I. LA LIBERTÉ : SON EXISTENCE, SA NATURE
science, et l'histoire de la philosophie mentionnera avec reconnaissance leurs utiles travaux.
Malheureuseraentces philosophes spiritualistesont plutôt réfuté les erreurs des divers systèmes déterministes, que solidement édifié le dogme de la liberté. Ils n'ont même pu s'entendre sur la valeur des principaux arguments, notamment celui du témoignage de la conscience que plusieurs ont maladroitement lâché. Quant à l'explication de la nature de la liberté, le désaccord est encore plus profond ; ils ne s'entendent à peu près que pour la déclarer complètement mystérieuse et inexplicable.
Peut-être même qu'en serrant de plus près la notion qu'ils nous donnent delà liberté, il ne serait pas trop difficile d'en faire jaillir des éléments plus que mystérieux, mais véritablement contradictoires.
Ces essais nous semblent donc gravement incom- iif.,udrait plets. Et malgré le talent et la science incontestable .omjédépensés dans ces ouvrages, malgré tout le bien qu'ils ont produit dans les esprits et dont nous ne saurions trop nous réjouir, car ils constituent parfois un véritable progrès dans la défense delà vérité, — nous ne pouvons nous empêcherde croirequ'ils n'ont pas épuisé le sujet,ni dit le dernier mot sur la célèbre question. Nous croyons au contraire que Ton pourrait retrouver dans la tradition scolastique et thomiste des indications précieuses, capables de donner à nos raisonnements beaucoup plus de force et nous conduire beaucoup plus loin, soit dans la preuve, soit dans l'explication de la liberté. Assez loin même, pour satisfaire suffisamment la raison et lui rendre, après les anxiétés et les tempêtes du doute, la lumière et la ferme confiance dont elle a besoin.
Si nous ne savons pas nous-méme remplir entièrement et jusqu'au bout cette difficile tâche, espérons
1er.
de
2'l ro.NDEMKNTS DE LA MOHALE
clii moins que d'autres viendront après nous pour nous coniplt'ler, nous rectifier au besoin, et pour démontrer une fois de plus combien l'esprit moderne aurait à gagner à renouer les antiques traditions de l'esprit humain, sans rien sacrifier de ses progrès et de ses légitimes conquêtes, lan Le plan de cette première partie sera des plus sim-
prcmière ples. Nous parlirous de la notion vulgaire de la liberté, ''"'"'' et nous la confronterons successivement avec les données certaines de la Morale, de la Psychologie, de la Métaphysique et des Sciences modernes, recherchant dans ces quatre sortes de confrontations, soit à dégager les preuves de l'existence de la liberté humaine, soit à répondre aux objections qu'on lui oppose, soit enfin, comme conséquence dernière, à préciser et mettre en lumière la véritable explication de cette mystérieuse puissance.
ques.
La Liberté et la Morale.
Avant de confronter la Liberté avec les données de la ^S^HT. sciencemorale,rappelonssommaireraentlanotion vulgaire de la Liberté. Ce sont en effetles notions premières du vulgaire bon sens qui sont le point de départ nécessaire de toute science. Après un long circuit, la science a pour résultat ordinaire de revenir à ces mêmes notions, non pas pour les nier, mais pour les éclaircir, les préciser et les enrichir ; en sorte qu'elles sont à la fois le point de départ et le terme de toute science qui se respecte.
Or, tout le monde en convient, la liberté c'est le enSé contraire de la nécessité : c'est un affranchissement ^i^"' de la nécessité. Mais il y a deux espèces de nécessités : et partant deux espèces de libertés. Une nécessité extérieure qu'on appelle la violence, la contrainte, et qui empêche l'exécution matérielle de nos volontés. L'autre intérieure, qui affecte la volonté elle-même, et la force à choisir ceci plutôt que cela, en sorte qu'elle n'est plus maîtresse de son vouloir et de son choix.
Gomme exemple delà première nécessité tout extérieure, on peut citer celle que subit le prisonnier chargé de chaînes, qui ne peut remuer ses membres comme il l'entend, ni aller là où il veut ; on peut encore citer la légende d'Œdipe victime d'un Destin aveugle, qui lui fait tuer son père et outrager sa mère dans de fatales méprises, mais qui ne peut triompher au dedans de lui-même de la droiture de sa volonté, ni de la noblesse de ses sentiments.
L'affranchissement de cette nécessité extérieure, s'appelle la liberté 2^/i//6ig?<^, ou liberté de coaction.
26 FONDEMENTS DE LA MuHALE
Nouseii jouissons paiioiset môme souvent; et comme personne n'a contesté sa possibilité ou son existence, nous n'avons pas à nous en occuper ici.
.NocMiir Comme exemple de la seconde espèce de nécessité i'i"''« dans le l'or intérieur, il suffit de rappeler l'homme endormi qui agit en rêvant, celui qui agit sous 1 empire de l'ivresse, de la folie, ou hors de l'état normal. Il est manifeste que dans ces divers cas, la raison peut être troublée au point de ne plus savoir ce qu'elle fait, de ne plus être maîtresse d'elle-même, et partant de ne plus vouloir et choisir librement. T'n cas encore, le plus simple, est celui de riiomme qui agit machinalement avant d'avoir réfléchi, et dont l'action involontaire ou primesautière, ar/xs primo-p7'imus, a prévenu et devancé toute délibération.
Dans tous ces cas, l'homme n'est plus qu'un automate, d'une nature supérieure, sans doute, puisqu'il a la vie et la sensibilité, mais enfin un automate, animal spirituel, que jiousse l'impression du moment, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et qui dans le confiit des idées et des désirs est dominé fatalement par l'idée la plus intense et le désir le plus impérieux. L. Toute la question est de savoir si l'homme raisonna-
'■""à'"" ble,dansson état normal, peut, au moins quelques fois, — car la question des limites ou de l'étendue do la liberté, serait ici prématurée,— être atTranchide cette nécessité intérieure ; s'il peut diriger le cours spontané de ses pensées et de ses désirs, se rendre maître de lui-même, et maître de ses décisions, de manière à choisir à son gré entre agir et ne pas agir, entre agir d'une manière ou d'une autre. Ce pouvoir de choisir et de se déterminer soi-même, qui. aux yeux de tous, constitue la notion vulgaire de liberté >/Jora/^ ou du libre arbitre, est doncle fait dont il nous faut prou-
rcsoiidre.