‹ Études numismatiquesChapitre 27 sur 55 · CAMBRAI · texte numérisé non relu

CAMBRAI

Les monnaies des rois de France qui circulaient dans tout le royaume, et môme à Fétranger, furent souvent copiées dans les ateliers féodaux et dans ceux des princes voisins. Bien dMnstructif comme les subterfuges à Taide desquels on cherchait, sur ces contrefaçons, à tromper Tœil du peuple, qui commençait à devenir d'une clairvoyance ruineuse pour les faussaires de haut parage. Le commencement et la fin des légendes étaient ordinairement agencés de façon à prendre la tournure de celles des espèces royales. Au XIV* siècle, les grands feudataires et les hauts barons s'étant mis à fabriquer des pièces d*or, elles furent en général des copies serviles de celles sorties des officines de la couronne. On oonnatt entre autres les monnaies de Pierre IV, évoque de Cambrai, de 1349 à 1368, qui fit calquer le mouton, le royal C) et le Franc à cheval du roi Jean.

M. Cartier a fait connaître dans la Revue numismatique de 1843, p. 450, pi. XIX, une variété du Franc à cheval. JTen donne ici une autre qui est encore plus caractéristique;

(f ) G*e8t la copie d'une pièce de Charles IV, duc de Lorraine. (Recherches sur les monnaies des ducs héréditaires de lorraine, par F. de Saulcy, pi. XXVI , no» 9 et 12.

(9) Et non la cfmse de Philippe de Valois, comme la cru M. Cartier.

car OD ne lit plus ao droit les noms des quatre ë vangétistes, Johannes^ Lucas, Marcus, Mat^s; mais Petrus, dei gra. episcop. cam'corux. Le revers est semblable à celui de la pièce de Jean. Sans doate, à répoqne où la nôtre fut émise, ce prince était mort, et il n*était plqs utile de se servir d*nne légende qui commençait de même manière que la sienne. Oa a simplement donné au demimr mot Taspect de Franco, rex.

rignore si ce Franc à cbeval est inédit. Dans le doute, j*en ai fait exécuter la gravure d'après Fexemplaire du médailler de M. F. Poêyd* Avant. Cette pièce a été trouvée en Vendée, avec plusieurs, autres identiques au nom du roi Jean et de Jeanne de Brabant (<). Jai vu, Fan dernier, un exemplaire de celui publié par H. Cartier chez un orfèvre de Nantes, qui Ta vendu à M. Dague-Dubois, contrôleur de la garantie de cette ville.

+ TVR(onii5) CIVIS. Croix. - r/. {Turo)S\S CIVIS. Type tournois.

Denier cassé de cuivre pur. (PI. IV, n« 11.)

Vers la fin du règne misérable du roi Jean, dit le Bon, malencontreux représentant de cette grossière et brutale chevalerie de la première moitié du xiv* siècle, il y eut un tel désordre dans les monnaies, que leur falsification devint Tune des sources principales des revenus publics. Les seigneurs qui avaient des ateliers particuliers, imitaient non-seulement cet exemple, mais renchérissaient encore sur la mauvaise foi du pouvoir central; de façon que Ton en arriva à fabriquer des pièces de cuivre pur, ni plus ni moins que les faussaires, contre lesquels on avait porté des lois répressives si cruelles.

Il advint également que des personnages qui n'avaient pas de droit légal à la fabrication de numéraire, ne laissèrent pas cependant d'en émettre; et c*est sans doute de cette source que nous sont venues ces pièces sur les deux faces desquelles le nom royal a été supprimé, pour faire place à un type banal. Tai eu occasion de publier, dans les Lettres à M. Ch. Dugast-Matifeux , pi. IX, n« 11, et p. 178,

(1) Il n'y avait non plus qu un seul Franc à cheval de cette dernière princesse. Son travail est supérieur à celui des pièces déjà connues, et, au lieu de fleurons en forme de trèfle, le vêtement est parsemé de fleurs de lis.

un denier en billon de ce temps, snr leqoel sont réunies les deiu légendes Parisius civis et Turontis civis, et que je crois frappé à Paris en 1358, sous Tautorité du prévôt Etienne Marcel. Celui-ci est différent, mais a dû être émis vers la môme période. Ce serait en vain que Ton voudrait en faire un méreau ou le produit d'un accident de monnayage. La pièce que je viens de mentionner réfute d'avance cette objection. Je le considère donc comme une monnaie sortie de quelque atelier accidentel, ouvert durant les troubles qui désolèrent la France depuis la fatale bataille de Poitiers jusqu'à la mort du roi Jean* •

Ifous venons de passer en revue une bien petite quantité de pièces féodales; mais elle suffit pour fortifier encore cette banale vérité, que l'on m'a reproché, avec une naive amertume, d'avoir consignée dans mes précédents travaux, à savoir, que l'étude de la numismatique donne une idée on ne peut plus exacte de l'état social correspondant à chaque période du moyen-âge, et qu'après avoir interrogé les monnaies émises pendant les dix derniers siècles, il est bien difficile, si l'on est de bonne foi, de ne pas être douloureusement ému à la pensée des souffrances qui accablèrent alors l'immense majorité des hommes, livrée à l'exploitation la pins indigne, et chargée d'inextricables entraves. Ces temps,^je suis loin de ie nier, eurent leur raison d'être, leur grandeur, leur originalité, leurs vertus môme ; mais vouloir les glorifier au détriment du présent, les proposer comme modèle à l'avenir, c'est fahre litièce du plus vulgaire bon sens et se révolter contre la bonté de Dieu, qui a rendu guérissables les nations de la terre.

JJL.

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