‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 40 sur 211 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE 7o · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE 7o

nir les mobiles de notre intelligence et de notre volonté réfléchies, qu'en cessant d'être inconnues et inconscientes. En d'autres termes, il est contradictoire de supposer que l'intelligence soit éclairée et mue par des motifs inconnus, la conscience par l'inconscient.

Ainsi, par exemple, un sentiment inconscient de jalousie ne peut produire qu'un mouvement de dépit involontaire; pour produire un dépit réfléchi et volontaire, il faut qu'il soit perçu par l'intelligence et accepté par la volonté, c'est-à-dire qu'il cesse d'être inconnu et inconscient : Nihil volitum nisiprœcognitum.

La troisième observation portera sur une question Tioisièdefait. L'objection repose sur une donnée incomplète repose. du fait de conscience. Le témoignage de la conscience de notre liberté n'est pas seulement négatif, comme on semble le croire, il n'atteste pas l'ignorance des motifs qui nous font agir, mais au contraire il atteste que nous avons connu et examiné les motifs auxquels nous cédons, et qu'aucun de ces motifs contingents ne nous a paru absolument nécessaire, car ils sont tous imparfaits, et nous ont tous présenté des raisons d'être refusés. Enfin, ce témoignage n'atteste pas seulement l'absence de toute cause nécessitante, mais il constate en outre la présence d'une cause maîtresse d'elle-même qui se manifeste dans son exercice, et qui s'affirme en se déterminant elle-même, parce qu'il lui plaît de se déterminer ainsi et non autrement.

Assimiler ce témoignageàun aveu d'ignorance, c'est mutiler le l'ait le plus manifeste de la conscience, pour le plier à des théories préconçues ; c'est en outre rendre inexplicable le contraste de ces états où, dans le calme et la pleine possession de nous-mêmes, nous avons une conscience positive de notre liberté, avec les étals de trouble où, cette conscience disparais-

sant, nous ne nous croyons plus libres ni responsables.

l'iie Cette réponse nous paraît décisive ; il semblera

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cependant qu elle ne repond pas a certaines préoccupations de plusieurs contemporains, excellents spiritualistes pourtant, comme M.Fonsegrive,qui persistent à croire que noire liberté se prouve parle raisonnement,mais ne se peut constater parlaconscience, attendu, disent-ils a priori, que c'est impossible : « Comment la conscience pourrait-elle atteindre la cause profonde d"où jaillissent en nous les actes libres ? Et, si cette cause échappe au regard direct de la conscience, ne faut-il pas faire intervenirle raisonnement pour suppléer à la lacune de son témoignage ? > Avant l'acte libre, nous oi)jectent ces philosophes, il n'existe dans l'àme qu'une purepuissancequi ne se manifeste pas encore à la conscience ; S. Thomas luimême le reconnaît : < Ai II il est cof/noscibile nisi in 9t*ari^z<mgs^ac^w>. Dès que l'acte libre a apparu dans la conscience, il est déjà déterminé par notre décision, et nous ne sommes plus libres qu'il soit autrement qu'il n'est ; la liberté ne se montre donc ni avant, ni après nos actes, au regard direct de la conscience. La puis- Mais ce tlilemme n'est pas concluant, car il oublie esiincon- uu dcs temies esseu t K'is. L observation intérieure, en

srienle.

eliet. peut porter non seulement sur ce qm se passe en nous avant et ap>'t's nos actes libres, mais encore sur ce qui se passe pendant que l'acte libre s'élabore et se pose, ou dans ce processus complexe et laborieux, qui fait passer la volonté de la puissance pure à l'acte complètement achevé, et qui est lui-même, suivant le mot si profond d'Aristote, un < acte incomplet > eu voie de se parfaire. C'est là que nous

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