‹ Études ophthalmologiquesChapitre 23 sur 111 · BLESSURES, BRULURES, CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

BLESSURES, BRULURES, CORPS ÉTRANGERS

bon, des éclats de pierre ou de verre peuvent s'implanter fort avant clans la cornée, et s'ils sont portés, lorsqu'ils pénètrent, à une température élevée, la blessure qu'ils causent se complique de la brûlure des parties voisines. C'est alors qu'il survient une suppuration circonscrite qui dégage peu à peu le corps étranger et l'élimine s'il n'est pas trop profondément situé. Dans ce dernier cas, le malade risque de voir la cornée se perforer et le corps étranger tomber dans la chambre antérieure, soit spontanément, soit à la première tentative qu'on fait dans le but de l'enlever.

Souvent le corps étranger implanté dans l'épaisseur de la cornée proémine à peine à la surface de cette membrane. Aussi, dans les commencements, le malade n'accuse-t-il presque pas de gêne; dans d'autres cas, la présence du corps étranger se fait sentir tout d'abord par suite de la saillie qu'il fait et du frottement qu'il exerce contre les paupières ; la sensation qu'il provoque persiste même après l'extraction du corps étranger jusqu'à ce que la couche épithéliale soit réparée dans le point blessé.

L'injection périkératique est le premier signe qui révèle l'accident dont nous nous occupons. En effet, le sac conjonctival n'y participe pas, et les fonctions de l'iris ne sont pas troublées. Pour préciser le siège de la lésion sur la cornée, on la fait miroiter et l'on se sert avec beaucoup de fruit de l'éclairage oblique. C'est en procédant ainsi qu'on découvre facilement les moindres éraillures de la couche épithéliale, la présence des corps étrangers les plus petits, en se rendant compte de la profondeur à laquelle ils sont situés.

Traitement. — Lorsqu'il s'agit d'une contusion simple ou d'une blessure légère et superficielle de la cornée, l'application d'un bandeau compressif et l'instillation d'une solution d'atropine feront en peu de temps disparaître les phénomènes d'irritation.

Quoiqu'il soit très-aisé d'enlever des corps étrangers implantés à la surface de la cornée, on peut rencontrer de très-grandes difficultés, s'il s'agitd'en extraire qui se trouvent, au contraire, dans les couches profondes. Dans le premier cas, il suffit d'appuyer la tête du malade contre le dos d'une chaise ou contre un mur, d'écarter les paupières avec le pouce et l'index de la main gauche, et de fixer le globe en exerçant sur lui une pression modérée à travers les paupières éloignées l'une de l'autre, puis d'extraire le corps étranger à l'aide d'une aiguille à cataracte, d'une simple spatule ou d'une curette de Daviel.

Si l'on rencontre des malades chez lesquels le moindre attouchement provoque une excitation telle qu'il leur soit impossible de tenir l'œil immobile, nous conseillons de faire écarter les paupières par un aide et de se servir de la pince à griffe pour fixer le ylobe. On sera même quelquefois obligé, comme pour les enfants, d'employer le chloroforme.

Le corps étranger doit être enlevé dans sa totalité, et il est nécessaire, pour faire cesser le plus tôt possible l'irritation, de débarrasser la petite cavité produite par le corps étranger du tissu mortifié, souvent brunâtre qui la tapisse.

Lorsqu'une parcelle de pierre ou de métal se trouve implantée assez profondément dans la cornée pour faire craindre qu'elle ne tombe dans la chambre antérieure par suite des manœuvres exercées pour l'enlever, on peut, si elle proémine assez, tâcher de la saisir avec des pinces fines. Ce mode d'extraction est toujours périlleux, car on risque de pousser plus avant la particule nuisible. Pour éviter cet accident, il faut enfoncer derrière le corps étranger une aiguille à paracentèse qui l'empêche d'obéir aux impulsions qu'on pourrait lui donner. Il est nécessaire de calculer avec soin l'épaisseur de la cornée et la profondeur à laquelle est implanté le corps étranger, pour éviter de heurter ce dernier avec la pointe de l'aiguille. En même temps, on essayera de pénétrer très-obliquement dans la chambre antérieure pour empêcher la sortie de l'humeur aqueuse qui serait immédiatement suivie de la projection du cristallin contre la pointe de l'instrument, si celui-ci avait pénétré directement en face du champ pupillaire. Une fois le corps étranger ainsi fixé, on peut l'enlever à l'aide d'une aiguille à cataracte, ou s'il oppose trop de résistance, tailler avec le couteau à cataracte un petit lambeau qui le comprenne. Aussitôt après, on instille une solution d'atropine, et l'on applique pendant quelques heures des compresses froides ou immédiatement le bandeau compressif.

Si, malgré toutes ces précautions, le corps étranger était tombé dans la chambre antérieure, il faudrait, dans le cas où l'humeur aqueuse se serait échappée, discontinuer toute tentative d'extraction. Le jour suivant, lorsqu'une quantité de liquide assez notable remplira la chambre antérieure, on pratiquera à une distance de 1 à 2 millimètres de l'endroit où se trouve le corps étranger, une incision de quelques millimètres, et on laissera s'échapper rapidement le contenu de la chambre en retirant lestement le couteau appuyé un peu sur la lèvre postérieure de la plaie. Si le corps étranger n'est pas chassé hors de l'œil par le courant de liquide, on sera souvent obligé de pratiquer l'excision de la partie de l'iris sur laquelle il repose. Les tentatives par lesquelles on s'efforce d'extraire, dans ces cas, le corps étranger, sans attirer l'iris au dehors, échouent presque constamment. On expose ainsi le malade à une iritis traumalique souvent trèsintense, par les manœuvres qu'on exerce sur cette membrane.

Un emploi modéré des compresses froides serait indiqué, si les douleurs ciliaires, l'injection périkératique et le larmoiement persistaient même après quelques instillations d'atropine.

Une perte de substance plus considérable produite aux dépens de la

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