I. LA LIBERTÉ — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
sentiments et les images ont une tendance naturelle à se traduire en mouvements ou en arrêts » ? Et cependant il n'hésite pas à l'admettre. Ce sont des faits incontestables, cela nous suffît pour les admettre.
Quant à la conception d'une volonté purement pas- Acco.d sive, simple écho ou reflet, M. Ribot est-il bien sûr ^"tocÏ" de l'avoir pleinement comprise ? Est-elle vraiment '^'''°'' intelligible? Nous nous permettrons d'en douter, en relisant plus de cinquante passages du même ouvrage, où le savantauteur, sans craindre de se contredire, lui attribue au contraire une véritable causalité, et même une causalité supérieure et dominatrice.
«L'activité volontaire, nous dit-il, est la réaction propre d'un individu ; » — «réaction individuelle, distincte des réactions spécifiques, et, nous le verrons dans la pathologie, tantôt inférieure, tantôt supérieure à elles ; » — « vouloir, c'est agir, et la volition est un passage à l'acte ; » — « comment donc les tendances inférieures peuvent-elles triompher parfois? C'est que le je veiiooest un appoint en leur faveur ; > — « ce qui est surprenant c'est que la volonté, activité d'ordre complexe et supérieur, puisse devenir dominatrice ; > Thèses
— «elle est un pouvoir de coordination ou d'arrêt ; »
— « un pouvoir de direction et d'adaptation ; » — « un freina l'automatisme;» — «un pouvoir de diriger les idées ; » — « une force additionnelle qui permet à certains groupes d'états d'une intensité insuffisante de s'imposer ; » — « parfois la volonté est maîtresse,et parfois elle finit par succomber (1). >
Toutes ces thèses, — fondamentales en psychologie, — sont précisément nos thèses; et, ce qui est encore mieux peut-être, et encore plus inattendu, c'est que l'explication que nous leur avons donnée, nous ii
(1) Ribot, Les maladies de la Volonté, pp. 24, 2G, 37, 08, 87, 90, 97, 100, 103, 105, 110, etc.
communes.
calions coin iiuines.
la trouvons encore dans le même ouvrage de M. Billot: < Si nous prenons une personne adulte, douée d'une volonté moyenne, nous remarquons que son activité, c'est-à-dire son pouvoir de produire des actes, forme en gros trois étages : au plus bas les actes automatiques, réflexes simples ou composés, habitudes ; audessus, les actes produits par les sentiments, les émotions et les passions ; plus haut, les actes raisonnables. » On croirait presque que ces t7^ois étages de l'activité sont extraits de quelque manuel de philosophie scolastique, où l'on distingue : la motricité puie « vis niotrix », l'activité sensible et l'activité intellectuelle ; mais poursuivons.
Expii- « Ce dernier étage (supérieur) suppose les deux au-
calions , , • 1 j » 1 •
coni- très, repose sur euxet par conséquent en dépend, quoiqu'il leur donne la coordination et l'unité. Les caractères capricieux, dont l'hystérique est le type, n'ont que les deux formes inférieures; la troisième est comme atrophiée. Par nature, sauf de rares exceptions (dans l'humanité), l'activité raisonnable est la moins forte ; elle ne l'emporte (d'ordinaire) qu'à la condition que les idées éveillent certains sentiments, qui sont bien plus que les idées (pures) aptes à se traduire en actes (1). » Malgré celte infériorité relative dans la plupart des hommes, la volonté n'en demeure pas moins le point culminant « la forme la plus haute de l'activité, entendue toujours au sens précis du pouvoir de produire des actes, du pouvoir de réaction (2) >. — Enfin un dernier trait, pour compléter ce tableau du libre arbitre : tandis que « c'est le caractère des sentiments (et de l'activité inférieure) d'aller droit au but à la manière des réflexes, d'avoir une adaptation en un seul sens,u7iilatc)^ale, — au contraire, l'adaptation (de
(l)Ribol, Ibid., p. 120.
(2) Ribot, Ibid., p. irv2.