‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 50 sur 80 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

douard , qu'on triompha de cette découverte ; on remarqua que les historiens anglois gardoient le silence sur les faits racontés par Froissard au sujet de la reddition de Calais , et Ton voulut douter de ces faits. Mais n'avoiton pas vu tout le siècle d'Auguste se taire sur Gicéron? Les largesses d'Edouard pour Eustache de Saint-Pierre, ne sont-elles pas un nouvel hommage rendu au dévouement de ce grand citoyen? L'estime qu'il inspira aux ennemis de la France doit -elle diminuer celle que nous lui devons? Mallieur à qui va chercher dans la vie privée d'un homme des raisons de moins admirer ses actions publiques : A coup sûr, ce ravaleur des vertus ne fera jamais lui-même des actions dignes d'être racontées.

Une injustice de la même nature avoit commencée plus tôt pour Philippe de Valois : Froissard et le continuateur de Nangis avoient assuré que les habitans de Calais errèrent dans la France sans récompense et sans asile, en mendiant le pain de la charité. Philippe ne fut point coupable de cette ingratitude ; deux ordonnances de ce roi, et d'autres ordonnances de Jean et de Charles, ses successeurs immédiats, accordent aux Calaisiens des places, des privilèges et des propriétés. L'ordonnance du 8 septembre 1347 mentionne une concession

remarquable ; Philippe livre aux Calaisiens chassés de leurs foyers , tous les biens et héritages qui pourroient lui échoir par quelque raison que ce fût; ainsi le monarque donnoit à ses sujets ses propres biens en échange des biens qu'ils avoient perdus : ce talion qu'il s'imposoit, non pour le crime, mais pour le malheur, est dans un esprit touchant d'égalité et de justice. Calais ne devoit être rendu à la France qu'en 1 558 , par François de Guise , homme destiné à faire disparoitre la dernière trace des maux qu'Edouard avoit faits à la France, et à en commencer de nouveaux.

SOMMAIKi:.

Trêves continuées <i diverses reprises jusqu'à la mort de Philippe. — F.imineet peste générale. — Massacre des juifs. — Flagellans. — Tentative sur Calais. — Combat singulier d'Edouard et d'EusIache de Ribaumont. — Le daupliin d'Auvergne abandonne ses étals à Philippe : le Roussillon , la Cerdagne et la seigneurie de Montpellier lui avoient déjà été cédés par Jacques , i oi de Majorque. — Le pape achète Avignon de la reine Jeanne de Naples. — Philippe épouse en secondes noces Blanche, fille de Philippe, roi de Navarre, qu'il avoil d'abord destinée à son fils Jean, duc de Normandie , devenu veuf. — Philip]>e meurt comme Louis XII , victime de sa ])assion pour la jeune reine qui , prolongeant sa vie jusqu'à un âge Irés-avanct-, vit la désolation de la France commencer sous !e roi Jean, finir sons Charles V cl recommencer sous Charles VI.

FRAGMENTS

IMORT DU II 01.

Philippe, étant sur son lit de mort, fit appeler ses fils , le duc de Normandie et le duc d'Orléans. Dans ce moment où toutes les illusions s'évanouissent , où il ne reste que le souvenir du bien ou du mal qu'on a fait, le roi protesta de son bon droit dans la guerre qu'il avoit été obligé de soutenir, et de ses titres légitimes Il la couronne. « Mon fils, dit-il au duc » de Normandie qui fut son successeur, défen- » dez donc courageusement la France après ma M mort. 11 arrive quelquefois, comme j'en ai fait » l'expérience, que ceux qui combattent pour » une chose juste éprouvent des revers, mais )) ils doivent mettre leur espoir en Dieu, qui ne » permet pas que le règne de liniquité soit )) durable. Aimez -vous mes fils, maintenez la » justice et soulagez les peuples. »

Un roi qui craint que ses revers ne le fassent regarder comme coupable, qui se croit obligé de prouver à son successeur la justice de ses droits malgré le peu de succès de ses armes , eût également confessé l'injustice de ces mêmes droits et les châtiments mérités d'une ambition cri-

minelle. Et cette confession , à qui étoit-elle faite, à qui rappeloit-elle les voies impénétrables de la Providence? à ce roi Jean que l'adversité marquoit déjà de sou sceau, adversité qui néanmoins ne devoit pas perdre la France, car Dieu ne permet pas que le règne de l'iniquité soit durable.

Le premier des Valois alla , le 22 août i35o , porter sa cause aux pieds de celui qui donne et retire les royaumes à sa volonté , laquelle n'est autre que le pouvoir éternel et l'infaillible justice.

jEAir II.

Depuis son avènement à la couronne jusqu'à la bataille de Poitiers.

De i35o à i356-

Philippe VI, dit de Valois, lai.ssa le sceptre à son fils Jean , second du nom , car on compte un fils de Louis X , Jean ï , qui ne vécut que cinq jours : Louis XVII, enfant, a pareillement été placé au nombre de nos monarques. La loi salique étoit en ce point d'accord avec le caractère national : en France , l'innocence et le malheur n'excluent pas de la couronne.

Jean avait reçu une éducation aussi bonne que celle de son père avoit été négligée ; il aima ei.

protéi^ea les lettres autant qu(? Philippe les méprisoit : c'est h ses ordres que nous devons les premières traductions de Tite-Live, de Salluste, de i^ucain, et des commentaires de César. Il chercha et récompensa le mérite; il sentoit par le cœur ce qu'il ne vojoit pas par l'esprit. 11 eut h la fois ces défauts et ces qualités propres à perdre les empires : l'impétuosité de caractère et l'irrésolution d'esprit; le courage qui ne consulte que l'honneur, et la magnanimité qui sacrifie tout à l'accomplissement de sa parole. Dans un temps où la justice étoit en France la liberté, il protégea la justice. En amitié, il n'y eut point d'homme plus fidèle, mais on pardonne rarement aux rois d'avoir des amis ou de n'eu avoir pas.

A Reims , le 26 septembre 1 350 , Jean se para de la couronne qui devoit orner son cercueil à Londres. Le jour de son sacre, il arma chevaliers des princes et des gentilshommes qui ne dévoient plus remettre dans le fourreau l'épée qu'ils prirent de sa main. La pompe fut superbe; la dépense prodigieuse ; chaque nouveau chevalier reçut, selon l'usage, aux irais du roi, les habits de la cérémonie : fourrures précieuses , double tenture d or et de soie. Par s s'émut à l'aspect de son monarque. Les rues furent tapissées; les artisans divisés en corps de métiers,

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les uns à pied , les autres à cheval , étoient vêtus d'une manière uniforme, mais différente pour chaque confrérie. Les fêtes durèrent huit jours: une exécution sanglante met fin à ces joies funestes.

Jean fait décapiter le comte d'Eu, connétable de France, nouvellement revenu sur parole, de sa prison d'Angleterre. Il futnjdit, mais sans preuves, que le connétable trahissoit sa patrie k l'exemple de tant de François.

SOMMAIIIE.

La trêve conclue avec l'Angleterre sous le régne précédent est confirmée par les soins du pape ; elle est prorogée à diverses reprises pendant trois années. — Néanmoins les hostilités ne cessent jamais tout-à-fait da*nsla Guyenne el dans la Bretagne. — Combat des trente. — Création de l'ordre de l'Etoile. — Surprise du château de Guines par Edouard qui disoit que les trêves étoient marchandes. — Recherches inutiles par la chambre des comptes des malversations financières. — Jean, pris pour juge dans une querelle d'honneur entre le duc de Brunsvich et le duc de Lancaster. — Mort du pape Clément VI. — Premier crime du roi de Navarre.

FRAGMENTS

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