‹ Études numismatiquesChapitre 42 sur 55 · A6EN · texte numérisé non relu

A6EN

+ CARLVS REX FR. Monogramme caroUn. — «. + AGIN CIVI- TAS. Croix.

Ce denier, du poids de 31 grains Vs m'a été cédé par M. de Coster, qui m'a communiqué également les deux précédents. Il a été décrit, sans que la gravure en ait été donnée, dans le Cat. Rousseau, n? 336.

Ces trois monnaies, qui proviennent des découvertes de Duerstède. en Hollande (0, me fournissent l'occasion de confesser l'une des plus

(1) J'avais déjà vu, il y a trois ans, entre les mains de M. Morin, qaelqaes monnaies carlovingiennes trouvées à Duerstède; j'en ai examiné d'autres depuis : elles m'ont paru parfaitement authentiques.

grandes erreurs dans lesquelles jesois tombé, faute d'avoir pu examiner assez tôt en nature une quantité suffisante de deniers de cette catégorie. La Yue d'exemplaires bien conservés de ceux d'Arles, avec les points entre les lettres des légendes du revers, de Lyon, de Duerstëde et de Trêves, celles du premier surtout , dont le travail est identique (et par conséquent contemporain) à celui de la belle pièce à la tète frappée dans la même ville, cette vue m'a convaincu que j'avais fait fausse route, en refusant jusqu'ici à CSiarlemagne l'emploi du monogramme. Je l'avoue, le style de ces pièces, indépendamment des preuves historiques invoquées en faveur du système contraire à celui que j'avais embrassé (^), ne peut convenir au temps de (Charles le Chauve, et encore moins à la dernière moitié du règne de ce prince. Si j*ai résisté si longtemps à me ranger à cette opinion, c'est que j'étais influencé, d'un côté, parla série monétaire poitevine de l'époque, et de l'autre, par l'aspect des gravures peu fidèles qui ornent la plupart des ouvrages de numismatique française. Cette double préoccupatidn avait pour résultat de m'éloigner des deux parts de la vérité. Mieux renseigné, aujourd'hui, je confesse sans regret m'étre trompé; et cet aveu me coûte d'autant moins, que j'ai toujours apporté la plus entière bonne foi dans l'étude de ces questions scientifiques. Après dix années de recherches, je me trouve être revenu au point de départ, alors que, dans l'un de mes premiers essais, je distribuais entre Charlemagne et Charles le Chauve les pièces au monogramme et à la légende Carltés rex fr. (Rev. num., 1845, p. 352.) Cest encore ainsi que le problème doit être résolu, à mon avis; car, s'il ne m'est plus possible de contester à Charlemagne l'initiative de l'usage de cette empreinte, je ne saurais non plus en refuser l'emploi momentané à Charles le Chauve. MM. de Coster et Cartier, qui ont depuis quelques années repris en sous-œuvre la thèse de Le Blanc, avouent eux-mêmes maintenant qu'on s'en servit en Aquitaine sous ce dernier prince, et la découverte deBonnevaux n'a pas peu contribué à les amener à cette importante concession.

(0 Ces preuves , prises isolément et sanîs le secoors de la numismatique , ne sauraient être d*un bien grand poids, puisque Charles le Chauve et Charles de Provence eurent puissance, à une certaine époque, sur les villes où les pièces que Ton possède ont été frappées. Ce ne sont donc pas les arguments de cette nature qui ont amené ma conversion, mais le fait purement matériel du style de certaines monnaies.

Je ne doute pas non plus que, dans le reste des états de Charles II, les choses ne se soient d'abord passées de la même manière, avant de transporter sur les monnaies la formule gratia dei rex. Avec un peu de soin, on parviendra à faire la distinction des pièces fabriquées sons run ou Tautre règne. La série melloise sera, comme point de comparaison, d'une grande utilité dans cette recherche délicate. Dès aujourd'hui elle sert, à défaut d'autres arguments, à établir que Charles le Chauve reprit l'empreinte de son aïeul, puisque ce fut sous lui que le comte Bainutfe I", après avoir jeté en Poitou les premières racines de la féodalité, immobi&a le type royal employé alors. Or, cette substitution de pouvoirs ne s'accomplit pas, aipsi que semble le croire HT. Cartier, aussitôt la mort de Louis I*', mais quelques années après ; de sorte que Ton ne peut méconnaître l'influence directe du pouvoir central dans la réapparition du type de Charlemagne. La transition entre le style et la f^rique des dernières monnaies de Lom's le Débonnaire, et ceux des gratia eM rex, se trouve de cette façon établie ; autrement il y aurait solution de continuité dans la dégénérescence artistique, et c'est l'un des motifs principaux qui contribuaient le plus à me maintenir dans l'erreur, avant d'avoir vu des deniers sortis d'émissions contemporaines de Charlemagne, taniis que je raisonnais seulement d'après ceux fabriqués an même trfpe sous son petit-fils.

En définitive, je crois, à l'heure qu'il est, que le monogramme carolin parut d'abord en Italie sur les monnaies, vers le miltetr du règne de Charlemagne, et qu'après quelques essais transitoûres, la légende Carlus rex fr, succéda au nom inscrit en deux lignes. Ainsi se trouve comblée la lacune que je sentais exister entre ces dernières pièces et celles à la tète. A la mort de l'empereur, son fils, dont le règne déplorable ftit par la force des choses la contre-partie du sien, s'éloigna insensiblement de ses types monétaires pour en créer de nouveaux où le monogramme fdt proscrit, lesquels furent rejetés à leur lour par Charles le Chauve.

A la suite d'émissions passagères aux empreintes de Louis P' (Oi

(i) Le denier au nom de Charles portaut au irevers M£TALLVM en deux lignes, comme sur les espèces de la ftn du règne de Louis le Débonnaire, date de ce temps. J'ai vu et dessiné dernièrement le seul exemplaire original connu, dans la coUection de M. Rondier» et j'ai constaté (lue cette monnaie était loin d'être

on reprit alors celle qui avait été si populaire sous Charlemagne, et qui fut abandonnée de nouveau, quelques années après, dans la plupart des ateliers du royaume, pour la formule Gratia dei rex.

Ces divers points de doctrine bien constatés, la classification des pièces de Pépin II et de Carloman émises en Aquitaine devient on ne peut plus facile, aussi bien que celle des espèces de Charles le Gros frappées à partir du moment où il fut roi des Francs. On concilie en partie, de cette façon, les systèmes trop exclusifs embrassés par H. de Longpérier et moi, d*un côté, et MM. de Coster et Cartier, de Vautre.

Je devrais peut-être motiver plus longuement ma conversion an système de Le Blanc et de Lelewcl ; mais, après les derniers travaux de MM. de Coster et Cartier, il me semble inutile d^entrer dans de plus amples détails. Ces savants nnmismatistes ont eu le tort de me traiter un peu rudement dans les diSérents articles qu'ils'ont fait paraître sur la matière, sans que je l'eusse précisément mérité. Il est vrai que personne n*est à Tabri de la rafale guerroyante qui soufQe de nos jours, comme j'en ai moi-môme administré plus haut la preuve: ce dont je fais amende honorable de grand cœur, désireux que je suis de voir la paix renaître dans notre petite république, d'ordinaire si bienveillante et si placide. Ce grief ne m'empochera pas d'ôtre juste et de dire que, sauf les rectifications indiquées plus haut, l'opinion de mes deux collègues est, à mes yeux, inattaquable, quant au pohit principal. Cette conviction m'est surtout venue à la suite d*un examen basé sur la donnée artistique : or, les arguments de cette nature se sentent mieux qu'ils ne s'expriment. Je m'adresse, du reste, à des nnmismatistes intelligents, auxquels il suffit d'énoncer un fait pour être compris d'eux, et je les renvoie, pour plus ample informé, aux pièces originales du procès.

Il est une autre monnaie que je ne donnerai pas, avec M. de Coster, à Charlemagne; c'est le denier poitevin à la porte d'église reproduit à la page 40. On doit incontestablement à ce prince la création de ce type ; mais, après avoir examiné l'original de la pièce, on est forcé

aussi ancienne que le prétend M. de Coster. La forme du G de Carlus n'est pas du tout celle qa'oiï lui donne sur la gravure de M. Lecointre-Dupont. Cette lettre est de la même grandeur que le reste de Tinscription. Les antres deniers à légendes Jnlinéaires, tels que le Pariiii, sont contemporains de ce metcUlwn.

de la classer au commeocemeDt du règne de Charles le Chauve. Ceci ressort de la comparaison de son style avec celui des deniers de Louis le Débonnaire frappés dans la province. Le suivant a la même provenance.

+ CABLYS BËX FRANCO. Croix cantonnée de quatre points^ — J^. XPISTIANA RELI6I0. Porte d'église.

Coll. de Coster.

On frappa des monnaies à la porte d'église et avec le nom de Charles longtemps après la mort de Charles le Chauve. M. Ledouz possède un Christiana retigio qui lui est postérieur, et on en rencontre d'une date plus récente encore. Toutes ces pièces sont ecclésiastiques, et beaucoup, comme celles au nom de Louis I*', sortent d'émissions à un type immobilisé.

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