DE L'ORBITE ET DES VOIES LACRYMALES
ARATOHIE ET PHYSIOLOGIE
Par le professeur W. HENKE.
L'œil est entouré de parois osseuses qui constituent l'orbite, recouvert par des replis cutanés qui sont les paupières, et tenu dans un état permanent de lubrifaclion parles larmes. Les paupières se meuvent au-devant de l'œil en s'élevantet en s'abaissant. Grâce à ces mouvements, les larmes se répandent uniformément dans l'espace situé en arrière de ces voiles membraneux, et leur excès est éliminé par un canal tapissé d'une muqueuse. Les paupières possèdent un système musculaire particulier qui concourt à accomplir ces diverses fonctions, parfois simultanément. Nous pouvons donc procéder à l'étude des organes qui président à la protection de l'œil en les groupant de la manière suivante :
1° Composition de l'orbite;
2° Composition des paupières ;
3° Composition des organes lacrymaux;
r4° Muscles des paupières;
5° Mouvements des paupières;
6° Transport des larmes.
L'orbite, qui renferme l'œil avec ses muscles et ses nerfs provenant soit des fissures de la boîte crânienne, soit de la face, présente dans tous les sens des dimensions supérieures au globe oculaire lui-même, et cette cavité offre justement son maximum de capacité dans le point où elle est le plus voisine de l'organe qu'elle contient, sans toutefois le toucher. Elle atteint, ou peu s'en faut, son plus grand volume à son orifice externe ou facial. En arrière de l'œil, elle se dirige en se rétrécissant vers le centre de la base du crâne. L'ouverture externe affecte à peu près la forme d'un quadrilatère dont les angles sont arrondis et dont les côtés égaux regardent vers le front, Wecker. — i. 34
la joue, le nez et la tempe (pi. V, fig. 1). De ces quatre- cotés partent quatre parois qu'on peut désigner sous les noms de supérieure, d'inférieure, d'interne et d'externe, mais qui, il faut le dire, s'unissent aussi par des angles émoussés. Ces divers plans convergent en arrière, et l'on a, pour cette raison, comparé la cavité qu'ils limitent à une pyramide a quatre pans. Mais il est plus exact de la comparer à un coin qui se termine en arrière par une arête verticale, en s'amincissant à cette extrémité. En effet, les parois interne et externe sont plus convergentes que les parois supérieure et inférieure : ces dernières ne se rejoignent pas au sommet de l'orbite, tandis que les premières se confondent suivant une ligne droite fictive en un point où la distance des extrémités des parois supérieure et inférieure est encore presque égale à la moitié du diamètre de l'ouverture orbitaire antérieure.
Les parois de l'orbite sont généralement constituées par des plaques osseuses simples et très-minces qui les séparent de la cavité crânienne et des différents sinus creusés dans les os de la face, et elles ne s'épaississent et ne prennent plus de résistance qu'au voisinage des fentes étroites qui occupent le fond de l'orbite et près de son ouverture externe. Les mêmes parois osseuses sont étroitement jointes les unes aux autres par des sutures finement dentelées: de plus, elles fournissent des bords tranchants aux fissures où elles vont se terminer en arrière.
En avant, trois de ces parois seulement, la supérieure, l'inférieure et l'externe, se terminent par un bord tranchant qui vient coupera angle aigu les os du front et de la pommette. La face interne, au contraire, se confond insensiblement avec la charpente osseuse du nez. (Comparez les sections représentées pi. V, fig. 2; pi. VI, fig. 1.)
La paroi supérieure de i'orhiic est formée par la lame horizontale de l'os frontal, et supporte par sa table supérieure le lobe antérieur du cerveau. Elle offre en général une direction horizontale et affecte la forme d'une voûte concave d'avant en arrière et de dedans en dehors, s'adaptant à la convexité de l'œil, mais appartenant à une courbe plus étendue. On y remarque, eu outre, en haut et en dehors, une excavation destinée à loger la glande lacrymale. La face inférieure du lobe antérieur du cerveau est quelque peu concave pour se mouler sur la configuration ci-dessus décrite. Les circonvolutions qui s'y trouvent sont immédiatement en rapport avec les impressions digitales que présente cette paroi, où, dans certains cas, le tissu osseux se raréfie tellement qu'il fait parfois défaut. D'ailleurs l'épaisseur générale de cette paroi est si peu considérable que l'inflammation du périoste de l'orbite peut aussi facilement gagner par là les enveloppes du cerveau que l'inflammation du tégument qui tapisse la voûte de la caisse du tympan.
AMTOMIE ET PHYSIOLOGIE. 529
Il ne faudrait pas croire que les lobes antérieurs du cerveau aboutissent exactement dans l'angle assez aigu que forment les portions verticale et horizontale de l'os frontal. Cet espace est occupé par une assez grande quantité de tissu osseux et contient soit du diploé, soit des cellules qui se continuent sur la ligne médiane avec un sinus frontal développé outre mesure. Au niveau du tiers interne du bord supérieur se trouve la fente ou le trou sus-orbitaire, par où passe le nerf du même nom. Le point où le bord supérieur se recourbe en bas et en dedans pour constituer le bord interne de l'orifice extérieur cle l'orbite, correspond déjà à des cellules du sinus frontal.
La paroi inférieure de l'orbite est constituée par la iame horizontale du maxillaire supérieur qui sépare le sinus creusé dans cet os de la cavité orbitaire. Cette paroi n'offre pas une concavité aussi considérable que la supérieure, mais e!ie appartient à un plan plus incliné, dirigé d'arrière en avant et de haut en bas. D'ailleurs elle est plus épaisse et moins irrégulière que la précédente, en vertu du parallélisme de ses tables supérieure et inférieure. Son bord antérieur est, comme le bord correspondant de la face supérieure, aigu et tranchant du côté de la face, tandis qu'il est émoussé et comme épaissi du côté du sinus.
L'extrémité externe de ce bord et la portion correspondante de la paroi inférieure de l'orbite appartiennent à cette partie de l'os zygomatique qui vient s'arc-bouter, au moyen d'une large suture, sur l'extrémité externe du maxillaire supérieur, sans qu'aucune saillie se puisse remarquer à l'union de ces deux os. Le canal sous-orbitaire parcourt obliquement d'arrière en avant cette paroi inférieure de l'orbite, en donnant passage au nerf du même nom, qui, après avoir traversé son bord antérieur vers le milieu, apparaît un peu au-dessous pour se recourber vers la face.
La paroi externe de l'orbite est formée par la iame antérieure de la grande aile du sphénoïde et par la lame postérieure de l'os zygomatique réuni au précédent au moyen d'une suture très-solide. Cette paroi sépare l'orbite de la fo^se moyenne du crâne, et, par son intermédiaire, du lobe moyen du cerveau, c'est-à-dire de celui qui descend le plus bas et s'étend le plus en largeur. Elle le sépare en outre de l'extrémité antérieure de la fosse temporale, mais il est nécessaire d'ajouter que ces deux cavités sont situées plutôt en arrière que sur les côtés de l'orbite, ce qui pourrait permettre de considérer la cloison qui les sépare comme une paroi postérieure et non latérale de cette excavation. Elle est verticale et se dirige de dedans en dehors, puis d'arrière en avant, et est constituée par une plaque osseuse assez résistante et lisse dans sa plus grande partie. Son extrémité antérieure et inférieure, fournie par l'os zygomatique et correspondant à la fosse temporale, s'incurve horizontalement pour se continuer avec la face orbi-
taire du maxillaire supérieur, taudis que sou extrémité postérieure, appartenant à la grande aile du sphénoïde, et, comme nous l'avons vu, contiguë au cerveau, se termine par un bord tranchant vis-à-vis du bord opposé du maxillaire supérieur. Entre les deux se trouve la fente sphénomaxillaire par laquelle l'orbite communique avec la fosse cérébrale moyenne.
Le bord supérieur de la paroi que nous étudions s'articule très-solidement avec la lame horizontale du frontal. En arrière, la face antérieure de la grande aile du sphénoïde est contiguë à cet os, se termine librement visà-vis de l'apophyse d'Ingrassias, et ces deux saillies osseuses comprennent entre elles la fente spénoïdale. Celle-ci se prolonge eu dedans et en bas, entre le bord postérieur de la grande aile et le corps du sphénoïde jusqu'au voisinage de la fente sphéno-maxillaire. C'est, pour ainsi dire, en ce point que l'orbite se termine à l'angle de réunion des parois interne et externe de cette cavité. Le trou optique se trouve entre les deux lames osseuses par lesquelles les petites ailes du sphénoïde s'unissent au corps de l'os.
C'est en dehors que l'œil est le moins protégé, car le bord externe de l'orbite qui relie les parois supérieure et inférieure de cette cavité ne couvre même pas, sur une coupe latérale, la moitié postérieure du globe de l'œil.
La paroi interne est formée par la lame papyracée (os planum) de l'ethmoïde, par l'os unguis, et, dans une très-petite étendue, par l'apophyse montante du maxillaire supérieur. Elle sépare l'orbite des cellules ethmoïdales voisines de la partie supérieure des fosses nasales. A l'opposé de la paroi externe, elle forme un angle presque nul avec le plan médian, et son bord inférieur s'éloigne un peu plus de ce dernier que le supérieur. I.a lame papyracée de l'ethmoïde est certainement la partie la plus mince de toutes les parois de l'orbite. Elle se recourbe en haut et en bas vers des lames osseuses aussi déliées, appartenant au frontal et au maxillaire supérieur, qui sont de même, dans une certaine étendue, adossées à des cellules, et elle se confond en arrière et en avant avec le sphénoïde et l'unguis sans ligne visible de démarcation. La lame papyracée contribue avec le premier de ces os à former le bord interne de la fente sphéno-maxillaire*
Entre cette fente et la fente sphénoïdalc, vers l'extrémité de la suture qui réunit l'ethmoïde au sphénoïde, s'enclave, à la manière d'un coin, la facette orbitaire du palatin.
La moitié postérieure de l'os unguis peut être envisagée comme le prolongement de la lame papyracée, tandis que l'antérieure se contourne de dehors en dedans pour former avec le bord postérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur l'excavation d'où naît le canal nasal qui descend du plancher de l'orbite dans la partie latérale et inférieure du nez. La
croie qui partage l'os unguis en deux parties forme ainsi la paroi postérieure de cette excavation, et porte le nom de crête lacrymale postérieure. Le bord externe de la paroi antérieure, désigné sous le nom de crête lacrymale antérieure, appartient à l'apophyse montante du maxillaire supérieur. La crête lacrymale antérieure a la direction d'une ligne qui réunirait les extrémités internes des bords orbitaires supérieur et inférieur; elle se continue directement avec ce dernier, tandis qu'elle est séparée de l'autre patun intervalle dans lequel la paroi interne de l'orbite fait suite à la racine du nez. Abstraction faite de ce léger vide, on peut regarder la crête lacrymale antérieure comme une limite assez tranchée de la paroi interne de l'orbite.
L'excavation osseuse comprise entre les deux crêtes lacrymales reçoit le sac du même nom. Celui-ci occupe donc la partie antérieure de la paroi interne de l'orbite, et se trouve, au reste, à peu près de niveau avec le sommet de la cornée.
C'est, on le voit, en dedans que l'ouverture antérieure de l'orbite est le plus avancée par rapport à l'œil et en dehors qu'elle l'est le moins (pi. V, fig. 2). L'extrémité externe du diamètre horizontal de cette ouverture se porte donc sensiblement en arrière, et ce diamètre passe à peu près par le centre de l'œil. Si cet organe est dirigé en avant, sa circonférence est en dedans postérieure au bord interne de l'orbite, tandis qu'en dehors un quart seulement du globe oculaire est recouvert par la paroi externe ; le reste ne trouve de protection que dans les paupières. Les bords supérieur et inférieur sont, au contraire, assez symétriquement opposés par leur partie moyenne et dépassent le globe de l'œil d'une manière égale (pi. VI, fig. 1). Une ligne verticale qui les réunirait serait à peu près tangente au sommet de la cornée, de telle façon que les paupières ne dépassent que peu ou point la saillie du sourcil et celle de la joue ; mais on observe ici des différences individuelles assez marquées.
Les parois de l'orbite sont recouvertes par un périoste qu'on a coutume de désigner sous le nom de periorbita. Il forme une membrane assez continue et lisse, mais qui n'adhère pas aussi intimement à l'os que le périoste de la plupart des autres régions, car il suffit d'une courte macération pour permettre, sur le cadavre, d'en détacher des lambeaux assez étendus, comme ceux de la dure-mère, qu'on peut arracher de la surface interne du crâne. Les adhérences ne deviennent plus intimes qu'au niveau des sutures et surtout des bords tranchants qui limitent les fentes, enfin près de l'ouverture antérieure de la cavité orbitaire. Dans ces différents points, diverses parties contribuent encore à l'occlusion des ouvertures que nous avons étudiées. Ainsi la fente sphénoïdale est occupée par les nerfs et les vaisseaux qui la traversent; la fente sphéno-maxillaire, par une membrane de
nature musculaire (1); l'ouverture externe de l'orbite, par un fascia peu épais, le fascia orbitaire, qui s'insère à sa périphérie et entre dans la composition des paupières. Au niveau de la fente sphénoïdale et du trou optique, le périoste de l'orbite est intimement uni au prolongement de la duremère crânienne, qui forme une gaine aux nerfs émergents, ainsi qu'aux tendons d'origine des muscles longs du globe de l'œil et du releveur de la paupière. Dans la fente sphéno-maxilîaire, il est séparé du périoste de la fosse temporale par une membrane molle, tendue entre les bords de cette fente qu'elle oblitère, et composée de fibres musculaires lisses, jointes à quelques fibres élastiques.
Le globe de l'œil n'est fixé d'une manière assez intime au périoste de l'orbite que par l'intermédiaire des parties qui traversent la fente sphénoïdale; partout ailleurs il n'y est uni que par le tissu graisseux de l'orbite et par un tissu cellulaire lâche.
L'ouverture antérieure de l'orbite est fermée par le globe de l'œil et le fascia orbitaire qui naît, sous la forme d'une membrane mince, du rebord osseux et relient le tissu graisseux sur les parties latérales du globe de l'œil. Au-devant de cet organe, le fascia se perd dans les paupières qui se portent de bas en haut et de haut en bas vers une fente à peu près horizontale qui s'ouvre et se ferme quand elles se déplacent.
Les paupières sont constituées par la peau qui se trouve au-devant de l'ouverture orbitaire aniérieure et s'étend jusqu'à la fente en question, et par la conjonctive qui se réfléchit du globe de l'œil sur ces replis cutanés. Ces deux téguments s'adossent insensiblement aux deux faces du fascia orbitaire, auquel ils sont unis par du tissu cellulaire. Ils ne présentent des connexions plus intimes l'un avec l'autre qu'au voisinage de la fente, où s'interposent entre eux des parties plus résistantes, les cartilages tarses. C'est ainsi qu'est constituée la portion la plus ferme des paupières, munie en outre de glandes volumineuses et bordée de cils (voy. pi. VI, fig. 2, qui n'est autre que la figure 1 à une échelle supérieure) (2). Celle partie solide se continue avec la partie molle des paupières, qui ne correspond à la fente palpébrale que dans une très-petite étendue. Elle est constituée
(1) H. Miiller, Zeilschrift fur wissetischaflliche Zoologie von Siebold und Kôlliker,
l. IX, p. 541.
(2) Celle figure a été faite d'après le dessin si soigné de M. }Ioll (Bijdrarjm toi dcanalomie eu physiologie der oogledm, Dtrecht, 1857).
uniquement par la peau et la conjonctive et se confond sans limite exacte avec les téguments de la face et du globe de l'œil.
La portion molle des paupières, très-sujette à varier en surface, est donc interposée à la partie marginale où sont contenus les tarses et à l'insertion osseuse du fascia orbitaire. Ce dernier naît en haut, en bas et latéralement des bords tranchants de l'orbite, au niveau de la réflexion du périoste qui tapisse cette cavité sur les os de la face. C'est en dedans seulement qu'il prend une origine un peu plus profonde en se dégageant insensiblement du périoste postérieur au sac lacrymal. De son origine à sa terminaison, il forme avec les tarses une surface lisse et égale (voy. pi. V, fi g 1).
Les tarses ou fibro- cartilages des paupières sont des lames élastiques assez rigides, formées d'un tissu dense composé de grands éléments de tissu cellulaire analogues à ceux des cartilages inierarticulaires des grandes articulations. Ils se terminent, vers la fente palpébrale, par un bord épais et s'amincissent au contraire à leur périphérie. Ce bord épais constitue la partie solide du bord libre de la paupière, qui mesure environ 1 millimètre d'épaisseur. C'est en ce point que la peau et la conjonctive viennent se confondre. Près de la lèvre postérieure du bord épais des tarses s'aperçoivent les orifices excréteurs des glandes qu'ils contiennent, tandis que la peau qui avoisine sa lèvre antérieure supporte les cils répartis dans toute l'étendue du bord libre des paupières, excepté dans les points où les fibrocartilages manquent;, et c'est ainsi qu'on peut juger de l'étendue de ces derniers.
Les extrémités internes des tarses se séparent nettement des parties molles en des points très-symétriquement superposés, à un peu moins d'un centimètre du grand angle de l'œil. L'extrémité externe du tarse supérieur coïncide presque avec l'angle externe de la fente palpébrale, tandis que l'inférieur se perd d'une manière assez insensible sous la peau, à une petite distance de cet angle.
Le plus grand diamètre vertical des tarses est plus rapproché du grand angie que de la commissure externe, et leur hauteur diminue plus rapidement en dehors qu'en dedans de ce diamètre. Il mesure, à la paupière supérieure, plus d'un centimètre; moins à la paupière inférieure, dont le fibro -cartilage est d'ailleurs beaucoup moins développé. Les deux tarses sont moulés sur la convexité du globe de l'œil et représentent des segments d'une sphère à grand rayon, de telle sorte qu'ils se recourbent nonseulement de haut en bas, mais encore de dedans en dehors. Cette dernière inflexion se manifeste sur les yeux ouverts par une courbure à concavité inférieure pour la paupière supérieure, supérieure pour l'inférieure. En outre, le bord libre de la paupière supérieure est un peu convexe, tandis que celui de l'inférieure est légèrement concave, comme on l'observe faci-
leinent sur un œil dont les regards se portent en bas ou en examinant les parties de profil (voy. fig. 19). Ces différentes courbures sont d'ailleurs invariables, quelle (pie soit la position des paupières (1).
Fig. 19.
Dans chaque fibro-cartilage est une série de glandes sébacées volumineuses, disposées verticalement et connues sous le nom de glandes de Meibomius. Elles commencent par une extrémité en forme de cul-de-sac vers le bord aminci du tarse et aboutissent, vers son bord épais, par un conduit excréteur assez court (voy. pi. VI, fig. 2). Ces glandes fournissent une sécrétion graisseuse qui, lorsque les paupières se touchent, enduit ses bords libres dont elle prévient la dessiccation et empêche l'écoulement du fluide contenu dans le sac conjonctival.
A la face postérieure des tarses s'applique la conjonctive qui leur fournit une enveloppe lisse et solidement adhérente. La muqueuse offre ici une couche abondante de papilles aplaties, recouvertes d'un épithélium pavimenteux. La peau qui recouvre la surface externe des tarses offre une minceur qu'on ne retrouve dans presque aucune autre partie du corps. Elle est garnie de poils fins et, comme la couche musculaire sous-jacente, adhère au tarse par du tissu cellulaire lâche. Ce n'est que vers le bord libre que l'union de ces différentes parties devient plus intime, et c'est là que se trouvent les cils.
Les cils sont des poils roides qui s'épaississent légèrement au delà de leur émergence, puis s'amincissent et se terminent par une extrémité trèsdéliée. Leur racine épaisse et conique se trouve, à peu de distance du bord libre, juxtaposée au tarse. Si l'on dédouble la paupière, à partir de son
(1) Il est à remarquer que plusieurs des meilleurs peintres, par exemple Kaulbach, dans sa fameuse scène de fous, dessinent le bord de la paupière supérieure concave, même de profil et sur des yeux ouverts, comme s'il s'agissait d'un repli cutané qui s'infléchisse lorsqu'il est tiraillé en haut.
bord libre, en deux moitiés d'épaisseur égale, on tombera très-exactement sur ces bulbes pileux, où de petites glandes sébacées aboutissent comme dans les follicules de certaines autres régions. Ils sont silués entre les fibres musculaires elles-mêmes, et se dirigent vers le bord libre à la surface duquel ils se terminent. Lorsque les paupières sont fermées, les racines des cils correspondent justement à leur ligne de contact ; mais les poils eux-mêmes se touchent par une convexité, inférieure pour les supérieurs, supérieure pour les inférieurs. Les cils, comme le fibro-cartilage, sont plus forts à la paupière supérieure qu'à l'inférieure. Ils se renouvellent comme tous les poils, et cela probablement dans l'espace de cent jours (1).
La partie molle des paupières est limitée par le bord mince des tarses et constituée par la peau, le fascia orbitaire qui adhère à ce même bord des tarses et la conjonctive. Ces différentes parties sont juxtaposées quand la paupière est assez fortement attirée sur l'œil, tandis qu'elles s'écartent les unes des autres vers le bord orbitaire antérieur et la sclérotique, quand la moitié de. la cornée est à découvert. Ces parties molles se continuent aux extrémités des tarses et forment pour ainsi dire une zone souple autour de la portion rigide des paupières.
La commissure externe est très -rapprochée des extrémités des tarses et surtout de celui de la paupière supérieure, car on sait que le fibro-cartilage de l'inférieure se termine à quelque distance de cet angle. En ce point, la conjonctive forme au-dessous du repli cutané un repli muqueux qui reste constamment appliqué contre le globe de l'œil, à la manière des portions molles de chaque paupière. Les extrémités internes de la partie molle des paupières sont séparées par un prolongement de la fente palpébrale où le bord libre offre ceci de particulier qu'il manque absolument de cils et que la peau prend insensiblement le caractère d'une muqueuse pour se continuer avec la conjonctive. Aussi cette partie des paupières ne s'applique-t-elle pas contre le globe de l'œil; elle est tendue entre la circonférence interne de ce dernier et le bord antérieur de la paroi interne de l'orbite, c'est-à-dire au-devant de l'excavation comprise entre l'œil et la racine du nez. Celte partie de la fente palpébrale n'est donc pas remplie par le globe oculaire, mais bien par une certaine quantité de tissu graisseux tapissé par la conjonctive et qui constitue la caroncule lacrymale, limitée par le repli semi-lunaire. Dans le grand angle, la conjonctive ne forme pas de repli sous la peau, mais se transforme manifestement en derme. Les replis muqueux propres aux deux paupières ne se continuent donc pas dans l'angle interne, directement de l'une à l'autre ; ils sont interrompus au niveau de la caroncule et ne communi-
(1) Yoy. MoU, hc. ct7.,r- 13.
530 ORGANES LACRYMAUX.
qucnt l'un avec l'autre qu'au devant de cette dernière, dans l'espace désigné
sous le nom de lac lacrymal.
L'angle même vers lequel convergent les extrémités internes des bords libres de chaque paupière est occupé par un petit raphé fibreux, le ligament palpébral interne, qui s'insère à la crête lacrymale antérieure de l'apophyse montante du maxillaire supérieur, dans un espace à peu près égal à la moitié du rebord orbitaire interne. II est tendu horizontalement au-devant de l'infundibulum osseux destiné au sac lacrymal, et comme sa longueur égale environ la largeur de ce dernier, l'angle externe des paupières est assez exactement situé en face de la crête lacrymale postérieure, et tout près de ceile-ci, si l'on repousse le ligament en arrière.
3° ORGANES LACRYMAUX.
Les larmes sécrétées par la glande lacrymale sont versées dans le sac conjonciival et conduites parleur système canaliculaire tapissé d'une muqueuse dans le nez, où le courant respiratoire les évapore. La glande lacrymale est une agglomération de glandes en grappe dont ies dimensions sont celles de la moitié d'un œuf de pigeon. Elle occupe une dépression située à la partie supérieure et latérale externe de la voûte de l'orbite avec le tissu graisseux duquel elle n'a que de faibles connexions. Sa structure histologique et la composition de ses lobules la rapprochent des glandes muqueuses et salivaires. Elle communique par plusieurs petits conduits, à paroi peu épaisse, avec l'extrémité externe du cul-de-sac supérieur, (l'est de là que les larmes se répandent librement clans le sac conjonctival au devant de L'œil, où elles sont dispersées dans toutes les directions par les mouvements des paupières (1).
La voie par laquelle l'excès du liquide répandu dans le sac conjonctival est conduit dans les fosses nasales se compose de deux canaux étroits qui s'abouchent par deux petits orifices dans le lac lacrymal et qui se terminent dans un conduit beaucoup plus large. Celui-ci se continue avec un canal osseux qui aboutit dans le méat inférieur des fosses nasales, et l'ensemble de ces parties constitue les conduits lacrymaux, le sac lacrymal et le canal nasal. Les conduits présentent comme la conjonctive une couche simple d'épithélium pavimenteux; le sac et le canal, au contraire, possèdent
(1) Il reste encore à savoir quelle quantité du liquide épanché à la surface de l'œil appartient à la sécrétion de cette glande et à celle des glandes conjonctivales ; combien à la transsudation qui s'opère au travers des membranes de l'œil. Il serait à désirer que des recherches ultérieures vinssent élucider celte question.
comme la muqueuse du nez un épithélium vibratile, et l'on y trouve de plus de petites glandes en grappe.
Les conduits lacrymaux commencent par deux fines ouvertures appelées points lacrymaux et situées aux angles saillants du bord libre des paupières, exactement à la limite des portions tarsienne ou solide et cutanée ou molle de la fente palpébrale, à l'endroit où celle-ci est en rapport avec le lac lacrymal. Ils sont doublés en dehors d'un tissu dermique dense et s'enfoncent d'abord directement de haut en bas dans l'épaisseur molle des paupières. Bientôt ils s'élargissent un peu, sont constitués par une muqueuse flasque et, se coudant brusquement pour prendre une direction horizon^ taie, ils longent le bord interne de la portion molle de la fente palpébrale. Enfin ils atteignent le grand angle et se réunissent en arrière de l'extrémité interne du ligament palpébral pour se jeter ensemble ou séparément dans le sac lacrymal.
Le sac et le canal nasal constituent deux portions des voies lacrymales assez exactement égales en longueur. Ils se trouvent quelquefois séparés par un repli muqueux, mais assez souvent il n'existe entre l'un et l'autre aucune ligne de démarcation bien tranchée. Néanmoins il est possible d'y distinguer une portion supérieure, adossée d'un côté seulement à une dépression osseuse, environnée de parties molies dans le reste de son étendue, et susceptible, par conséquent, de varier sensiblement de volume, puis une portion inférieure, engaînée de tous côtés par une paroi osseuse, d'un calibre constant et renfermant toujours une certaine quantité de liquide. L'extrémité de cette dernière portion est, il faut le dire, en partie muqueuse vers son embouchure dans le méat inférieur.
Le sac lacrymal occupe l'excavation osseuse que nous avons décrite en traitant de l'orbite à la paroi interne duquel il est placé, entre la crête lacrymale antérieure dépendant du maxillaire supérieur et la crête lacrymale postérieure dépendant de l'os unguis. Le sac est donc sous la peau tout près de l'angle interne de la fente palpébrale , attendu que cet angle est assez exactement situé vis-à-vis de la crête lacrymale postérieure (voy. pi. Y, fig. 1). La paroi interne de l'infundibulum destiné à contenir le sac lacrymal est constituée par un tissu peu épais, mais manifestement de nature fibreuse. Au niveau des crêtes lacrymales antérieure et postérieure et du pont osseux qui les unit en bas en formant avec elles une partie du trou dans lequel vient se perdre le sac lacrymal , ce fascia fibreux est intimement lié au périoste de l'orbite.
La muqueuse du sac est appliquée très-exactement à l'os et à l'aponévrose ci-dessus décrite, quoiqu'elle n'adhère à ces parties que par un tissu cellulaire assez lâche. La largeur du sac correspond donc assez rigoureusement à l'espace compris entre les parois aponévrotique et osseuse de
538 ORGANES LACRYMAUX.
l'infundibulum, lorsque la muqueuse et le tissu cellulaire sous-jacent ne sont pas le siège d'un gonflement anormal. Le sac est généralement trèsétroit, de telle sorte que ses parois interne et externe sont, dans presque toute leur étendue, appliquées l'une contre l'autre et ne sont séparées que par une petite quantité de liquide. En effet, que l'on regarde tranquillement devant soi en fermant les narines et la bouche, ou même que l'on fasse un mouvement énergique d'inspiration, la région de l'angle interne de l'œil se déprime à peine (1). Le sac est donc lisse et aplati (voy. pi. V, la partie gauche de la figure 2.)
L'extrémité supérieure du sac est formée par une sorte de coupole qui ne dépasse que d'une très-petite quantité la fente palpébrale interne, et, par suite, le ligament correspondant. Ce faisceau fibreux résistant, qui de la crête lacrymale antérieure va à l'angle interne, se tend au-devant du sac, est intimement uni à l'aponévrose qu'il recouvre et lui envoie des faisceaux de renforcement, principalement par son bord supérieur. On voit par ce qui précède que juste au niveau du point où les conduits lacrymaux aboutissent dans le sac, se rencontre la partie la plus solide, mais non la moins mobile de sa paroi antérieure, car le ligament palpébral n'est pas, comme le reste de l'aponévrose, fixé à la crête lacrymale postérieure (2); mais il se termine librement à la circonférence du lac lacrymal vers lequel il envoie des tractus très-fins.
Le canal nasal traverse la paroi qui sépare le sinus maxillaire des fosses nasales et vient se jeter dans le méat inférieur. Comme les fosses nasales sont plus larges à leur partie inférieure qu'au voisinage de l'orbite, il en résulte que le canal nasal ne se porte pas directement de haut en bas, mais bien un peu obliquement de dedans en dehors (Voy. pi. V, fig. 1). En outre, il se dévie un peu d'avant en arrière, de telle sorte qu'on peut faire pénétrer dans le canal, malgré la saillie frontale, une sonde droite
(1) M. Veber est le seul qui prétende avoir observé un enfoncement dans cette région, et être parvenu à faire, par la pression, sortir du sac un peu de mucus, principalement sur des yeux dont les paupières étaient doucement fermées, dans un état qu'il appellera, s'il le veut, état de repos, mais qui, il faut en convenir, ne saurait servir de type dans l'étude scientifique de cette question. (Voy. Monatsllatlar fur Augenheilkunde, 18G3, p. lit.) Dans les cas où M. Weber n'a pas réussi à faire sortir un peu de liquide du sac, c'est, dit-il, parce que ce dernier contenait de l'air. Mais comment cet air y aurait-il pénétré?
(2) C'est, pour ce qui regarde le ligament, le seul point où ma description diffère de celle de M. Henle (Muskellchre, p. 139), car, d'après lui, le ligament s'attache aussi en arrière. R. Maier (Ueber deu Bau der Tliriincnorgane, p. 43j a définitivement confirmé mon opinion et l'a complétée en poursuivant les fibres du ligament jusque vers le bord des paupières.
dont l'extrémité supérieure se croise alors avec la ligne médiane du front. Il existe quelquefois dans la direction du canal des variations assez considérables; par exemple, celle qui résulte de l'absence de l'obliquité latérale. Le canal nasal, dans sa portion purement osseuse, mesure à peu près six lignes. Il descend du plancher de l'orbite au bord du cornet inférieur qui se trouve adossé à la paroi latérale du nez. Le maxillaire supérieur entre pour plus de la moitié dans sa composition; le reste est constitué par des lamelles appartenant aux cornets et à l'os unguis, qui forment une faible portion de sa paroi interne. Ce conduit est tapissé par un prolongement muqueux, assez intimement uni à l'os pour ne pouvoir pas s'adosser à lui-môme, et constamment rempli d'un liquide.
A l'extrémité inférieure du canal osseux, le canal muqueux ne s'interrompt pas brusquement avec lui, mais il le dépasse pour s'épuiser bientôt en arrière du bord tranchant qui finit la paroi interne de ce canal osseux. L'orifice inférieur du canal nasal est quelquefois si petit, qu'il est, dans certains cas, sinon impossible, du moins très-difficile de l'apercevoir lorsqu'on n'a pas pris la précaution d'y introduire préalablement une sonde par le sac. Le plus souvent, cette ouverture affecte la forme d'une fente semi-lunaire s'ouvrant très-obliquement, de sorte que sa lèvre interne peut être envisagée comme une valvule qui, s'appliquantà la paroi externe du caual, s'oppose à la pénétration d'un gaz ou d'un liquide poussé de bas en haut, tandis qu'inversement les fluides injectés par le sac n'y rencontrent aucun obstacle (1).
h° MUSCLES DES PAUPIÈRES.
Les muscles des paupières peuvent être distingués en internes et externes : les premiers émanent de l'orbite, ce sont le muscle releveur de la paupière supérieure et quelques fibres lisses qui se rendent aux deux paupières; les seconds, situés sous la peau, y forment une couche continue et ont reçu le nom générique de muscle orbiciilaire des paupières.
Le muscle releveur naît, comme les muscles droits, au fond de l'orbite, au-dessus de l'entrée du nerf optique et est tendu au-dessous de la voûte
(1) Stclhvag de Carion (Medicinische Jahrb. der Aerste in Wien, XVIII, p. 79) prétend que l'existence d'une valvule de ce genre a été niée par la plupart des anatomistes et que j'ai moi-même accordé qu'il est impossible de la démontrer anatomiquement. Il n'en est pas ainsi; car il m'a été très-facile de reconnaître cette conformation sur la plupart des cadavres qui ont été l'objet de mes recherches. Néanmoins je continue à croire que la preuve la plus manifeste de son existence consiste dans l'impossibilité où l'on est assez communément de gonfler d'air le sac lacrymal,
orbitaire sous la forme d'un faisceau musculaire longitudinal et lisse. Le tendon qui en émane se recourbe en bas au-devant de la partie antérieure du globe de l'œil, en se réfléchissant sur un faisceau aponévrotique tendu de la trochlée du grand oblique à l'extrémité externe du rebord orbitaire supérieur et antérieur. De là, il se répand sous la forme d'une membrane peu épaisse, sous-jacente à l'aponévrose orbitaire, et s'insère au bord mince du fibro-cartilage de la paupière supérieure. Cette dernière portion du tendon occupe donc l'épaisseur des parties molles de la paupière, et interposé au tarse et à la conjonctive dans l'état d'abaissement de la paupière, il quitte cette position quand le voile membraneux se relève (voy. pi. VI, fig. 1). De petites bandelettes composées de fibres musculaires lisses, émanant du tissu graisseux de l'orbite, s'insèrent aux deux paupières sur le bord adhérent des tarses (voy. H. Miiller, loc. cit.).
Le muscle orbiculaire (comparez pi. Vf, fig. 3 et h) est, de tous ceux qui entrent dans la composition des paupières, le plus important. Il a, comme tous les autres muscles de la face, des connexions intimes avec la peau. Il enveloppe de. plus les organes lacrymaux, de manière à agir sur eux en même temps que sur les paupières. Il naît des parties osseuses qui les environnent et du tégument qui les couvre, et offre des faisceaux concentriquemenl disposés autour de ia fente paipébrale, où il est situé immédiatement sous la peau. Sa répartition au-dessus de ces voiles membraneux se fait d'une manière tellement uniforme qu'il est impossible d'y distinguer nettement, à son émanation même, plusieurs portions. Il se porte des parties solides des paupières à leurs parties molles, et de là, sans interruption, à la peau qui recouvre les rebords orbitaires. Il n'est possible d'y reconnaître plusieurs parties distinctes qu'au voisinage et au niveau de l'origine du sac lacrymal, et c'est uniquement grâce à l'existence de ce dernier qu'il devient aisé de poursuivre ces différents faisceaux dans l'épaisseur des paupières (1). Nous nous occuperons ultérieurement des conditions qui président à l'action de ces différentes parties.
On admet dans l'orbiculaire plusieurs muscles, quoique la dissectionne puisse les isoler dans toute la longueur de leurs fibres.
Les origines de ces diflérentes portions du muscle orbiculaire se trouvent :
1° A l'os frontal et au maxillaire supérieur ;
2° Aux parties molles du sac lacrymal et principalement au ligament palpébral interne ;
(1) Il est singulier que M. R. Maier [loc. cil., p. àb) me reproche de m'appuyer principalement sur les rapports du sac lacrymal pour établir celte distinction; car il fait de même, en usant de termes semblables. C'est ainsi qu'il dit origines antérieure et postérieure, là où je dis muscles lacrymaux antérieur et postérieur.
3° A l'os unguis, derrière le sac, c'est-à-dire dans l'intérieur même de l'orbite.
Les fibres nées de ces trois origines se répandent de telle sorte que les premières, c'est-à-dire celles qui naissent le plus en avant, appartiennent aux plus grands cercles qui circonscrivent la fente palpébrale, tandis que celles qui naissent plus profondément sont celles qui décrivent autour de cette fente les cercles les plus étroits. On pourrait donc, à la rigueur, les distinguer les unes des autres de la manière suivante :
1° Les fibres qui proviennent du frontal et du maxillaire supérieur parcourent la portion du tégument qui n'arrive jamais eu contact avec l'œil, mais reste tendue au-devant de l'ouverture et des bords de l'orbite. Ces fibres composent la partie orbitaire du muscle orbiculaire, qui doit être séparée de la partie palpébrale du même muscle, laquelle comprend les deux autres portions.
2° Les fibres qui naissent de la paroi mobile du sac courent principalement sous la peau qui s'applique, dans l'occlusion de l'œil, contre le globe oculaire et s'en éloigne, lorsque l'œil s'ouvre; elles se répandent donc clans les parties molles des paupières.
3° Les fibres, qui naissent en arrière du sac lacrymal se portent en majeure partie au-dessus des portions solides des paupières, c'est-à-dire au-dessus des tarses. Ces deux dernières parties du muscle orbiculaire pourraient encore, vu les rapports qu'elles affectent avec le sac lacrymal, recevoir les noms de muscles lacrymaux antérieur et postérieur. La simple dissection de la peau permet de voir les divers ordres de fibres de ï'orbicu- Jaire qui naissent d'origines différentes (voy. pi. VI, fig. 3). Les deux portions qui apparaissent alors avec leurs insertions distinctes et constituent les muscles orbitaire et lacrymal antérieur divergent en contournant la partie tarsienne des paupières. Sur les tarses mêmes courent les fibres du muscle lacrymal postérieur qui naissent plus profondément et dont l'origine est cachée. Pour l'apercevoir, il est nécessaire de renverser de dehors en dedans les paupières détachées, afin de découvrir du côté de l'orbite la face postérieure de l'os unguis (voy. pî. VI, fig. 4.) ; c'est la seule manière d'obtenir une idée nette de la distribution de ces différentes parties. Pour cette raison, il convient de commencer la description par les fibres qui prennent le plus profondément leur insertion et qui longent le bord libre des paupières, en suivant l'ordre inverse de celui que nous venons d'indiquer (1).
Le muscle lacrymal postérieur naît sous la forme d'un faisceau lisse et
(1) M. Arlt {Archiv fur Augenheilkunde, t. IX, À. 1, p. 86) déclare qu'il n'a pu reconnaître sur le sujet, même de loin, la description et le dessin que j'ai donnés
résistant, large de 8 millimètres, de la crête lacrymale postérieure et, en arrière de celle-ci, de la paroi interne de l'orbite, c'est-à-dire de la portion orbitairc de l'os unguis. De là, il se porte, en conservant sa largeur primitive et en longeant la paroi latérale du sac lacrymal, vers l'angle interne de la fente palpébrale, où il se bifurque en deux portions qui se rendent aux paupières (comparez pi. VI, fig. 3 et h). Le point de cette bifurcation touche à l'extrémité externe du ligament palpébral dont quelques fibres déliées se jettent entre les fibres musculaires divergentes pour se rendre dans la caroncule lacrymale. Depuis son origine jusqu'à la caroncule, le muscle recouvre donc la partie du sac qui reste la moins protégée et dans laquelle aboutissent les conduits. Ces derniers traversent le muscle, attendu que les deux portions qu'il présente contournent ces canaux pour gagner l'extrémité interne des tarse?. C'est presque exclusivement, en effet, sur ces Qbro-cartilages que se répandent les fibres du muscle lacrymal postérieur; mais à la paupière inférieure, dont le tarse est fort petit, ces fibres s'étendent un peu au delà dans les parties molles environnantes.
Les fibres qui au-dessus et au-dessous du lac lacrymal partent des bords delà fente palpébrale, entre les conduits, et qui, sur une préparation, semblent naître du grand angle même, continuent leur trajet en côtoyant le bord libre des tarses. Les unes se portent en arrière des follicules ciliaires (comparez pi. VI, fig. 2), s'épuisent peu à peu sur le bord du tarse correspondant (muscle subtarsalis de Moll); les autres passent au devant des follicules et constituent une bandelette marginale superficielle et d'une certaine épaisseur [muscle ciliairede Riolan). A celles-ci viennent s'ajouter les fibres du muscle lacrymal postérieur, qui, à la paupière supérieure, surmontent le conduit, tandis qu'à l'inférieure elles courent au-dessous de ce canal, et qui apparaissent dans l'intervalle des fibres divergentes du muscle lacrymal antérieur pour se rendre aux tarses, où elles s'épuisent pour la plupart. Quelques-uns cependant se continuent à l'angle externe avec des libres appartenant à la paupière opposée, comme il arrive du reste pour le muscle lacrymal antérieur.
On voit donc que les fibres qui s'adossent aux tarses et en parcourent le
de ce muscle. Quant à moi, j'avoue que j'ai peine à trouver des différences marquées Cuire la distribution qu'il admet pour les fibres de l'orbiculaire et la mienne; je suis surtout embarrassé de reconnaître entre nos opinions des différences assez importantes pour qu'elles portent une atteinte sérieuse à ma manière d'envisager l'action de ces diverses parties. 11 ne me reste donc qu'une supposition à faire, c'est qu'en émettant des doutes sur l'exactitude des résultats de mes recherches anatomiques, on se soit dispensé d'entrer en discussion sur le mécanisme que j'en ai déduit. Ce que je puis affirmer, c'est que le dessin qui a été l'objet de cette controverse a été fait d'après nature.
ANÂTOMIE ET PHYSIOLOGIE. 543
bord libre, on avant et en arrière des cils, appartiennent à la portion du muscle qui s'insère à Pos-unguis et que l'on connaît depuis longtemps sous le nom de muscle de Horner {musc, sacci lacrymalis), sans avoir poursuivi ses fibres et étudié leurs connexions (1).
Le muscle lacrymal antérieur naît, en majeure partie, pour la paupière supérieure, du bord supérieur du ligament palpébral, et du bord inférieur de ce même ligament pour la paupière inférieure. Un raphé blanchâtre, représentant le ligament, sépare assez distinctement à leur naissance ies deux parties du muscle, dont il peut être considéré, pour ce motif, comme !e tendon d'insertion. Le seul point osseux fixe d'où il agisse est donc le milieu de la crête lacrymale antérieure, appartenant à l'apophyse montante du maxillaire supérieur.
Comme le ligament palpébral envoie aussi des fibres vers le sac, le muscle lui-même tire une origine indirecte de toute la paroi antérieure de l'espèce de dôme qui le surmonte. Toutes les fibres qui n'ont pas v,na insertion osseuse directe divergent tellement au-dessous et au-dessus du bord libre des paupières, qu'il n'est pas surprenant que le muscle lacrymal postérieur parvienne, dans leur intervalle, jusqu'aux tarses où il s'attache. Elles contournent donc les nbro-cartilages en longeant le muscle lacrymal postérieur pour se porter à la peau de la portion molle des paupières. Les unes s'y épuisent avant d'atteindre la ligne médiane de ces voiles membraneux, tandis que les autres continuent leur trajet et se rencontrent avec celies de la paupière sous un angle aigu, d'une manière analogue aux fibres du muscle lacrymal postérieur. Elles sont unies par une intersection fibreuse faible,
(i) C'est M. Moll qui s'est, le premier, occupé de cette étude (loc. cit., p. 90). M. Henle (Muskedehre, p. 141) et moi {Archiv fur Augenheilkundc, t. IV, A. 2, p. 71), nous sommes confirmés dans ses opinions; tandis que quelques autres auteurs ont voulu infirmer ces travaux et faire partir la portion marginale de l'orbiculaire de l'angle interne de la fente palpébrale. Ainsi M. K. Mai^r représente deux faisceaux qui, partant du ligament palpébral interne, se rendraient à la caroncule. M. A. Weber (Klinischo Monatsblatler fur Âugenhcilkunde, Aug. et Sept. 1863) se vante beaucoup d'avoir préparé ce muscle sous l'eau, et probablement, pour la même raison, il n'a fait la dissection que des parties superficielles vers les parties profondes. Il prétend, de plus, être arrivé par la faradisation isolée, à séparer les fibres marginales de celles qui ont une origine plus profonde (!). Il ne peut être ici question que des libres qui remontent vers les canalicules pour se rendre au bord libre, et que l'on a quelque peine à poursuhre jusqu'à l'os unguis où elles s'insèrent, car elles longent la paroi externe du sac et il est très-difficile de les isoler jusqu'à leur insertion. D'après le conseil du professeur Claudins, je me suis servi pour les préparer de l'hydrotomie, c'est-à-dire, que j'ai fait précéder nies dissections d'une forte injection d'eau.
Wecker. — i. 35
544 MQUVEMEKTS DES PAUPIÈRES.
le ligament palpébral externe, par l'intermédiaire duquel elles se rattachent
à un point très-limité du bord latéral de l'ouverture orbitaire antérieure, et situé à peu près au même niveau (pie l'angle interne.
Le muscle lacrymal antérieur qui ne naît pas directement de l'os est donc le muscle propre de la partie molle des paupières ; le muscle lacrymal postérieur n'empiète sur lui, sous ce rapport, qu'à la paupière inférieure.
Le muscle orbitaire (la portion orbitaire de l'oibiculaire) ne devrait pus trouver ici sa place, car il n'appartient plus aux paupières, mais bien aux téguments du front et de la joue ; seulement il est si intimement uni aux précédents, que nous croyons devoir le confondre dans cette description. Nées au-dessus et au-dessous du point fixe où s'attache le ligament palpébral interne, ses fibres côtoyent le muscle lacrymal antérieur en décrivant des cercles concentriques de plus en plus larges, et arrivées à l'angle externe, au lieu de se terminer par une insertion tendineuse, elles se continuent les unes avec les autres. Elles forment ainsi des anses qui contournent les paupières et s'insèrent du côté interne par deux extrémités distinctes l'une de l'autre. Les parties les plus périphériques de ce muscle se continuent, par un certain nombre de fibres, sur d'autres muscles de la face, le sourcilier, le pyramidal.
Le muscle releveur de la paupière supérieure est, comme la plupart des muscles de l'œil, innervé par la troisième paire, tandis que l'orbiculaire reçoit, comme les muscles de la face, des petits filets moteurs de la septième paire. Seid le muscle lacrymal postérieur reçoit une petite branche du nasal externe (sous-trochléaire, infra-trochlearis) qui provient delà deuxième branche du trijumeau et qui représente le seul filet moteur de celte branche.
On peut distinguer différents mouvements des paupières d'après le caractère qu'ils présentent, selon qu'ils sont volontaires ou involontaires. Nous pouvons, à notre gré, ouvrir l'œil très-largement on le fermer avec énergie, et ces mouvements se communiquent aux téguments du voisinage en les plissant dans un sens ou dans l'autre. Les mouvements des paupières qui s'accomplissent lorsque l'œil s'élève ou s'abaisse sont tout à fait indépen dants de notre volonté et sont en partie passifs, attendu que la portion cutanée des paupières est entraînée par sa portion muqueuse dans je tiraillement que cette dernière subit. Consécutivement à toutes les irritations qui atteignent la surface de l'œil, les paupières se ferment violemment par une sorte d'action réflexe que l'on peut modérer ou exagérer à volonté.
AMTOMIE ET PHYSIOLOGIE. Ô45
Le mouvement qui de tous est le plus important et qui se répète, à des intervalles plus ou moins rapprochés, d'une manière physiologique, s'exécute volontairement lorsqu'il a pour but l'ouverture ou l'occlusion des paupières, et involontairement pour lubrifier la surface du globe de l'œil. Il consiste dans un simple rapprochement des bords ciliaires. Son importance physiologique repose principalement sur la relation qu'il a, en se reproduisant à des intervalles réguliers, avec le transport des larmes.
Le mécanisme d'après lequel s'exéculent tous les mouvements des paupières s'explique facilement d'après leur structure anatomique. Les portions rigides des paupières, les tarses, en particulier celui de la paupière supérieure, glissent sur l'œil à la manière d'une cavité articulaire sur la tête osseuse qu'elle renferme. Comme le globe de l'œil se rapproche beaucoup d'une sphère, il en résulte que les mouvements des parties solides des paupières, surtout de la supérieure, se font d'une manière analogue à ceux d'une arihrodie ; car ce sont des mouvements de rotation autour d'axes qui passeraient par le centre de l'œil, comme cela s'observe d'ailleurs pour les mouvements de l'œil lui-même.
Les mouvements des parties molles sont sous la dépendance des premiers. Eh les analysant, nous exposerons donc en premier lieu ceux qu'accomplissent le tarse supérieur, le tarse inférieur, enfin les parties molles.
Le fibro-carlilage de la paupière supérieure., comme on le voit facilement si l'on prend le soin de fixer les ci!s qui s'y implantent, s'élève et s'abaisse directement au devant de la cornée quand la fente païpébrale s'ouvre et se ferme. Ces mouvements s'exécutent autour d'un axe horizontal qui passerait à peu près, de droite à gauche, par le centre du globe oculaire et dont l'extrémité externe serait un peu déviée en arrière. En effet, si cet axe traversait transversalement le globe de l'œil, les extrémités externe et interne du tarse devraient, à chaque mouvement, s'élever d'une égale quantité, et même les oscillations de l'extrémité externe plus rapprochée du diamètre transversal de l'œil seraient plus petites que celles de l'extrémité interne. Or, c'est justement l'inverse qui arrive, car c'est sur l'extrémité externe des tarses que les mouvements d'élévation et d'abaissement sont le plus luanifestes.
Lorsque l'œil est largement ouvert, la commissure externe est en général un peu plus élevée que le grand angle, tandis qu'il est un peu plus bas que ce dernier quand les paupières sont fermées (1).
Les mouvements qu'exécute en haut et en bas l'extrémité interne des pau-
(1) M. Weber (loc> cit.) dit que quand les paupières sont écartées, la différence de niveau des angles de l'œil mesure i millimètres, et qu'elle est nulle quand les paupières sont rapprochées. Il suffit d'examiner trois personnes à ce point do vue
pières munie de son point lacrymal sont très-peu prononcés. Aussi semblet-ii (pie cette extrémité se meuve autour d'un point voisin du grand angle. Nous admettrons donc qu'il aboutit là un axe autour duquel les tarses se meuvent, et si de ce point on fait passer une ligne droite par le centre de l'œil, il est aisé de comprendre qu'elle n'ira pas rencontrer la commissure externe; elle se termine au milieu du bord orbi taire externe (voy. fig. 20).
Fig. 20.
On peut dire que l'axe autour duquel le tarse supérieur se meut correspond à peu près au diamètre transversal de l'ouverture orbilaire antérieure, dont le plan ne regarde pas, on le sait, directement en avant, mais s'incline en dehors de telle sorte que le milieu de son bord externe soit siiué sur un plan postérieur. Sur une coupe horizontale, on voit l'œil un peu inégalement divisé en deux par le bord de l'ouverture orbitaire antérieure, et c'est du côté externe que la saillie est le plus marquée (pi. V, fig. '2). Les attaches des extrémités de la fente palpébrale avec le rebord orbilaire correspondent à l'axe que nous avons fait passer par les milieux des bords latéraux de l'ouverture orbitaire antérieure.
La partie moyenne du bord libre de la paupière supérieure doit, pour atteindre la circonférence supérieure de la cornée, s'élever notablement au-dessus de l'horizontale qui relie les commissures, et s'abaisser un peu au-dessous de celte ligne pour que la cornée soit couverte en totalité. Celle partie médiane de la paupière supérieure parcourt donc presque tout l'espace compris entre les paupières dans leur plus grand écartement. Le point central de la cornée et celui qui correspond au milieu de la hauteur de la fente palpébrale à son maximum d'ouverture dépassent tous deux la ligne de jonction des commissures d'une quantité égale au tiers du diamètre de la cornée.
pour juger combien il est contraire à la réalité de vouloir établir à cet égard une loi aussi rigoureuse; car rien ne présente plus Je variations individuelles que la disposition analomique dont il est ici question.
On voit ainsi que quand la fonte palpébralc se ferme, le bord libre de la paupière inférieure conserve à peu près la position qu'il occupe lorsque l'œil est ouvert et que les mouvements qu'il exécute dans cet acle sont à peine sensibles. Seul le tarse se porte légèrement, par ses deux tiers internes et son extrémité correspondante munie d'un point lacrymal, vers le grand angle de l'œil, tandis que son extrémité externe reste à peu près immobile. La partie exclusivement cutanée de la paupière inférieure qui touche a l'extrémité externe du fibro-cartilage accomplit en même temps un faible mouvement d'abaissement.
Fig. 21.
Fig. 22.
Les parties molles des paupières suivent naturellement les parties solides de ces voiles membraneux dans leurs déplacements (voy. fig. 21 et 22). Aussi quand la paupière supérieure s'abaisse, la peau se met en contacf avec la conjonctive, tandis que quand la paupière se relève, les deux membranes se quittent, la conjonctive se portant en arrière et en haut, et la^peau en avant et en haut vers le rebord orbitaire, de manière à former un repli qui disparaît au-dessus du tarse. En outre, la portion molle des paupières est douée d'un autre mouvement indépendant de celui des tarses. Ce mouvement représente non pas un simple déplacement, mais un raccourcissement des parties qu'il déplace, et ce raccourcissement s'effectue dans une direction horizontale. La surface cutanée se raccourcit alors et se tend des parties latérales vers le milieu et de la tempe vers le nez. Cela s'observe|principalement lorsqu'on fronce fortement les paupières, et ce mouvement est surtout marqué à la paupière inférieure où le déplacement en hauteur du tarse est peu sensible, et où il est facile d'observer pour ce motif tout ce
qui se passe dans les parties molles. On constate ainsi qu'une portion du tégument sous-jacenteàla paupière inférieure est attirée vers le nez et que son extrémité interne s'élève légèrement. En ce point, où les libres musculaires s'insèrent en partie directement à la peau, on voit se former de petits plis ansiformes dont le milieu correspond au ligament palpébral interne et les extrémités au tarse et à la peau du rebord orbitairc qui n'accompagnent pas le tégument externe dans son déplacement. Lorsqu'on ferme
Fig. 23.
plus énergiquement encore les paupières, la peau des parties voisines se porte en totalité vers le nez et forme tout autour de l'angle interne de la fente des plis entre lesquels s'enfoncent les cils les plus externes qui ne participent pas au déplacement produit de dehors en dedans. Les tarses subissent eux-mêmes un léger mouvement vers le nez dans l'occlusion forcée des paupières (1).
Quand l'œil s'ouvre, la paupière supérieure est attirée en haut par le muscle releveur qui s'insère indirectement au bord supérieur du tarse correspondant et l'élève, en même temps qu'il le porte un peu en dedans, par un déplacement en rapport avec la direction de l'axe autour duquel la
(1) M. Weber (loc. cit., juillet) se donne beaucoup de peine pour démontrer que les parties molles des paupières se déplacent aussi vers le nez. Pour y arriver, il emploie des appareils très- compliqués et mesure en millimètres le déplacement horizontal que subissent quelques traits verticaux dessinés en noir sur les paupières, par rapport à des fds disposés en treillage et placés au-devant de l'œil. Il n'arrive évidemment ainsi qu'à apprécier le déplacement de la peau qui se meut d'une manière différente sur les tarses, au-dessus et au-dessous d'eux : or, en vertu de ces différences, les traits noirs sont nécessairement rompus dans leur continuité, ce que M. Weber ne signale en aucune façon dans son mémoire si riche en détails. Pour observer les mouvements des tarses, il enfonce dans le fibro-cartilage, sur des malades « complaisants » de fines aiguilles de Carlsbad; procédé, il faut l'avouer, bien
paupière se meut et qui est, on le sait, un peu oblique d'avant en arrière et de dedans en dehors. La paupière inférieure descend par son propre poids au-devant de la cornée. A ces mouvements participent encore les fibres musculaires lisses qui s'insèrent aux tarses d'arrière en avant. Dans l'état d'occlusion de l'oeil, la paupière supérieure peut obéir simplement à son poids, mais il est probable que les brusques mouvements de descente qu'elle opère réclament le concours d'une action musculaire, action à coup sûr indispensable pour relever le tarse inférieur.
Il est naturel de penser, de prime abord, que les mouvements des tarses, principalement du supérieur, s'accomplissent au moyen des fibres musculaires qui y rampent, c'est-à-dire du lacrymal postérieur. Mais on comprend sans peine que le mouvement en question ne puisse appartenir à ce muscle, si l'on se rappelle le rapport qui existe entre son insertion et l'axe autour duquel se meut le tarse. Cet axe, en effet, passe au-devant de l'origine du muscle et non en arrière. Il en résulte que le raccourcissement des fibres du lacrymal postérieur ne peut avoir pour effet la rotation du fibrocartilage autour de l'axe considéré. Ces mêmes fibres ne peuvent être plus courtes lorsque le tarse supérieur est au-devant de la cornée que quand il est au-dessus de cette membrane, et c'est par une illusion qu'elles nous paraissent plus tendues sur une paupière abaissée dont la convexité regarde l'observateur que sur une paupière élevée dont on aperçoit la face concave. Si le muscle lacrymal postérieur jouait un rôle dans l'occlusion des paupières, il devrait agir en déplaçant vers le nez les tarses auxquels il s'attache, ce qui n'est pas, car les parties molles se meuvent seules dans ce sens.
Le muscle lacrymal antérieur qui s'y répand paraît donc devoir se contracter dans l'acte qui nous occupe, et son action suffit très-bien pour rendre compte à elle seule des mouvements qui se passent dans les portions molle et rigide des paupières lorsqu'elles se ferment. En effet, lorsque l'œil est ouvert, le muscle lacrymal antérieur ne s'applique pas au globe de l'œil aussi exactement que les fibres adossées aux tarses ; il en reste plus
plus piquant que celui qui consiste à se servir, pour cette mensuration, des indicateurs que la nature a elle-même fixés aux tarses , c'est-à-dire des cils. Grâce à ces moyens, M. Weber adonné des tables méthodiques indiquant les déplacements horizontaux des paupières pendant l'occlusion forcée , c'est-à-dire cette occlusion en quelque sorte spasmodique dont nous venons de traiter ; puis des tables où sont inscrits les mouvements de clignement qui peuvent s'accomplir alors même que l'œil est fermé, et qui, dans ces conditions, ne sont pas combinés à un déplacement vertical qui contrarie l'observation. Le seul mouvement des paupières qui soif, à juste titre, intéressant, c'est-à-dire l'occlusion périodique et répétée de l'œil, n'a pas trouvé place dans les tableaux de M. Weber qui le déduit des précédents.
ou moins éloigné. Aussi, dès qu'il se contracte, le raccourcissement qui se produit a pour effet de le rapprocher du globe de l'œil en refoulant devant lui les tarses l'un contre l'autre. L'œil étant largement ouvert de façon que la partie molle de la paupière supérieure qui contient le muscle lacrymal antérieur se trouve au-dessus du tarse, si ce muscle se contracte, la partie molle en question viendra prendre la position du fibro-cariilagc, et en conséquence le fera descendre sur la cornée d'autant plus facilement que les surfaces de glissement sont lisses (1).
L'action du muscle lacrymal antérieur joue donc un rôle important dans l'occlusion des paupières, et elle suffit complètement à accomplir celle fonction. L'action de la portion orbitaire de l'orbiculaire s'y ajoute pour produire une occlusion plus énergique, mouvement pendant lequel la peau tendue au devant du rebord orbitaire s'applique contre l'œil et est attirée vers le nez. Il est douteux que le lacrymal postérieur contribue à l'occlusion forcée dont nous venons de parler, car le déplacement latéral des tarses qui s'opère alors peut fort bien s'expliquer uniquement par l'effet des deux autres muscles qui, en se contractant fortement, embrassent partiellement ces fibro-cartilages.
Il ne reste donc plus à résoudre qu'une question : à savoir quelle action jouent, par rapport aux tarses, les fibres musculaires qui y rampent. Comme elles restent en dehors du mouvement d'occlusion et d'ouverture de l'œil, elles doivent être destinées à maintenir appliqué contre le globe oculaire le bord libre des paupières, fonction qu'elles exécutent d'une manière, constante, que l'œil soit ouvert ou fermé. Le rôle de ces fibres est, on le voit, plus important à la paupière inférieure qu'à la supérieure : car la première aurait toujours, sans ce point d'appui, une certaine tendance à réversion. Nous traiterons, à propos de l'élimination des larmes, d'une autre fonction des fibres musculaires.
(1) Pour démontrer que, dans cet acte, les fibres n'agissent pas directement sur le tarse, j'ai cité (Arch. fur Augenheilkundc, t. Y, 2) l'observation d'un cas où à la suite d'une cicatrice qui établissait une adhérence entre le tarse et le rebord orbitaire, tous les mouvements d'occlusion des paupières avaient pour effet de produire un ectropion complet. Ici le muscle lacrymal antérieur faisait glisser les parties molles de la paupière en arrière du tarse et portait le bord tranchant du fibro-cartilage en arrière de son bord obtus, sans que le muscle éprouvât la moindre résistance en accomplissant ce mouvement. M. Henle (Jahresbericht tiber Anatomie, 1859, p. 126) répond que, s'il en était ainsi, toute occlusion forcée des paupières devrait produire un ectropion; mais cela n'est pas nécessaire; car si le tarse n'est pas préalablement écarté du globe de l'œil, les contractions des fibres musculaires des parties molles auront pour résultat non de le faire basculer, mais de le pousser devant elles, tandis qu'elles s'abaissent elles-mêmes en formant un pli.
Les larmes sont versées et disséminées sur toute la surface de la conjonctive des paupières et de l'œil, et les maintiennent dans un étal constant de lubrifaction en entraînant toutes les particules solides qui se portent sur ces parties. Cette dispersion des larmes ne se fait pas d'une manière continue, mais elle se répète à des intervalles réguliers, grâce aux mouvements d'occlusion des paupières, et l'excès du liquide est éliminé. Ici, on le voit, il y a lieu de distinguer dans le transport des larmes deux actes principaux : 1° la dispersion des larmes dans le sac conjonctival et l'accumulation de l'excès du liquide au voisinage des points lacrymaux; 2° l'introduction des larmes dans le sac lacrymal et leur passage dans le nez, au travers du canal nasal.
1° La dispersion des larmes au devant de l'œil et leur accumulation vers le grand angle s'expliquent suffisamment par le mouvement des paupières que nous avons décrit plus liant. On comprend, du reste, que l'application du bord libre contre le globe de l'œil, au moyen du lacrymal postérieur, ne permette pas aux larmes de s'écouler à la manière de petits ruisseaux, sur la cornée et sur la sclérotique, et l'on doit attribuer l'intimité des rapports du bord libre des paupières avec le globe oculaire, à la tonicité des fibres musculaires adossées aux tarses.
Le liquide sécrété pendant l'intervalle qui s'écoule entre deux clignements, doit nécessairement s'accumuler dans le repli conjonctival, derrière la portion molle de ebaque paupière. Qu'il s'opère alors un mouvement de clignement, les paupières s'appliquent exactement contre l'œ:l, le culde-sac conjonctival se trouve comprimé, l'espace occupé par les larmes, rétréci, et par suite, ce liquide porté au devant de la cornée. En outre, la contraction du lacrymal antérieur rapproche de l'œil, dans tous les sens, la portion cutanée des paupières, et cette action s'ajoutant à la précédente tend à chasser les larmes hors de l'œil. Où peuvent-elles alors se réfugier ? Au niveau du rebord orbitaire interne, là où le muscle lacrymal antérieur s'insère à la crête lacrymale et se trouve en quelque sorte immobilisé, les parties molles sont tendues jusqu'au sommet du globe de l'œil, audevant d'une excavation qui n'existe pas quand l'œil est ouvert et le tégument affaissé. Là se forme, au voisinage du bord du lac lacrymal et en communication avec lui, un espace libre assez étendu. C'est en cet endroit que se déversent les larmes, comprimées de tous côtés. Elles se mettent, dans ce point, en rapport direct avec les embouchures des conduits destinés à les recevoir. La direction que suivent les larmes pour se
porter vers le lac lacrymal, est rendue manifeste par les mouvements qui s'exercent dans les parties molles de la paupière inférieure sous l'action du lacrymal antérieur. En effet, ses fibres déterminent dans la peau, en l'attirant vers le nez et en l'applicant contre l'œil, des plis qui indiquent assez clairement la direction des larmes.
2° L'introduction des larmes dans les conduits et leur évacuation dans le sac, sont certainement aussi liées aux mouvements des paupières, sans exclure l'action de quelques mouvements associés. En effet, il faut admettre que le sac est soumis à des mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement, qui ont pour but de favoriser l'admission et l'expulsion des larmes, et qui sont le résultat d'une action musculaire (1).
Cette manière de voir est aujourd'hui presque généralement acceptée,
(1) Les anciennes théories, qui ne sont pas fondées sur ce mécanisme, ne sauraient satisfaire entièrement l'esprit. Ainsi l'hypothèse ingénieuse qui se basait sur la théorie du siphon (J. L. Petit) et celle qui attribuait l'élimination des larmes à ra raréfaction que la respiration produit dans l'air que contiennent les fosses nasales (Honnauld et E. H. Weber), sont par elles-mêmes très-invraisemblables, et sont infirmées par le seul fait que les larmes pénètrent dans le sac alors môme que le canal est obstrué. On peut en dire autant de la théorie qui attribue à l'aspiration capillaire l'évacuation des larmes, et qui, étudiée au point de vue de la physique pure, est un non-sens, attendu qu'elle suppose l'existence d'un canalicule rigide et vide, ayant une extrémité immergée et l'autre libre. Or, comment admettre la comparaison entre un canal semblable et un conduit flasque, toujours humide, variant de calibre avec la quantité de liquide qu'il contient, tel enfin que les conduits lacrymaux ? Rien n'est donc démontré dans cette théorie, si M. Weber (loc. cit., p. 157) prétend prouver par des chiffres que ces conduits rentrent dans les conditions des conduits capillaires. Ils n'ont, en effet, véritablement un calibre que lorsqu'ils ont un contenu quelconque ; à l'état de vacuité, leurs parois s'adossent, et nous voici loin de l'attraction capillaire. 31. Weber veut, en outre, que « le fait » de l'attraction capillaire ait été prouvé expérimentalement et d'une manière irréfutable, de telle sorte enfin qu'il suffise de le mentionner. Pour ce qui me regarde , les expériences dont il parle me sont inconnues. Huant la théorie d'après laquelle la compression que les larmes subissent entre les paupières fermées, serait suffisante pour les pousser dans les conduits (Ross), elle a été réfutée par M. Roser (Schmid, l'ber die Absorption der Thraenenftiiisigkeit, Marburg, 1856, p. 27), lequel observa que les larmes passent dans les conduits pendant l'acte du clignement simple, sans qu'il soit besoin pour cela d'une occlusion complète des paupières. Stellwag de Carion a repris l'hypothèse d'après laquelle c'est une pression qui pousse les larmes dans les conduits ; mais il accorde (Medic. Jahrbiicher der Gesell. der Aerste su 117e», 1862, Fachberichte, p. 80) que si l'objection de M. Roser « était justifiée », cette théorie deviendrait inexacte ; mais pourquoi cet auteur n'a-t-il pas vérifié l'opinion de M. Roser? En agissant ainsi, il aurait fait justice de cette hypothèse pour lui-même et pour ses lecteurs.
et la divergence des opinions qui ont cours ne porte plus guère que sur la manière dont cet acte s'accomplit. Les uns (Arlt, Mol! et Weber) pensent qu'au moment où les paupières se ferment, lorsque les larmes sont pressées contre les parois du lac lacrymal, le sac éprouve en même temps une compression qui a pour effet d'évacuer son contenu; les autres (Bonrjot, Saint-Hilaire, Malgaigne, Hyrtl, Roser, A. Schmid et moi) croient, au contraire, qu'alors le sac se dilate et aspire les larmes que les mouvements des paupières ont poussées vers les conduits. Le moyen le plus simple de trouver la vérité dans cette controverse paraît résider dans l'observation des mouvements qui se passent dans une gouttelette suspendue à l'orifice d'une fistule lacrymale, au moment où les paupières se ferment. Est-elle, en ce cas, attirée vers le lac ou ebassée au dehors? La plupart des observateurs se prononcent pour l'attraction, et, par suite, pour une dilatation du sac (1). Quelques-uns (2) prétendent, il est vrai, le contraire; mais je crois qu'on peut alors rapporter l'expulsion de la gouttelette hors du sac b la direction de la fistule et à la compression qu'exercent contre le liquide les bords cutanés de l'ouverture anormale ; tandis qu'il me paraît impos-
(1) Parmi ces derniers, il faut citer Fioser, Donders, Craefe, Slellwag. Ces messieurs doivent donc partager le reproche que m'adresse M. Weber, lorsqu'il m'accuse de courte vue en matière d'observation, et s'étonne de ce que j'ose révoquer en doute les observations de M. Arlt.
(2) MM. Arlt et Weber ont fait des expériences tendant à prouver leur opinion, en introduisant dans la cavité des fistules (Arlt) ou dans les conduits sains (Weber) de petits tubes de verre que M. Weber appelle des manomètres « très-sensibles ». Mais qu'entend-il par là ? Un manomètre est un instrument propre à mesurer les pressions et n'est sensible qu'à la condition de contenir un liquide très-léger. Piempli de mercure, comme ceux qu'emploie M. Weber, il ne saurait posséder la sensibilité que cet auteur revendique. Au reste ceci n'a pas d'importance dans le cas qui nous occupe, où il s'agit de mesurer non pas une pression, mais un changement de volume. Ici donc, le plus ou moins de sensibilité de l'instrument dépend du diamètre qu'on lui donne, et c'est pourquoi M. Weber aurait pu se contenter de dire qu'il s'était servi d'un tube très-étroit, sans donner à ce petit appareil le nom prétentieux d'un manomètre rempli de mercure et non d'un liquide coloré quelconque. Puisque M. Arlt affirme avec raison que l'on ne saurait introduire des tubes de verre dans les conduits lacrymaux sans modifier les mouvements physiologiques des paupières, il aurait pu faire une semblable restriction à propos des tubes que l'on introduit dans les fistules ; car pendant les mouvements des paupières, soit le sac, soit les conduits sont fixes; ou bien tous sont mobiles. D'ailleurs on juge facilement du peu d'assurance avec lequel M. Arlt a procédé dans son expérimentation, lorsqu'on songe que pour maintenir les résultats de sa théorie, il arrive à avancer, chose étrange (Arch. filr Optdhalmologie, B. IX., A. I, S. 89), que pour étudier les effets de l'occlusion des paupières il ne faut pas les clore.
sible d'admettre un pareil mécanisme pour les cas plus nombreux où la
gouttelette rentre dans le trou de la fistule.
Si l'on admet qu'au moment où les larmes sont poussées de tous les côtés vers le lac lacrymal, le sac est lui-même comprimé et mis parla dans l'impossibilité de leur donner accès; on ne saurait comprendre comment l'excès de la sécrétion n'est pas déversé sur la joue. On ne s'explique pas davantage pour quel motif, dès que cesse le clignement des paupières (c'est-à-dire, suivant cette théorie, lorsque le sac se dilate), les larmes peuvent être reçues dans les conduits, attendu que leurs orifices ne plongent pas à ce moment dans le lac lacrymal. Au contraire, tout s'interprète parfaitement dans la théorie de la dilatation, analogue, du reste, à l'explication du mécanisme par lequel plusieurs autres liquides de l'économie sont mis en mouvement. Et, en effet, lorsqu'un liquide se porte vers le réceptacle qui lui est destiné, on peut dire d'une manière générale que celui-ci se dilate pour le recevoir et n'expulse son contenu que postérieurement. Ainsi, les larmes pénètrent dans le sac au moment même où elles affluent à son embouchure, et elles ne sont exprimées de celte cavité cpie quand l'afflux cesse, c'est-à-dire après que le mouvement de clignement s'est opéré. En outre, si l'on admet que la dilatation et le resserrement du sac alternent avec l'occlusion et l'ouverture des paupières, il devient très-facile de rattacher à ces phénomènes le mécanisme par lequel les muscles étudiés plus haut contribuent à l'élimination des larmes.
Nous avons vu que le muscle lacrymal antérieur est seul ou presque seul en jeu dans le clignement des paupières ; or, comme lorsqu'il se contracte, il se raccourcit et se tend en s'appliquant i; la convexité du globe de l'œil, il doit en résulter qu'il attire en avant le ligament palpébral interne, c'est-à-dire son origine mobile, et avec lui toute la paroi antérieure du sac lacrymal, puisque son origine immobile, la crête lacrymale antérieure est en avant de ce sac (voy. pi. V, fig. 2). Et, en effet, il suffit que l'œil se ferme brusquement et d'une manière complète, pour observer dans le ligament palpébral interne un mouvement d'arrière en avant, qui se communique à la paroi antérieure du sac. Celte dernière s'éloigne donc de la paroi postérieure de la même cavité, qui se dilate au niveau de l'embouchure des conduits.
Ce mécanisme est si simple qu'il ne faut pas connaître la disposition des parties où il se passe, pour ne pas l'admettre de tout point; car pour que la paroi antérieure du sac ne se porte pas en avant en même temps (pie le ligament, il faudrait, chose inadmissible, qu'il se fasse un vide entre les deux : ce vide tend à se faire dans l'intérieur même du sac, et il est aussitôt comblé par les larmes qui affluent au travers des conduits. La petite colonne de liquide qui se trouve dans le canal nasal ne saurait re-
fluer vers le sac, car Le repli muqueux valvulaire correspondant à l'extrémité inférieure de ce conduit s'oppose à ce qu'il s'y fasse un courant ascensionnel d'air ou de liquide. Au contraire, celte sorte de valvule n'offre aucun obstacle aux larmes qui s'épanchent dans le nez, lorsque cesse la dilatation du sac.
Pour bien faire comprendre le phénomène qui préside, en dernier ressort, à l'expulsion des larmes, nous devons rappeler en peu de mots les dispositions qu'affecte le muscle lacrymal postérieur. Il ne concourt pas plus à la dilatation du sac qu'à l'occlusion des paupières d'où résulte cette dilatation, et s'il avait en réalité une action sur ces mouvements, ce serait pour les neutraliser en partie. Eu effet., ils ne s'accomplissent qu'à la condition que les fibres de ce faisceau musculaire subissent un certain allongement, car, au niveau du point où il se divise en deux portions, l'une supérieure, l'autre inférieure, il est en rapport avec l'extrémité externe du ligament palpébral interne, par ses fibres médianes. Si donc ce ligament est attiré en avant, le muscle lacrymal antérieur est forcé de suivre ce mouvement et contraint, en conséquence, de subir une réflexion brusque avant de se jeter au-devant de l'œil (voy. pi. V, fig. 2). Il en résulte, comme nous l'avons dit, que loin de concourir à l'occlusion des paupières, le muscle lacrymal antérieur doit alors se relâcher, à l'instar du releveur, pour se prêter à ce tiraillement. Mais dès que les paupières s'écartent, il recommence à agir ; son coude s'efface, autrement dit, il attire l'extrémité interne du ligament palpébral interne vers son insertion, la crête lacrymale postérieure, et reprend sa direction recliligne au-devant de l'œil. De cette manière, la paroi antérieure du dôme du sac revient vers l'excavation osseuse qui lui fait face, et les larmes sont, par ce fait, expulsées.
Tandis que le muscle lacrymal postérieur accomplit celte évacuation, celles de ses fibres qui engaînent les conduits les compriment de manière à empêcher que le liquide contenu dans le sac ne reflue au travers de ces petits canaux dans le lac lacrymal, tt cette oblitération passagère des conduits joue, dans la compression et dans l'évacuation du sac, un rôle tout aussi important que celui de la valvule nasale dans la dilatation du sac et la réception des larmes.