propre éloquence quand il s'efforçait de « réveiller Sélim et l'Islam ». Comme la {ilupart de ses contemporains, peut-être tous, il croyait à la ruine prochaine de l'empire ottoman ; il ne le croyait même pas ca|)able — et l'événement lui donnait raison — d'opposer ime barrière solide aux empiélemenls de la Russie. Sébasliani, qui connaissait bien l'Orient, n'avait pas une opinion différente ; il écrivait au lendemain de la Révolution de Constanlinople : « Mustapha n'a pas les lumières de son prédécesseur ; il amènera la fin de sa maison. Mahmoud, le dernier rejeton de la famille d'Osman, est épileplique au dernier degré. La dynastie va s'éteindre naturellement'. »
Jamais peut-être, depuis la campagne d'Kgypte jusqu'à Sainte-Hélène, Napoléon ne pensa différemment au sujet de celui que les Isars allaient appeler « l'homme malade », h l'agonie si longue.
Certes, tant qu'il était en guerre avec la Russie et l'Angleterre, Napoléon mettait toute sa force à empêcher que la question ottomane ne fut posée : il ne fallait pas donner aux ennemis, mieux placés que lui pour en profiter, l'occasion de se partager l'héritage. II convenait, au contraire, de souiller un reste de vie à la Sublime Porte, |>our la redresser un moment sur le Danube, pour empêcher la jonction des Anglais et des Russes vers les Détroits. Il fallait les empêcher de disposer de l'Orient comme il disjMJsait de l'Occident. Il y réussit tant qu'il fut nécessaire et la mission de Sébasliani fut un des triomphes de la politique napoléonienne. Le
I. Archives Nationales, AF, IV, 1688, 5' dossier: d<'*péchc du i*'rjiiiri
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danger passé, la Russie vaincue à Friedland, plus n'était besoin de cet effort ingrat.
Napoléon fondait de grandes espérances sur l'alliance russe : fallait-il les sacrifier à l'alliance turque? Il n'y songea point. Il n'avait point d'engagements fermes avec la Porte. Sébastiani avait heureusement obtenu une déclaration de guerre de la Porte à la Russie. La Turquie et la France étaient ensemble les ennemies de la Russie et de l'Angleterre. Elles n'étaient pas pour cela alliées, quelque subtil que paraisse ce raisonnement. Napoléon n'avait rien signé de décisif avec le sultan, ni avec l'ambassadeur ottoman qui suivait le quartier général de la Grande Armée, Emin-Vahid- Effendi. Celui-ci d'ailleurs, peut-être semblable à ces bauts fonctionnaires de Sélim qui n'étaient que les infidèles représentants de sa pensée et qui firent la révolution de Mai, était mal disposé à une alliance formelle avec la France, et les négociations qui s'étaient engagées entre lui et Caulaincourt A ïilsit, dans les premiers jours de juin, après la révolution de Constantinople encore ignorée, n'avaient pas abouti, La France et la Turquie ne s'étaient pas liées.
Si Napoléon avait adressé à « son ami Sélim » des lettres affectueuses qui pouvaient passer pour des engagements politiques entre loyaux souverains, elles ne pouvaient valoir autant dès que Sélim n'était plus sur le trône. Et même l'Empereur pouvait en quelque manière se sentir atteint par le malheur de son ami, et refuser d'aussi cordiaux sentiments à celui qui le tenait prisonnier, sous menace de mort. L'amitié pour Sélim pouvait avoir comme corollaire, en toute loyauté la rupture avec son successeur.
Cependant il est indéniable que Napoléon n'avait pas poui Sélim une amitié personnelle ; il ne le connaissait pas ; il ne prenait pas une grande part à son malheur. Il avait aimé en lui le sultan qui pouvait lui être utile contre les Russes, et Mustapha pouvait lui être aussi utile et ne lui donna que peu de raisons d'en douter. La Révolution de mai lui fut un prétexte commode pour expliquer la transformation de sa politique d'ailleurs beaucoup moins absolue qu'on ne le crut et qu'on ne l'a dit. Ce ne fut qu'un prétexte. L'entente
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avec la Porte avait tenu aux circonstances ; les circonstanceschangées, l'Empereur y renonça sans vergogne, heureux de pouvoir sauver, tant bien que mal, les apparences.
La rupture ne fut pas complète aussitôt, ^apoléon conserva, pendant plusieurs mois encore, des relations amicales avec la Turquie. Il la sacrifia assez pour pouvoir s'entendre avec la Russie, non pas assez pour donner libre carrière à l'ambition du tsar sur Constantinople et les Détroits. Il contint les uns par les autres successivement ses anciens et se» nouveaux alliés. Il y fallut à sa diplomatie des prodiges de souplesse. Sans doute la fortune y contribua plus que son habileté même ; il n'en est pas moins remarquable que 1» Turquie, moribonde déjà, militairemont plus faible que jamais, ait pu traverser ces années tumullueuscs, pleine de terribles bouleversements pour les puissances les mieux assises, sans y périr, sans y laisser même un important lambeau de territoire. S'il est diflicile d'excuser moralement l'abandon que Napoléon fit de Talliance turque à Tilsit, il n'est que juste d'autre part de ne pas exagérer les conséquences de cette déloyauté dont la Porte d'ailleurs s'est amèrement plainte. Il n'est pas siV que le traité de Tilsit n'ait pas été le salut de la Turquie.
Les contemporains s'y trom|>èrent. Bien |>cu connurent la pensée de NajK)léon sur la question ottomane, et c'est un des points les plus délicats où la postérité, mieux éclairée peut-être, ait à se prononcer. Beaucoup crurent, songeant à l'expédition d'KgypIe et voyant l'Kmpereur s'allachor à l'alliance russe, qu'il était décidé à permettre, à liAler le démembrement de l'empire ottoman. On citait de lui quelques paroles qui semblaient ne laisser aucun doute sur sa volonté de renverser cet empire, de prendre une part de ses dépouilles; on rattachait à cette intention l'annexion de la Dalmatie à la France et les instructions données au duc de Raguse. On aurait pu citer aussi des paroles norv moins impériales sur la nécessité d'assurer l'intégrité de l'empire ottoman, de contenir par lui les Busses de la mer Noire, les Anglais de la Méditerranée. Mais lors de l'entrevue de rilsit, oa crut généralement que le moment du f f