‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 100 sur 211 · I, LA LIBKRTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I, LA LIBKRTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

dans un sommeil continuel, à qui les objets apparaissent comme enveloppés d'un nuage, à qui les personnes semblent se mouvoir comme des ombres et les paroles venir d'un monde lointain » (1).

C'est donc bien la sensibilité, la vie affective, qui est troublée, éteinte dans ces malades, et partant c'est un des principaux ressorts de la motricité qui se trouve brisé. Nous avons vu, en effet, dans une autre étude, combien les sensations du plaisir ou delà peine étaient étroitement unies aux mouvements de la vie organique et même des plus simples réflexes. Au point que nous avons pu considérer le mouvement comme une réaction naturelle de la sensibilité. Il n'est donc pas étonnant que la motricité se ralentisse ou s'éteigne à mesure que la sensibilité organique diminue ou s'elFace.

On a soutenu, il est vrai, une seconde hypothèse. Antres C'est la mémoire motrice, la mémoire des images mo- "£' trices, qui produirait l'impuissance au mouvement. Cette explication simplifierait le problème, en réduisant Vahoulie aune simple amnésie. Mais, sans la rejeter absolument, nous la croyons, comme M. Ribot, peu vraisemblable, car l'agraphique ou l'amnésique ne savent plus écrire ou produire les mouvements, tandis que l'aboulique sait écrire et se mouvoir.

Une troisième hypothèse enfin a été soutenue. L'impuissance de ces malades serait imaginaire. Ils sont paralysés parce qu'ils se croient paralysés, et tant qu'ils se croient paralysés. C'est ce qu'on a appelé la^rtralysie psyc/iicpœ ou (T autosuggestion. Mais comme l'observe finement M. Ribot, cette supposition, qui n'a rien d'invraisemblable et qui est même très d'ac cord avec les faits rapportés, se ramène au fond à la première hypothèse, car cette idée d'impuissance mo-

(1) Ribot, ]hvi., p. .^1

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trice a précisément pour effet un allaiblissement d'excitation, une dépression de l'activité sensible, et de tous les mouvements qui en sont l'expression et le rayonnement. L'idée fixe d'impuissance paralyse à la fois la sensibilité et la motricité. Suggérez à une hystérique qu'elle est incapable de sentir telle piqûre, elle ne la sentira point et le réllexe produit par la douleur ne se produira pas, suggérez-lui (ju'elle est incapable de lever le bras, elle ne pourra plus le remuer. No'i-e Concluons. Dans l'aboulie, l'activité sensible et or-

con- '

cii.sion. ganique constituée par la sensibilité et la motricité, se trouve affaiblie ou éteinte, il est donc impossible à la volonté de diriger ces facultés impuissantes ou qui ne lui prêtent plus un concours suffisant, delà prouve que la volonté seule ne suffit pas à produire la motricité, et nullement qu'elle ne puisse ni l'exciter ni la diriger.

Si l'on me permettait une comparaison, un peu prétentieuse mais expressive, je dirais que la sensibilité et la motricité sont les deux chevaux qui traînent le char de la vie inférieure et animale. La volonté tient les rênes. Elle ne produit pas par elle-même le mouvement, mais elle le gouverne pourvu que l'attelage ne soit pas d'une activité folle ou d'une activité nulle. Dans ces deux cas, par excès ou par défaut d'impulsion, la volonté devient impuissante, non parce que sa propre activité est nulle, mais parce qu'elle est subordonnée et dépendante dans son exercice. Conclu- On voit combien cette interprétation diffère de celle M.Riiioi de M. Ribot. qui conclut au contraire que la puissance delà volonté est nulle, parce qu'elle ne se manifeste pas dans ces deux cas. La volonté ne serait plus qu'un simple état passif de la conscience, écho ou reflet de l'activité organique, et nous informant seulement de ce qui se passe dans la partie inférieure.

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