‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 191 sur 211 · CRITIQUE. — PESSIMISME OV NÉÛ-BOL'DDUISME ïU · texte numérisé non relu

CRITIQUE. — PESSIMISME OV NÉÛ-BOL'DDUISME ïU

Le lecteur se demandera sans doute si ce n'est pas encore par « l'intelligence trompeuse » que Schopenhauer découvre si l'absolu se manifeste, et comment il se manifeste ; si ce n'est pas encore et toujours par « l'intelligence trompeuse », qu'il édifie tous ces beaux raisonnements pour rapprocher la volonté de l'X inconnu ; et si, partant, notre auteur n'aurait pas dû s'en tenir là, pour ne pas prolonger davantage une dissertation qui aura toujours le défaut d'être écnte sans intelligence ou avec une intelligence trompeuse. Mais notre auteur n'est qu'au début de son programme, et nous impose de le suivre jusqu'au bout.

Après nous avoir découvert que le fond dunoumène Lenoa est Volonté, il va nous apprendre que l'attribut essen- "ii'i'°eril tiei de la volonté est la liberté. Ne nous récrions pas en voyant attribuer la liberté à une volonté aveugle et sans connaissance. Puisque la volonté est un X inconnu, la liberté doit être sans doute un autre X et ces deux X pourraient bien ne pas se contredire. C'est dumoins la seuleexplication que nous puissions en fournir.

Et, en effet, Schopenhauer, acceptant la conception de Kant, pour laquelle il n'a que de l'admiration, d'une «c liberté nouménale », coexistant avec une « nécessité phénoménale», place la liberté uniquement dans le noumène inconnu, et la refuse aux actions humaines de chaque jour. Cette prétendue liberté nouménale ne fonde donc pas plus la responsabilité humaine que celle de Kant, et succombe sous les mêmes objections. Une telle morale n'est plus une science pratique ayant pour but de nous améliorer, puisque c'est impossible ; c'est une science descriptive, constatant les mœurs humaines, comme une branche de l'histoire naturelle. Voici l'aveu même de Schopenhauer :

«La morale, se demande-t-il, cette science qui met

FONDliMIÎNTS IJK LA MOHALE

an jour les ressorts du toute vie morale, ne pourral-elle aussi les faire jouer? Ne peut-elle, d'un lionime au cœur dur, faire un homme miséricordieux, el, du même coupjuste et charitable? Certes non : les différences de caractères sont innées et immuables. Le méchant tient sa méchanceté de sa naissance, comme le serpent ses crochets et ses poches de venin ; ils peuvent aussi peu l'un que l'autre s'en débarrasser. Velle non discitur».

Et cependant la liberté nouménale est nécessaire

au système pessimiste ; et c'est pour cela que Scho-

penhauer hi maintiendra quand même.

Double II faut, en elfet, que la Volonté absolue soit libre de

"^ceite^ deux manières : D'abord dans l'acte primitif, à l'ori-

liberté .., i>ii i- l ■<• i

ginedumonde,ouellea voulu vivre et s incarner dans l'Univers actuel. Ce vouloir-vivre estce que les pessimistes appelleront le « péché radical », la « bêtise absolue », qui a occasionné tout le mal des hommes et de l'Univers, qui sans cela ne seraient jamais sortis du « repos éternel ». Or cet acte est mauvais et essentiellement blâmable, donc il est libre.

En second lieu, l'absolue Volonté doit être libredans l'acte suprême où, reconnaissant sa première faute, elle cherche à la réparer, en renonçant à vivre, et en s'anéantissant pour retourner dans le «repos éternel», le Nirvana, ou « sommeil sans rêve », d'où elle n'aurait jamais dû sortir. Il faut que cet acte louable de moralité suprême, soit libre pour être louable. Telle est, semble-l-il, la pensée fondamentale de Schopenhauer, et la raison d'attribuer la liberté à la Volonté absolue. Mais cette raison ne paraît pas péremptoire à Hartmann, qui jugera la liberté intemporelle de l'homme inutile pour ce double rôle et la supprimera. Le Onoi qu'il en soit, cette prétendue liberté intempo-

relle de l'individu n'a rien de commun avec la liln'rté

Devoir,

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